Répondons à l’appel des chômeurs : Manifestons tous ensemble mardi 13 et samedi 17 janvier !
12 janvier 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Ce gouvernement d’hypocrites a mal joué, en baratinant d’abord les chômeurs pour finalement envoyer la police les déloger des Assedic qu’ils occupaient. La colère des chômeurs en lutte s’est exacerbée et ils appellent les salariés à les rejoindre dans les manifestations qu’ils organisent cette semaine, mardi et samedi. Et ils ont parfaitement raison de nous appeler à les rejoindre, car nous sommes tous une même classe ouvrière. Qui, parmi nous n’a pas un ou plusieurs chômeurs dans sa famille, chez ses amis ou ses voisins ? Qui n’a pas la hantise de se retrouver bientôt à devoir pointer aux Assedic, puis en fin de droits ? Qui peut dire qu’il ne se retrouvera pas, comme la moitié des chômeurs (selon une enquête officielle), à ne même plus pouvoir se soigner parce qu’il n’y a plus d’argent pour les frais médicaux non remboursés !
Pour justifier l’intervention des flics, Jospin a eu l’aplomb de déclarer : « La société ne peut pas se passer de règles. On ne peut pas laisser occuper des lieux qui sont réservés justement aux chômeurs... Notre pays a besoin d’une parole d’autorité, une autorité républicaine, mais une autorité ! » Mais c’est quoi, ces règles, sinon la loi du fric et des puissants qui fait qu’on a systématiquement diminué les indemnités de chômage depuis quinze ans tout en versant des centaines de milliards aux patrons qui licencient ? C’est quoi, cette société qui, pendant que la richesse globale s’accroît de façon vertigineuse, réduit plus de 7 millions de travailleurs au chômage total ou partiel et condamne les autres à la surexploitation ? C’est quoi, cette autorité qui protège cette société pourrie ?
Et ces lieux minables « justement réservés aux chômeurs », comme dit Jospin, ne seraient-ils réservés qu’aux chômeurs résignés à faire la queue au pointage, chacun isolé dans sa solitude et son désespoir ? Seraient-ils donc interdits aux chômeurs qui luttent et s’organisent ? Jospin veut bien de chômeurs de longue durée, mais pas d’occupants de longue durée ! Ah, le beau gouvernement socialiste, qui voudrait que chacun reste à sa place, les riches et les patrons dans leurs hôtels particuliers, les travailleurs au boulot et aux heures sup et les chômeurs... à la rue !
Eh bien, qu’à cela ne tienne. Occupons-là, la rue, et tous ensemble, en attendant de forcer les portes de leurs forteresses de luxe.
Le gouvernement de « la gauche plurielle » (sans oublier Gayssot et Voynet qui viennent de se solidariser des mesures d’expulsions policières) a cru s’en tirer à bon compte : d’abord en bluffant avec ces 500 millions de Francs qui n’étaient qu’une somme déjà votée, déjà dépensée, une vieille ardoise de l’Etat envers l’Unedic, puis en concédant vendredi dernier « un milliard » aux chômeurs. Primo, un milliard qui sort d’où ? Il ne s’agira que d’un redéploiement de crédits, où le gouvernement rognera sur d’autres dépenses sociales. Pas question de taxer les grands patrons : on habillera Pierre en déshabillant Paul. Secundo, ce milliard rapporté à trois millions de chômeurs inscrits, ça fait combien ? Trois cent francs d’aumône par personne ! A comparer aux 25 milliards de francs accordés en 1997 sous forme de cadeaux fiscaux aux deux millions de familles les plus aisées, soit une prime de 12 500 francs pour chacune d’entre elles. Un milliard à comparer aussi aux 150 milliards de subventions distribués chaque année par l’Etat aux grands patrons sous prétexte « d’aide à l’emploi », sans autre résultat que de remplir un peu plus les coffres-forts. Un milliard enfin à comparer aux 1500 milliards de profits engrangés cette année par les grandes entreprises françaises.
Comme disait aux journalistes une chômeuse venue soutenir les occupants des Assedic de Nantes : « Que Jospin essaie de vivre avec 2000 balles, qu’ils aille faire ses courses chez Lidl et bouffe du pain à la fin du mois ! Qu’il arrête de nous prendre pour des mendiants ! »
Justement, les chômeurs ne sont pas des mendiants, mais des travailleurs en lutte qui donnent le coup d’envoi de cette années 1998. Car c’est évident, nous devrons tous nous unir pour dire stop à ce sale système et à ce gouvernement qui le protège en envoyant les CRS.

