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Qui sauvera l’hôpital ?

(Photo : à Bordeaux, le 16 juin 2020. Copyright : Photothèque Rouge /Martin Noda / Hans Lucas.)

En début de semaine dernière, le président du Conseil scientifique Covid-19, Jean-François Delfraissy, jetait un pavé dans la mare : selon son estimation, 20 % des lits d’hôpitaux se trouvent actuellement fermés. En cause : le manque de personnel.

Le bulldozer minimise ses propres destructions

Au vu de la politique de casse de l’hôpital public du gouvernement de Macron et ses prédécesseurs sous Hollande, Sarkozy ou Chirac, le ministre de la Santé, Olivier Véran, pourrait se réjouir. Tous ces lits fermés étaient à son programme : il a pris de l’avance.

Pourtant Véran minimise. Il prétend qu’il n’a détruit « que » 5 700 lits en 2020 – en pleine pandémie, il fallait déjà le faire ! Et il livre son estimation à lui, au doigt mouillé – seulement 5 % de lits fermés temporairement – avant de reconnaître qu’il n’est même pas en mesure de… mesurer réellement.

L’étendue des dégâts

Avant d’être ministre, Véran a contribué comme député à toutes les mesures de démolition de l’hôpital public, déjà sous Hollande (2012-2017). Alors pourquoi subitement faire mine de s’excuser ? C’est que ce chiffre de 20 % de lits mis hors service a pour une fois retenu l’attention des médias. Il résonne avec la colère venue d’en bas, des soignants comme des malades. Plus de 1 300 élèves infirmiers ont démissionné en cours d’études ces trois dernières années. Sans compter les démissions d’infirmières et autres soignants dont les témoignages désespérés remplissent les colonnes de journaux. Même des services d’hôpitaux prestigieux voient leur capacité d’accueil réduite, parfois jusqu’aux deux tiers !

La pénurie ne s’arrête pas aux soignants : l’hôpital manque aussi de secrétaires, d’assistantes sociales, d’ouvriers, de toutes les énergies qui assurent le bon fonctionnement d’unités de soins qui ne se limitent pas à prodiguer des actes médicaux – calibrés et tarifés par des bureaucrates fanatiques de rentabilisation capitaliste, alors que le secteur de la santé devrait répondre gratuitement à tous les besoins.

Et les « solutions » des Agences régionales de santé (ARS) aggravent le mal. Le Canard enchaîné évoque l’application Hublo, censée faciliter l’organisation des remplacements à l’hôpital. Elle incite les salariées les plus mal payées, souvent des mères élevant seules leurs enfants, à multiplier les heures supplémentaires… jusqu’au jour où elles s’écroulent d’épuisement, mettant leur service d’origine en difficulté.

Du grand ras-le-bol… à la révolte générale ?

Les agents hospitaliers sont en France aux avant-postes de ce qu’on nomme aux États-Unis le « Big Quit », une vague de démission de millions de salariés écœurés de voir leurs efforts du temps de la pandémie utilisés par leurs employeurs pour les exploiter davantage.

La protestation est sourde mais profonde. Les hospitaliers valent mieux que la pénurie de moyens dans laquelle on les contraint à se débattre ; mieux que l’injonction à rester une demi-heure ou une heure de plus en fin de service, à remplacer au pied levé, soi-disant au nom de la conscience professionnelle ou du dévouement au patient. Les hospitaliers valent mieux que les salaires minables qui sont les leurs et contribuent à les faire démissionner. Pour une herbe qui n’est pas toujours plus verte ailleurs.

Non, face à une situation qui tourne au scandale national, il va falloir contraindre Macron et ses sous-fifres à augmenter les salaires et les moyens pour l’hôpital. Avec une paye et des conditions de travail décentes, celui-ci ne tarderait pas à attirer à nouveau des dizaines de milliers de jeunes enthousiastes à l’idée d’exercer un métier utile à toute la société.

Pour cela, la mobilisation de tout l’hôpital public est nécessaire. Soignants et « patients », nous avons tous bien assez patienté ! Une mobilisation non pas sanitaire mais sociale est à inscrire au programme : pour sauver l’hôpital et nos santés du précipice vers lequel Macron et Véran les dirigent.

Mathieu Parant

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