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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 112, mars-avril 2017

SNCF-Paris Saint-Lazare

Suicide d’Édouard : deuil et rage

Le samedi matin 11 mars, les cheminotes et cheminots de Paris Saint-Lazare (et bien au-delà) apprenaient le suicide dans la nuit, au bout d’un quai, de leur collègue Édouard, délégué et militant de Sud-Rail. Tous ne le connaissaient pas personnellement mais beaucoup, sur l’établissement de la gare, avaient une idée du traitement que la direction lui faisait subir.

Cible de la direction depuis des années

Édouard avait gagné un procès aux Prudhommes il y a quelques années pour harcèlement et discrimination. Il avait ensuite été élu délégué du personnel et avait pris un mandat CHSCT. Depuis, la direction cherchait à l’isoler, à le sanctionner, à l’éloigner de l’entreprise, à le briser, lui en voulait aussi parce qu’il appartenait à la maîtrise, censée représenter sa politique. En juillet dernier, il avait écopé, en conseil de discipline, d’un dernier avertissement avant licenciement et d’une mutation forcée qui devait prendre effet le lundi 13 mars. Tout cela sur la base de faits aussi probants qu’un… « regard menaçant » qu’il aurait eu à l’égard d’un chef, ou autres témoignages de hauts cadres exprimant leur mal-être à se retrouver dans la même pièce que lui.

La direction « soucieuse »… de se disculper

Entre le suicide d’Édouard et ce qu’il a subi au travail, impossible de douter du lien direct. Et si la direction de la gare s’est mise à courir dans tous les sens pour occuper le terrain, dès le samedi matin et alors que nous étions toutes et tous sous le coup de l’émotion, c’est avant tout pour tenter d’orienter des témoignages dans son sens et mettre sur pied une version du drame où sa responsabilité n’apparaîtrait pas. C’était ajouter l’abjection à la culpabilité !

Méthodes agressives

Il ne fait de doute pour personne qu’Édouard a été poussé à la dernière extrémité par les méthodes de management et « d’accompagnement » de la direction. Une direction SNCF Saint-Lazare prise il y a quelques mois en flagrant délit de fichage des agents du chantier de départs des trains [1], dont la grande presse s’était fait l’écho. Une direction qui, à l’époque, face à la colère soulevée par la découverte de ce flicage, avait autorisé les agents à quitter leur travail le temps de venir consulter les charmantes appréciations portées sur eux, pour faire ensuite machine arrière et les inquiéter par des menaces de retenues sur salaire pour absence injustifiée !

Une direction capable, après une bourde des ressources humaines sur un arrêt maladie, de réclamer à un collègue déjà en grande difficulté plus de 3 000 euros de prétendument trop perçu… sauf s’il acceptait le chantage au départ à la retraite que les hauts dirigeants lui font.

Une direction capable de sanctionner des militants pour des faits imaginaires, ou même quand la réglementation lui donne tort. Qui multiplie les contrôles médicaux à domicile, qui culpabilise les cheminots et est toujours à l’affût d’un prétexte pour ne pas payer les arrêts-maladies. Une direction qui applique depuis des années la double peine aux traditionnelles « notations » : une sanction dans l’année, aussi minime et arbitraire soit-elle, et c’est un veto ! C’est-à-dire le blocage de tout avancement et donc de toute augmentation de salaire.

Sales méthodes pour de sales objectifs

Si la direction se dote de méthodes agressives et vise tous ceux, militants syndicaux ou cheminots et cheminotes du rang qui lui résistent, c’est parce que sa politique l’est tout autant. Restructurations tous azimuts et à marche forcée qui engendrent des suppressions de postes et du sous-effectif. Une politique dont les cheminots font durement les frais mais aussi les voyageurs, car elle se traduit par des incidents matériels à répétition, des files d’attente aux guichets, des retards et une vie pourrie pour des millions de travailleurs qui prennent chaque jour le train.

Cette politique est évidemment appliquée bien plus largement que sur l’établissement de la gare Saint-Lazare. C’est ce paquet de « réorganisations », partout à la SNCF et avec leur lot de méthodes d’intimidation doucereuses ou musclées, qui permet à Guillaume Pépy d’annoncer triomphalement 800 millions d’euros d’économies réalisées sur l’année 2016.

Si toutes les directions locales n’ont pas – ou pas toutes encore – le même zèle que celle de Saint-Lazare, c’est seulement parce que la direction de la SNCF prend soin de ne pas attaquer tous les cheminots en même temps, mais le fait secteur par secteur, chantier par chantier, dépôt par dépôt. Diviser pour mieux régner !

Il faut que ça cesse !

En hommage à Édouard, le mercredi 15 mars, pour exprimer leur douleur mais aussi leur colère, près d’un millier de cheminots de la région parisienne se sont rassemblés devant la gare Saint-Lazare. Beaucoup ont témoigné sur les dégâts du management agressif, dont un intervenant du secteur hospitalier qui a rappelé que dans bien des entreprises, du public comme du privé, les travailleuses et les travailleurs subissent les mêmes méthodes, avec les mêmes conséquences. Peu auparavant une infirmière s’était suicidée à l’hôpital Cochin.

Le rassemblement s’est terminé par un appel à s’organiser et lutter collectivement contre la politique de casse de la direction. Ce qui était le sens de l’engagement d’Édouard.

25 mars 2017

Correspondants locaux


Cochon qui s’en dédit...

La veille du rassemblement, la direction expliquait qu’il n’était pas nécessaire de poser sa journée pour participer au rassemblement d’hommage à Édouard... Mais le jour même, quelques minutes avant le rassemblement, elle faisait faire à ses petits chefs le tour des chantiers, pour menacer ceux qui oseraient quitter le service d’« absence irrégulière ». Soit une perte de salaire de plus d’une journée de travail. Essayant de prendre tout le monde par surprise !

À croire que dans les étages de la hiérarchie, ils faisaient tous dans leur froc de trouille !


[1Voir Convergences Révolutionnaires N° 109, de décembre 2016, pages 23, 24 et 25.

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