Pour interdire les licenciements et une vraie réduction du temps de travail
20 septembre 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Que Michelin annonce la suppression de 7500 emplois en même temps qu’une augmentation de 20 % de ses bénéfices et qu’aussitôt ses actions fassent un saut en bourse de 12 %, c’est la loi du marché à laquelle, paraît-il, Jospin ne pourrait rien. C’est lui qui le dit, en renvoyant aux salariés le soin de s’y opposer. Les travailleurs, heureusement pour eux, n’attendent pas après ses bons conseils.
A Michelin, où cette semaine ils manifestent, mais pas seulement là. Car de nombreuses entreprises, parmi les plus grandes et celles qui annoncent les plus gros profits, licencient comme à Michelin, et la liste est trop longue pour être citée.
Dans les entreprises du secteur public qui dépendent du gouvernement, la méthode est la même. Que ce soit à la SNCF, dans les hôpitaux, dans les caisses d’allocations familiales ou de sécurité sociale, dans l’enseignement. Les départs n’y sont pas remplacés, le surcroît de travail n’est pas compensé, et sous prétexte d’appliquer la loi Aubry la charge de travail augmente en même temps que la flexibilité.
Ce gouvernement qui prétend ne pas pouvoir administrer l’économie, ne se gêne pourtant pas pour faire des lois favorables aux patrons. La seconde loi Aubry qui vient en discussion au Parlement en début octobre en est une illustration. Sous le masque hypocrite d’une réduction du temps de travail, elle généralise la flexibilité et l’annualisation, facilite l’allongement de la durée hebdomadaire, avec travail du samedi et suppression des temps de pause, tout en supprimant les majorations pour heures supplémentaires ; elle permet le blocage et même la régression des salaires. Et qui plus est elle s’accompagne d’une distribution de nouveaux subsides au patronat par l’allégement des charges sociales, que l’on fera payer aux caisses de Sécurité Sociale et de l’assurance-chômage !
Ce gouvernement ne se gêne pas plus que les précédents pour soutenir financièrement les patrons. Michelin le licencieur, n’en est pas à son premier plan de suppressions d’emplois, et n’avait-il pas encore récemment bénéficié de l’aide de l’Etat pour ses restructurations ? L’industrie automobile renouvelle sa « pyramide des âges » en n’embauchant qu’un jeune pour trois départs de travailleurs âgés, et ne le fait-elle pas à grands coups de milliards pris dans les caisses sociales et sur le budget de l’Etat ?
L’Etat, le gouvernement, ne peuvent rien faire contre les licenciements… sauf soutenir les patrons licencieurs.
Alors oui les travailleurs ne doivent compter que sur leurs luttes. Et puisque le PCF, et peut-être même toutes les composantes de la « gauche plurielle » aujourd’hui aux commandes de l’Etat, tout en soutenant le gouvernement, parlent d’organiser une journée de protestation à l’échelle nationale courant octobre, saisissons l’occasion. Pour montrer que nous voulons nous battre, tous les travailleurs ensemble. Pas pour un « moratoire » comme le demande R. Hue, c’est-à-dire un simple report, mais pour interdire les licenciements.
La CGT appelle par ailleurs le 4 octobre, veille du débat sur la loi Aubry à l’Assemblée, à manifester pour empêcher que le MEDEF, l’organisation patronale, n’infléchisse le projet dans un sens encore plus favorable à ses intérêts. Mieux vaut bien sûr voir les dirigeants de la CGT appeler à manifester, même si c’est d’une façon ambiguë, que de les voir s’opposer aux cheminots en grève contre les applications à la SNCF de cette même prétendue loi des 35 heures, comme ils l’ont fait en mai dernier. Alors saisissons aussi cette occasion de manifester. Mais pour une véritable réduction du temps de travail : 35 heures ou même moins, sans annualisation ni flexibilité, sans réduction des salaires, avec des vraies embauches en compensation.
Si nous sommes nombreux à participer à ces journées d’action, elles pourront aider à la préparation d’un véritable mouvement d’ensemble. Pas en se contentant de démonstrations sans lendemain, mais pour en faire le début d’une lutte de tous les travailleurs au coude à coude, contre les patrons et aussi contre ce gouvernement qui les sert.

