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Archives > Éditos L’Étincelle > 2018 > mars > 5

Stratégie du choc contre les cheminots ? Un choc en retour se prépare…

Sur la réforme de la SNCF, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé, lundi 26 février, qu’il allait recourir aux ordonnances. Mais, négociée ou pas, c’est bien contre le fond de cette réforme que les cheminots et tous les salariés devront lutter.

Édouard Philippe nous a vanté les effets bénéfiques de l’ouverture à la concurrence, « chez nos voisins ». Au Royaume-Uni, 20 ans après la privatisation de British Rail, le prix des billets a explosé, des trains sont supprimés, les effectifs du personnel sont réduits. Les Britanniques déboursent chaque mois six fois plus que les Français, simplement pour se rendre sur leur lieu de travail. Voilà l’avenir ! Et pour le justifier, tous les bobards sont permis.

Qui veut tuer son train l’écrase sous les charges

Prétexte no 1 : la dette de la SNCF bien sûr, 50 milliards ! À peine ce qui s’échappe chaque année avec l’évasion fiscale. La dette, ce sont d’abord les investissements dans les infrastructures, coûteuses parce que les sous-traitants privés accumulent les dépassements, systématiquement payés par la SNCF. Ensuite le renouvellement du réseau : les frais ont augmenté parce que rien n’a été fait pendant 30 ans, période où on supprimait 100 000 postes de cheminots, avec des résultats comme l’accident de Brétigny en 2013. Tout cela n’empêche pourtant pas la SNCF de faire des bénéfices : ils ont triplé cette année (1,3 milliard) avec une progression de la fréquentation.

Attaquer les uns pour mieux nous écraser tous

Prétexte no 2 : le fameux « statut » des cheminots. Le seul « avantage » du statut, c’est la sécurité de l’emploi, du moins de ne pas se faire virer du jour au lendemain (car quand même, il y a près de 500 licenciements « disciplinaires » par an). Une sécurité relative en échange de laquelle tout le reste est raboté, à commencer par les salaires. Les cheminots commencent souvent sous le Smic, d’où les primes que la direction est obligée de consentir. Le régime de retraite, quant à lui, autorise à partir cinq ans plus tôt… mais avec la même durée de cotisation et la même décote : 43 ans, sinon c’est le minimum vieillesse !

Quant aux 9 000 kilomètres de lignes (un tiers du réseau) que le rapport Spinetta veut supprimer, le gouvernement prétend ne pas suivre le rapport… mais veut laisser la charge financière de ces lignes aux Régions, qui n’en ont pas les moyens. Après les déserts médicaux et la fermeture des hôpitaux, c’est le tour du réseau ferroviaire : tout un programme pour le service public !

Départs « au forçariat » pour tout le monde !

Le statut est surtout un obstacle aux licenciements collectifs. Le rapport Spinetta voudrait que la SNCF puisse « recourir pendant deux ans à la procédure des plans de départs volontaires ». Du genre de ceux qu’on pratique dans l’automobile et qui sont généralisés par la loi travail. C’est cela le véritable objectif de la réforme. La SNCF veut manier du licenciement collectif comme le PDG du groupe PSA, qui a annoncé, il y a quelques semaines, encore 2 200 suppressions d’emplois à PSA, ou comme le gouvernement qui souhaite 120 000 départs prétendus « volontaires » dans la fonction publique !

Comme le redoute le patronat, les cheminots ne seront pas isolés !

Il n’y a pas que les cheminots à être en colère contre la dégradation de leur salaire et de leurs conditions de travail. Il y a toute la fonction publique, dont hospitalière. Il y a le monde de l’éducation, dont une bonne partie de sa jeunesse. Mais aussi dans le secteur privé.

Le 22 mars, les cheminots, la fonction publique et les jeunes sont appelés à la grève et à manifester. Ce sera un premier rendez-vous. Mais leur colère aura mille raisons de se joindre à celle des grévistes d’Air-France, des salariés de Tupperware à Joué-lès-Tours qui viennent d’être jetés dehors, de ceux de Ford à Blanquefort menacés du même sort. Sans oublier la colère des trois millions et demi de chômeurs que compte le pays.

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