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Pour Noël, la gauche en mal de rédemption

22 décembre 2021 Article Politique

(Photo : Christiane Taubira en 2018, Bruno Barral, https://commons.wikimedia.org/wiki/...)

À en croire les médias et les messages des réseaux sociaux, la vidéo de Christiane Taubira donnant un rendez-vous en janvier pour une éventuelle annonce de candidature aurait fait un tabac. Comme si toute la gauche de gouvernement attendait pour Noël le messie… Sauf, en son sein, celles et ceux qui sont déjà candidats évidemment.

C’est qu’à l’heure actuelle aucun des prophètes de la gauche ne dépasserait les 10 % au premier tour. Alors chacun d’entre eux gesticule en appelant à une variante d’« union de la gauche » qui le placerait en tête. Hidalgo, dernière prêtresse du temple socialiste et bonne dernière de la course au trône, propose une primaire qui lui permettrait de toucher le jackpot ou de se retirer sans déshonneur avant la claque électorale. Jadot, le vert pâlot, suggère à Hidalgo et Taubira de se ranger derrière lui, échaudé par le pari perdant qu’il avait fait en 2017 de retirer sa candidature au profit d’un autre socialiste (Benoît Hamon, qui n’avait récolté que 6,36 % des voix).

Taubira, qui a su ménager une image un peu non-conformiste (si on compare à ses semblables) de femme de culture et de panache, serait-elle le petit Jésus qui balaye le Temple ? Elle est pourtant loin d’être l’Immaculée Conception. Certes, elle commence la politique dans les années 1970 comme militante pour l’indépendance de la Guyane, mais atteint son apogée comme vulgaire ministre d’un gouvernement socialiste, entre 2012 et 2016. Son verbe haut fait un peu spectacle à l’Assemblée nationale, secouant le demi-sommeil des marchands du palais Bourbon ; finalement, rompant les rangs sur le projet de Hollande de déchéance de nationalité pour les binationaux coupables de terrorisme, elle démissionne afin de sortir la tête haute d’un gouvernement qui tournait en eau de boudin.

Il ne faut pas grand-chose pour se distinguer un peu dans le marigot politicien. Car elle avait déjà remisé l’indépendantisme au placard après l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, puis fondé en 1992 un petit parti familial en Guyane, Walwari, regroupant les adversaires du Parti socialiste guyanais. En 1993, c’est en députée qu’elle traverse l’Atlantique pour voter l’investiture et le budget du gouvernement de droite dirigé par Balladur [1]. L’année suivante, Taubira se fait élire députée européenne sur une liste menée par l’affairiste Bernard Tapie [2]. Mais la voilà en 1997 qui rejoint le groupe parlementaire socialiste à l’Assemblée, puis s’engage au Parti radical de gauche (petit parti fossile issu de l’ère de la IIIe République) dont elle est la candidate à l’élection présidentielle de 2002, récoltant 2,3 % des voix (deux fois moins qu’Olivier Besancenot ou qu’Arlette Laguiller cette année-là). Pour finir, comme on l’a dit, dans le gouvernement de Hollande au ministère de la Justice. Et elle n’y est pas spécialement laxiste, comme l’attestent les effectifs de condamnés et les moyens mis pour les contrôler. En matière migratoire, elle durcit en 2013 le flicage des sans-papiers en légalisant les tests osseux et dentaires pour attester de leur minorité, ce qui modifie les conditions de leur prise en charge.

En 2016, quelques jours avant son départ du ministère, alors que huit salariés de Goodyear sont condamnés à de la prison ferme pour s’être battus pour préserver leur emploi, elle se réfugie derrière la fausse indépendance de la justice pour ne pas avoir à désavouer le jugement rendu.

Libérée du gouvernement, ce n’est pas mieux : en 2017, alors qu’une révolte secoue la Guyane, elle se contente d’appeler au dialogue. En 2018, interrogée sur le méga-projet minier de Montagne d’or, elle ne se dit ni pour ni contre, exigeant juste que les pouvoirs locaux y prennent leur part de gâteau. En septembre 2021, alors qu’un quart seulement de la population guyanaise a reçu deux doses de vaccin, elle élude quand on lui demande d’appeler à la vaccination. Trois mois plus tard, elle a déjà changé d’avis. Tourner avec le vent semble une habitude.

Pour redorer l’image de leur monde, les politiciens de la gauche n’ont pas encore trouvé la perle rare. Ils peuvent bien chercher, mais on sait qu’une fois au pouvoir, ils mènent la même politique anti-ouvrière que la droite, tendant ainsi la joue pour leurs prochaines claques électorales. Heureusement que dans notre monde, celui des travailleurs et de la jeunesse en galère, on a Philippe Poutou, sa révolte contre les injustices et le racisme, son franc-parler et le tranchant des idées révolutionnaires qui seules pourront changer notre sort.

Bastien Thomas


[1Gouvernement Balladur dont un des principaux faits d’armes sera d’allonger jusqu’à 40 ans la durée de cotisation pour partir à la retraite à taux plein.

[2Les deux entretiennent une amitié de crocodiles jusqu’à ce que les démêlés judiciaires de l’un deviennent trop gênants pour la carrière de l’autre. Mais en 2005, elle jugera encore que la « voix tonitruante » de Tapie ferait du bien à la gauche.

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