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Prisonniers et prisonnières basques : ne les oublions pas !

26 mars 2020 Article Monde

Le 8 avril prochain marquera le 30e anniversaire de détention dans des prisons françaises et espagnole de quatre militants nationalistes basques ; les frères Ion et Unai Parot, Jakes Esnal et Txistor Haranburu.

Tous étaient, au moment de leurs arrestations en 1990, membres de l’organisation clandestine ETA et plus exactement de son « commando itinérant » (dit « commando Argala ») composé de basques de nationalité française qui agissaient en Espagne. Après sept ans de détention sans procès, ils furent finalement condamnés en 1997 à la réclusion criminelle à perpétuité, la justice leur imputant des attentats qui avaient fait 38 morts et 200 blessés.

Ion Parot, condamné à perpétuité avec une peine de sureté de 15 ans, s’est déjà vu refuser, depuis 2005, cinq demandes de liberté conditionnelle dont la dernière il y a seulement un an. Pour leur part, Txistor Haranburu et Jakes Esnal sont en attente d’une audience dans des procédures à rallonge qui prennent désormais deux ans. Unai Parot, de son côté, arrêté et incarcéré en Espagne, aurait pu être libéré s’il n’avait écopé d’une seconde condamnation à 11 ans de prison, portant sa peine à 41 ans et une sortie de prison vers 2031.

Le maintien en prison de ces quatre militants nationalistes n’est que la partie visible de cette répression. Aujourd’hui croupissent dans les geôles des deux côtés des Pyrénées près de 250 hommes et femmes (68 en France, 175 en Espagne) sciemment dispersés dans des prisons très éloignées du Pays basque, ce qui rend difficiles les visites de leurs familles et de leurs proches. Beaucoup d’entre eux ont dépassé depuis longtemps les peines de sûreté (au-delà desquelles les libérations conditionnelles deviennent possibles), d’autres sont gravement malades mais Paris et Madrid font la sourde oreille à toutes les demandes de libération, demandes appuyées, des deux côtés de la Bidassoa, par des manifestations nombreuses qui regroupent chaque fois des dizaines de milliers de personnes. Seule amélioration côté français : le rapprochement de quelques détenus dans des prisons plus proches de chez eux, dans les Landes et les Hautes-Pyrénées.

Le 8 avril prochain devait avoir lieu dans trente villes et villages du Pays basque de France des rassemblements de soutien, annulés pour cause d’épidémie. Et le chiffre trente avait été, bien sûr, choisi symboliquement pour rappeler le nombre d’années d’incarcération.

Aujourd’hui alors que le conflit armé a pris fin, demander la libération de tous les prisonniers et prisonnières, le droit au retour de celles et de ceux qui ont été contraints de s’exiler, et l’amnistie générale n’est en aucun cas cautionner ou approuver l’idéologie nationaliste de l’ETA ou la tactique de lutte armée qu’elle préconisait. Loin s’en faut.

Même au moment les plus critiques du conflit armé nous avons toujours affirmé que la lutte armée menait à une impasse, que sa perpétuation tournait le dos à l’intérêt des travailleurs, basques et non-basques – tout en réaffirmant notre soutien au peuple basque et à son droit indéfectible à l’autodétermination.

C’est d’ailleurs parce qu’ils s’étaient eux-mêmes aperçus qu’ils se trouvaient dans une voie sans issue devant le coût humain de cette lutte armée et la lassitude d’une partie notable de la population qui les soutenait que les militants indépendantistes ont finalement accepté de déposer les armes, tout comme l’avaient fait avant eux et pour les mêmes raisons il y a quelques années ceux de l’IRA en Irlande du Nord.

Mais de leur coté, loin de régler politiquement ce conflit une fois pour toutes, les États français et espagnol ont refusé la main tendue et ont décidé de se montrer intransigeants, voire carrément de se venger sur les militants et les militantes de l’ETA qu’ils détenaient dans leurs prisons. Le tout au nom de potentiels « troubles à l’ordre public » que provoqueraient leurs libérations. Une belle hypocrisie ! 


Deux poids, deux mesures : quelques rappels historiques

« Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » disait déjà une fable de La Fontaine. Quelques brefs rappels historiques montrent que les justices française ou espagnole savent se montrer clémentes lorsque cela les arrange et arrange leurs maîtres.

Le général Raoul Salan. Il fut en son temps l’officier le plus décoré de l’armée française. Partisan de l’Algérie française, il fut l’un des responsable du putsch raté des généraux en 1961, puis dirigea l’OAS qui perpétrait des attentats en Algérie. Condamné à mort par contumace cette année-là, arrêté l’année suivante à Alger alors qu’il se trouvait dans la clandestinité, il fut finalement condamné à la détention à perpétuité en mai 1962. Bien que responsable de dizaines de morts – tant parmi la population musulmane d’Algérie que parmi les Européens (et les métropolitains) qui étaient favorables à l’indépendance – il fut libéré par grâce présidentielle de de Gaulle, en juin 1968. Cerise sur le gâteau il fut réintégré dans le corps des officiers et toucha, jusqu’à mort, l’intégralité de sa pension militaire, ses années d’emprisonnement comptant comme années de service.

Maurice Papon. Haut fonctionnaire en poste à Bordeaux il fut coresponsable de la déportation de 1 683 Juifs de la région d’abord vers Drancy puis vers les camps de la mort. Ensuite, préfet de police de Paris à partir de mars 1958, il fut directement impliqué dans la répression sanglante de la manifestation du 17 octobre 1961 organisée par le Front algérien de libération nationale au cours de laquelle plusieurs centaines d’Algériens furent tués, certains jetés vivants dans la Seine. Quatre mois plus tard, le 8 février 1962, il est à la manœuvre pour réprimer une manifestation organisée par le Parti communiste français pour protester contre l’OAS. Bilan : neuf personnes seront tuées par la police à la station de métro Charonne, dans le XIe arrondissement. Mais pour cela il ne fut jamais poursuivi.

Il a fallu toute la ténacité de ceux qui n’avaient pas oublié, pour que son rôle dans la déportation des Juifs bordelais soit enfin révélé en 1981. S’ensuivirent alors 17 années de procédures, ses avocats faisant traîner les choses face à un parquet complaisant avant qu’il soit condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité à dix ans de prison. Et il sortit … 4 ans plus tard pour être assigné à résidence chez lui.

La même chose en Espagne. Les policiers, militaires et gardes civils impliqués dans les assassinats de membres présumés de l’ETA réfugiés en France furent, pour certains, condamnés à des peines de prison – parfois lourdes – mais furent libérés au bout de quelques années. D’autres virent même leurs peines aménagées dès leur incarcération ce qui leur permettait de passer leurs journées dehors et de ne revenir en prison que pour y passer la nuit. Quant aux policiers français complices de ces assassinats ils ne furent ni recherchés, ni inquiétés. . 25 mars 2020, Jean Liévin

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