Passé le temps des urnes et des isoloirs, défendons nous !
10 juin 2002 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Chirac selon toute probabilité aura sa majorité à l’Assemblée. La droite triomphe. Avec 44 % elle accroît son score de près de 8% par rapport à 97. On ne peut pas dire que la gauche ne lui aura pas frayé la voie. D’abord en faisant pendant cinq ans une politique que la droite n’aurait pas reniée, favorisant les patrons et les plus riches mais désespérant les travailleurs ; ensuite en faisant plébisciter Chirac au second tour de la présidentielle, rendant ainsi « Super-menteur » à nouveau présentable et crédible auprès de toute une partie de l’électorat.
Avec plus de 35 % un taux record des abstentions, particulièrement dans les milieux populaires, montre que c’est malheureusement le dégoût et le désintérêt qui y ont prévalu. C’est la principale cause de la défaite de la gauche. Ne recueillant que 37 % des voix, soit un recul de 6 %, elle fait les frais de sa politique.
Le Parti Socialiste n’a maintenant plus d’espoir de gouverner avant longtemps, même s’il sauve en partie les meubles en conservant avec plus de 27 % des suffrages ses voix de 97. La casse, c’est avant tout le Parti Communiste qui la paye en perdant la moitié de ses électeurs, passant, lui, de près de 10 % à moins de 5 %. On ne peut pas dire non plus qu’il ne l’a pas cherché, car pendant 5 ans il a aidé à faire passer toutes les mesures anti-ouvrières du gouvernement Jospin. Mais ses militants, qui avec dévouement tentent au jour le jour de défendre sur le terrain les intérêts des travailleurs, ne méritaient certes pas d’être ainsi trahis.
Le Front National et l’extrême-droite dans son ensemble n’ont fort heureusement pas progressé et avec 12 % celle-ci perd même des voix par rapport à 97. Le FN ne sera ainsi pas présent au second tour dans 300 circonscriptions, comme Le Pen l’avait claironné, mais dans un peu moins d’une quarantaine.
Quant à l’extrême-gauche – la Ligue Communiste Révolutionnaire et Lutte Ouvrière dont nous faisons partie – avec un faible score, inférieur à 3 %, elle n’a malheureusement pas réussi à convaincre tous ceux qui sur les noms d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot s’étaient exprimés pour une politique différente de celle que droite et gauche en alternance infligent depuis 20 ans aux travailleurs, de faire un nouveau geste d’avertissement au patronat, aux riches, et au gouvernement à venir, quelle que soit sa couleur. Si l’extrême-gauche n’a pas pu retrouver les quelques 10 % de voix du premier tour des présidentielles, l’absence de fermeté de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui s’est laissée tirer par la gauche sur le terrain du vote Chirac au second tour de la présidentielle, et le refus de Lutte Ouvrière à vouloir proposer et entraîner avec elle et sur ses positions d’autres militants et d’autres organisations du mouvement ouvrier, y sont sans doute pour quelque chose.
Reste qu’avec Chirac et le gouvernement qui sont sortis de ces scrutins, la politique anti-ouvrière va continuer, voire s’aggraver. Les plans de licenciements sont plus que jamais à l’ordre du jour, les retraites sont dans le collimateur, les salaires sont bloqués et seront peut-être encore amputés par un « assouplissement » des 35 heures, les services publics en voie de privatisation et de détérioration aggravée. Alors que les profits, les cadeaux fiscaux ou autres aux patrons et aux riches se multiplieront et que la politique du bâton sera présentée comme seul remède à la misère des plus pauvres dans les cités et ailleurs.
Mais quelle qu’ait pu être l’issue de ces élections, nous aurions retrouvé les mêmes problèmes, avec la gauche comme avec la droite, et nous aurions de toutes façons du nous défendre pour ne pas en être victimes. Alors aujourd’hui ce qui est à l’ordre du jour pour nous tous travailleurs, c’est de nous préparer à nous battre ensemble, syndicalistes de toutes les confédérations, militants du Parti Communiste du Parti Socialiste ou d’extrême-gauche, travailleur sans appartenance politique ou syndicale, pour la défense de nos intérêts. Et souvenons-nous que les vrais combats, ceux qui ont apporté réellement une amélioration des conditions du monde du travail, ne sont pas ceux qui se sont livrés dans les isoloirs et dans les urnes, mais dans les entreprises et dans la rue.

