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Accueil > Éditos de bulletins > 2004 > avril > 12

Silence, on tue !

Il a fallu attendre dix ans et la commémoration des événements tragiques du Rwanda de 1994, pour que la vérité soit ici largement diffusée : ce n’est pas de passivité ou d’aveuglement des dirigeants français qu’il faut parler, mais d’une aide consciente et active apportée aux massacreurs. La France vivait alors sous le régime de la « cohabitation », Mitterrand étant président de la République et le gouvernement, de droite avec Balladur.

Contre les acteurs français de ce crime d’Etat, il n’y a eu ni enquête ni condamnation. Les dirigeants politiques, de gauche et de droite, les généraux et officiers supérieurs et les deux ambassadeurs français, n’ont reçu pour leur participation à ce génocide que des médailles ou des avancements. Toujours pas gênés, certains justifient encore aujourd’hui leur attitude, en témoigne la déclaration d’Alain Juppé se disant fier de ce qu’avait fait le gouvernement français au Rwanda, ou Jacques Lang se dressant sur ses ergots pour s’indigner qu’on ose accuser la France.

Le massacre qui a commencé dans la nuit du 6 au 7 avril 1994 à Kigali, la capitale du Rwanda, n’a rien à voir avec une « lutte tribale ancestrale » des Hutus contre les Tutsis. Les premières victimes furent d’ailleurs des Hutus, opposants à la dictature. Le camouflage du génocide en fureur populaire des Hutus contre les Tutsis a été conçu deux ans à l’avance. Le pouvoir avait fait acheter en quelques mois, sous garantie financière de la France (Crédit Lyonnais et BNP), des millions de machettes (une pour trois Hutus). C’est un assassinat collectif organisé depuis le sommet de l’Etat par un régime entièrement soumis à l’impérialisme français, un régime qui s’est formé dans l’ambassade de France, au lendemain de la mort du président Habyarimana.

Ce dictateur, ami personnel de Mitterrand, était menacé à la fois par une révolte populaire à l’intérieur, et à l’extérieur par l’armée du FPR (Front patriotique rwandais) à majorité tutsie. Il avait reçu à plusieurs reprises depuis 1990 – année où la France avait relayé l’ancienne puissance coloniale, la Belgique – une aide française, financière et militaire, permettant à son armée de passer de 3000 hommes à plus de 40 000 et de recruter des centaines de milliers de miliciens. Plutôt que de voir le Rwanda tomber sous influence « anglo-saxonne », les décideurs français avaient choisi la fuite en avant en soutenant l’extermination totale de tous les opposants au régime et de la minorité tutsie susceptible de soutenir le FPR dans sa marche au pouvoir.

L’armée rwandaise était dirigée par des officiers français. Le chef d’Etat-major lui-même était un militaire français. Les bandes de tueurs des milices Interhamwe, ont reçu une formation dans des camps militaires français au Rwanda.

Quand le massacre a commencé, il y avait partout des militaires français. Ils ont assisté, cautionné, soutenu les assassins. La tactique employée a consisté à contraindre tout l’appareil d’Etat (des forces armées aux préfets, aux bourgmestres, aux conseillers municipaux, aux curés) à encadrer le génocide en imposant à tous les Hutus de tuer les Tutsis. Tout Hutu qui refusait de participer a été également assassiné. La France a soutenu les génocidaires avant, pendant et après leur crime.

L’impérialisme français continue encore en Afrique une politique tout autant criminelle. Les massacres de Côte d’Ivoire et le soutien français au régime de Laurent Gbagbo qui les suscite, en témoignent. Et si Chirac ne s’est pas associé à la guerre que Bush livre à la population irakienne, faisant encore ces derniers jours des centaines de morts dans la population, l’Etat français n’en a pas moins à son actif autant de crimes terroristes que celui des USA. De même que la politique terroriste de Sharon, qui loin d’assurer la sécurité des Israéliens, ne sert qu’à alimenter le terrorisme qui les vise.

Les attentats aveugles, les prises d’otages, ceux de Madrid, d’Irak, de Palestine suscitent à juste titre notre horreur et notre réprobation. Mais nous ne devons pas oublier que la politique des Etats impérialistes, loin d’éradiquer le terrorisme dans le monde, ne fait que le provoquer et l’alimenter. Le combat contre le terrorisme commence par celui contre les dirigeants de nos Etats.

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