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Retour sur la grève au collège de Querqueville

10 septembre 2021 Article Entreprises

Photo : devant le rectorat de Caen fermé à double tour, les grévistes de Querqueville discutent de la suite de leur mobilisation.

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Les enseignants du collège de Querqueville (agglomération de Cherbourg, dans la Manche) avaient prévenu. Ils ne feraient pas la rentrée sans que le rectorat leur accorde les moyens pour ouvrir le nombre suffisant de classes. Lors de la réunion de pré-rentrée, mercredi 1er septembre, ils constatent bien qu’une quatrième classe de 4e est accordée, mais financée en heures supplémentaires : il n’y aura pas de nouveaux profs en renfort, même pour quelques heures. Quant aux trois classes de 6e, elles sont saturées. Pour ne pas dépasser trente élèves par classe, six futurs 6e qui habitent tout près du collège de Querqueville ont été inscrits par leurs parents dans un collège plus distant, après des pressions répétées de la Direction départementale de l’Éducation nationale (DSDEN). Et encore, ces trente élèves ne tiennent pas compte des « Ulis », ces élèves aux difficultés très lourdes que l’Éducation nationale pousse à inclure à toute force dans les salles de classes… mais visiblement pas dans le calcul des moyens à attribuer. En 6e, il y a six « Ulis »… et une seule assistante « AESH » pour les accompagner en classe.

Alors le jeudi 2 septembre, jour de la rentrée des 6e, c’est devant la grille du collège que l’équipe enseignante accueille les élèves et leurs parents, avec banderoles de grève et un message simple : ils n’effectueront pas la rentrée sans les moyens nécessaires. La tension est forte. La rentrée en 6e est pour les élèves – et aussi certains parents – la plus stressante des années du collège. Et si les parents d’élèves des autres niveaux ont suivi et soutenu la mobilisation au printemps et à l’été derniers, ceux de 6e ne sont pas forcément au courant de la situation. Mais les explications données par les grévistes sont claires. Ils se battent pour leurs conditions de travail, d’accord, mais en fait surtout pour des conditions d’étude décentes pour les enfants. Pour ne pas les entasser comme du bétail, à l’heure où les contraintes sanitaires devraient au contraire commander de réduire l’effectif par classe et de multiplier les cours en petits groupes. Pour avoir le temps de s’occuper de chacun.

Passé la stupeur, le rectorat et la DSDEN jouent le pourrissement. Ils ne proposent que quelques heures supplémentaires, alors que chacun en a déjà plus qu’il ne souhaite. Et éventuellement d’appeler ici ou là des profs remplaçants entre deux remplacements, c’est-à-dire susceptibles de partir à tout moment pour une autre mission, de parfaits bouche-trous ! Mardi 6 septembre, les grévistes jouent leur va-tout. La DSDEN ne cesse de dire que c’est le rectorat qui décide ? Eh bien s’il ne vient pas aux grévistes, les grévistes viendront à lui. Une vingtaine d’entre eux (soit une large majorité des profs du collège) retrouvent à Caen une dizaine de soutiens et délégués syndicaux. Étonnement puis colère de plusieurs grévistes : la grille du rectorat reste fermée, c’est au travers des barreaux que démarre un échange avec des responsables descendus de leurs bureaux. Ou plutôt un dialogue de sourds. « Votre interlocuteur, c’est la DSDEN » répètent en chœur les cadres. Ça tombe bien, une nouvelle réunion est prévue chez cette dernière, à Saint-Lô (à cinquante minutes de Caen et une heure dix de Querqueville). Les grévistes remontent dans leurs voitures et s’y rendent. Au final, celle-ci concède neuf heures « poste », c’est-à-dire devant être effectuées par de nouveaux enseignants. C’est loin de la trentaine d’heures nécessaires pour créer la quatrième 6e. Mais ce n’est pas rien non plus. Les grévistes décident de reprendre le travail mercredi 8 septembre. Ils peuvent être fiers de leurs quatre jours de grève. Ils ont montré une détermination que la hiérarchie n’attendait pas. Cela leur vaut l’estime de pas mal de parents, mais aussi de collègues de toute la région, qui connaissent des situations à peine moins critiques.

Reste à se regrouper pour peser ensemble dans les prochaines étapes de la lutte. Car le « blanquérisme » nous garantit au moins une chose : celles-ci ne sauraient tarder.

Correspondant local

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