Quand Sarkozy vote Strauss-Kahn
9 juillet 2007 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Dans une interview au Journal du Dimanche, Sarkozy s’est dit décidé à appuyer auprès des autres pays européens la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la direction du Fonds monétaire international (FMI). Il a vanté les qualités de son favori, « le plus apte pour ce poste » et affirmé qu’ils avaient « la même vision du fonctionnement du FMI ».
Ce FMI est un organisme financier aux ordres des grandes puissances qui gère des prêts envers tous les pays du monde. Et surtout qui réclame le remboursement, et les intérêts aux États pauvres, en exigeant d’être payé à l’heure. Le FMI a recommandé à bien des États des recettes pour pouvoir payer leurs dettes : ces plans dits d’« ajustement structurel » sont des mesures pour faire payer les plus pauvres, en particulier en privatisant des services publics ou en déréglementant le travail. Cette agence des grandes puissances impérialistes a ainsi multiplié les mauvais coups contre les peuples aux quatre coins de la planète !
Que Sarkozy puisse proposer ce poste à Strauss-Kahn (Fabius avait aussi été évoqué) n’est pas surprenant. Gauche et droite participent dans ces institutions capitalistes et ne s’y distinguent pas. Ils mènent la même politique en faveur des puissants de la planète. Ainsi, le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce est depuis 2005 un socialiste français : Pascal Lamy. Une nomination alors soutenue par Chirac et Raffarin.
Évidemment, ce choix de Sarkozy s’inscrit aussi dans son opération « d’ouverture », et ce n’est pas par souci démocratique qu’il a pensé à un « éléphant » du PS mais pour le faire monter dans sa galère. Après les postes de ministre, il continue à proposer à des personnalités de gauche des « missions » et autres « commissions », quitte à mécontenter une partie de son propre camp. L’ancien ministre socialiste Védrine est déjà chargé d’un rapport sur la mondialisation, et Jack Lang est invité à faire partie d’une commission sur les institutions, présidée par Balladur. Lang se dit « touché » et « honoré » de la proposition et devrait répondre dans les prochains jours...
Le PS est bien entendu gêné. François Hollande dénonce les « débauchages » du président… Mais pas trop quand même ! Il s’accorde avec Sarkozy pour juger que Strauss-Kahn a le profil de l’emploi pour le FMI : « Je ne vais pas m’en plaindre » dit-il.
Alors Hollande a beau répéter qu’il y a une gauche et une droite, il ne peut masquer la réalité : ces deux camps mènent fondamentalement la même politique. Si la politique d’ouverture de Sarkozy a un écho certain parmi les politiciens de gauche, c’est bien parce que la frontière entre gauche et droite est vraiment mince.
Sarkozy espère ainsi contenir les contrecoups des réformes antisociales qu’il prépare. Car en même temps que le nouveau président « ouvre » et fait des sourires, y compris aux « éléphants » du PS, il entame la mise en œuvre de son programme. A l’Assemblée, on prépare le vote du « paquet fiscal », c’est-à-dire essentiellement des baisses d’impôts qui profiteront surtout aux plus riches, lequel revient à une quasi suppression de l’impôt sur la fortune et pratiquement à une exonération du paiement de CSG-CRDS pour eux. Fillon et Sarkozy ont aussi annoncé pour cet été le prétendu « service minimum » dans les transports : en fait, une restriction du droit de grève. Sans oublier les diminutions d’effectifs dans l’Éducation nationale, le contrat unique qui signifierait une précarisation des salariés, la diminution des remboursements des dépenses de santé, la réforme des retraites, etc. : la liste des mesures annoncées s’allonge.
Il n’est pas dit que cette « ouverture » permettra à Sarkozy de faire passer ses mauvais coups. Le monde du travail ne peut pas se limiter à attendre une alternance… pour 2012, seul objectif de Royal et du PS. Les travailleurs ont les moyens de réagir. A condition de compter sur leur propre mobilisation et de ne rien attendre de leurs faux amis !


Réactions à cet article
1. Quand Sarkozy vote Strauss-Kahn , 12 juillet 2007, 10:22
En apparence, Sarkozy joue habilement en discréditant ainsi le PS. Il se retrouve ainsi sans adversaire crédible... du moins sur le plan institutionnel. (Selon les derniers sondages publiés par Libération, la politique « d’ouverture » serait même approuvée par 50 % des électeurs de gauche...) Mais, à terme, le discrédit du PS pourrait se retourner contre les intérêts de classe défendus par Sarkozy, car il pourrait se retrouver face à des aversaires plus pugnaces que la clique des Royale, Hollande, Strauss Kahn, Lang et cie.
Cette décomposition nauséabonde du PS et l’effondrement du PC, dans une situation marquée par une offensive spectaculaire et cynique de la bourgeoisie, pourrait en effet ouvrir un véritable boulevard à l’extrême-gauche révolutionnaire... Si elle était capable de s’unir au moins sur un programme clair de défense des travailleurs, c’est à dire de se montrer à la hauteur de la situation. Hélas, entre les manoeuvres de la LCR et le repli résigné de LO, il semble que nous en soyons très loin.
Gérard
Réagir à ce message