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Accueil > Éditos de bulletins > 2004 > décembre > 13

Plus de liberté... pour les exploiteurs

Travailler plus pour gagner plus… A nouveau, le gouvernement a sorti cette formule censée améliorer le quotidien des travailleurs. Comme si ceux qui gagnent le plus sont ceux qui travaillent le plus ! Mais c’est ainsi que Raffarin annonce sa réforme des 35 heures prévue pour 2005.

De quoi s’agit-il ? Les 35 heures resteraient la base légale du travail… mais pas applicable quand ça arrange le patron. Le nombre d’heures supplémentaires autorisées, qui avait déjà été porté en 2002 de 130 heures à 180, serait maintenant porté à 220 sur l’année. Le dispositif de Compte épargne temps serait étendu et certaines limites supprimées. En clair, on peut « épargner » du temps, c’est-à-dire ne pas prendre des jours de RTT, voire de congés payés, et les reporter à plus tard (jusqu’à la retraite, même !) ou les récupérer en argent. Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement offre aux patrons la possibilité de conclure des accords d’entreprise, dits de « temps choisi », pour aller encore plus loin que la loi dans la flexibilité. Sans compter que les heures supplémentaires seraient moins majorées : seulement 10 % dans les petites entreprises depuis 2002, et le délai pour ce taux est prolongé jusqu’en 2008.

« Temps choisi », « ceux qui veulent travailler plus le pourront »… La chanson gouvernementale est connue. La chanson patronale, plus franche, l’est aussi : on se souvient des patrons de Bosch à Vénissieux qui cet été ont imposé aux salariés de travailler plus sans contreparties en menaçant de licencier. D’autres leur ont emboîté le pas, et maintenant ils auront les mains d’autant plus libres qu’ils sont encouragés à « négocier » par entreprise. Le « choix » qu’on nous propose, c’est de trimer à la convenance du patron, de reporter les jours de RTT, de multiplier les heures supplémentaires. Et lorsque cela l’arrangera, de prendre les jours reportés, et de s’en tenir au temps de travail légal.

En même temps qu’il est question de faire travailler les salariés plus longtemps, de rendre le temps de travail plus flexible, l’Etat s’est aussi chargé de rendre les licenciements plus aisés pour les patrons en modifiant la loi. Et Raffarin promet aussi de « simplifier » le Code du travail, « trop contraignant »… pour les patrons, bien entendu. Tout cela va de pair. Jouer du chantage à l’emploi pour faire accepter aux salariés n’importe quelles conditions de travail, n’importe quels horaires, c’est de cela dont il s’agit. On comprend bien que Seillière ait bruyamment félicité Raffarin.

Travailler plus ? Mais justement des millions de chômeurs ne demandent qu’à travailler tout simplement ! Des millions de salariés en situation précaire ou à temps partiel ne demandent qu’à travailler plus, avoir un temps complet ou être embauchés en CDI ! Et ce n’est pas cette réforme qui le leur permettra. Au contraire : les patrons seront enclins à jouer encore plus de la flexibilité plutôt que d’embaucher.

A écouter le gouvernement et le patronat, si nous voulons « gagner plus », il faut accepter leur loi et espérer arrondir la paye avec des heures supplémentaires incertaines et mal payées. Nos salaires ne doivent pas être augmentés et selon eux le travail coûte même trop cher. Pourtant pour leurs propres payes, les bourgeois ne lésinent pas. Ainsi, les PDG des entreprises cotées au CAC40 se sont augmentés de 10 % en moyenne en 2003 ! Soit quelques centaines de milliers d’euros supplémentaires pour chacun ! L’économie n’a pas été mise en péril pour autant !

300 € par mois d’augmentation pour tous, c’est ce qu’il nous faut pour atteindre des salaires plus corrects. Ce ne serait que reprendre ce que nous avons perdu pendant des années de blocage des salaires et de hausses de prix.

Il ne faut pas compter évidemment que le patronat les lâche de bon cœur, ni que le gouvernement arrête par enchantement ses attaques anti-ouvrières. Surtout si les confédérations syndicales se contentent pendant des mois de parlottes autour du tapis vert et que nous attendions que tout vienne d’elles. Il est urgent de préparer une lutte d’ensemble du monde du travail pour reprendre tout ce qu’ils nous ont volé. Faire reculer les patrons et le gouvernement, ça dépend de nous tous !

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