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Déconfinons-nous ! Par le jeu vidéo

Death Stranding

24 mars 2020 Article Culture

Des univers post-apocalyptiques dans lesquels l’humanité est au bord du gouffre suite à une catastrophe planétaire, il n’en manque pas dans le monde du jeu vidéo. Mais en ces temps de confinement, Death Stranding mérite incontestablement un focus spécial. Il s’agit de la dernière production du célèbre Hideo Kojima, connu pour la série des Metal Gear Solid. Quand le premier opus de ces derniers est sortie en 1998, il avait fait l’effet d’une petite révolution dans l’univers du jeu vidéo. Game play inédit, scénario retors digne d’un film complexe, Hideo Kojima se faisait alors un nom dans l’industrie numérique.

La série des Metal Gear est désormais terminée et laisse la place à Death Stranding.

Quand les travailleurs d’Amazon et de Deliveroo sauveront le monde

Dans un futur proche, le Death Stranding est une catastrophe qui a ravagé le monde et détruit la plus grande partie de l’humanité. Pour survivre, cette dernière a été obligée... de se confiner totalement dans des abris souterrains. Les liens entre les pays, les villes et même les individus sont complètement rompus. Aucune communication n’est possible, sans même parler d’échanges physiques. Vous incarnez alors Sam Porter Bridges, de la société Bridges, un livreur de marchandises qui doit se rendre d’abris en abris pour délivrer des produits de première nécessité et des matières premières pour reconnecter les villes entre elles aux sein des United Cities of America (UCA). Véritable livreur Amazon ou Deliveroo du futur, Sam doit faire face sur sa route aux multiples périls du monde extérieur ravagé par le Death Stranding. Et lorsqu’il parvient à livrer ses précieuses cargaisons, notre héros ne fait face qu’à de simples hologrammes le remerciant de son dévouement : les ingénieurs et autres destinataires des marchandises vivant sous terre, en « télétravail » généralisé ! Deux mondes donc : celui des livreurs de marchandises qui doivent héroïquement sortir les villes de leur confinement et celui d’une société détruite et fragmentée qui n’a pas su faire face à la menace qui l’a fait péricliter.

Un magnifique univers dark, poétique et... post-capitaliste ?

Incarnés par de véritables acteurs (Norman Reedus, Léa Seydoux, Mads Mikkelsen, entre autres) les personnages de Death Stranding comme ses « design » sont particulièrement réussis. Laissez tomber les véhicules pour vous déplacer : faites-le à pieds en prenant le temps de déambuler dans le paysage et en vous laissant porter par une bande originale envoûtante à souhait.

Comme à son habitude, Hideo Kojima nous en fait voir de toutes les couleurs. Vous ne comprendrez pas tout, vous n’arriverez pas à connecter toutes les pièces du puzzle, vous ne vous rappellerez pas toutes les facettes du monde que vous explorerez. Mais peu importe. Il suffira de se laisser porter, d’apprécier les mystères et incongruités d’un monde très « dark » mais très poétique également.

Qui sont ces Echoués par exemple ? Ces créatures que Sam doit combattre, errant à travers le monde, spectres issus de La Plage (The Beach dans le jeu, traduit par La Grève dans la version française - on est combatifs, en France !) et souhaitant vous y attirer ? Cette Plage où viennent aussi s’échouer vos souvenirs du passé. Dans un article du New-York Times [1], Kojima explique que l’idée du jeu lui est venue en entendant parler du phénomène d’échouage en masse (Mass Stranding) des mammifères marins sur les côtes à cause de la déréglementation des océans. Ces créatures d’un autre monde, venues s’échouer malgré elles sur le nôtre, entre la vie et la mort...

Les autres adversaires que Sam devra affronter sont Les Mules. Des êtres humains, ou ce qu’il en reste, anciens livreurs comme Sam mais devenus des « drogués de la marchandise » comme nous l’explique le jeu lui-même. Dès qu’ils repèrent une marchandise en circulation, quel que soit son type, ils se ruent littéralement dessus pour s’en emparer. Produits d’une société où les marchandises semblent avoir une valeur par elle-même (Marx ne l’avait-il pas déjà expliqué en parlant du fétichisme de la marchandise ?), Les Mules ne font donc qu’accumuler ce qu’elles volent, sans en avoir l’usage immédiat.

Sam ne vend pas les marchandises qu’il transporte. Il ne reçoit rien d’autres que de la reconnaissance pour ses livraisons. Alors, ces « marchandises », dénuées de valeur d’échange mais certainement pas de valeur d’usage puisqu’il faut les livrer à tout prix pour permettre à la société de se reconstruire, en sont-elles toujours ? Elle n’aurait en tout cas pas leur place dans notre société capitaliste contemporaine. Du moins le débat est-il ouvert !

Quelle facilité alors de s’identifier à Sam, ce travailleur ambulant sur lequel repose tout le poids de la société future à reconstruire. Et quel plaisir, donc, de se plonger en ces temps de confinement dans Death Stranding, pour livrer son esprit à une expérience de jeu vidéo hors du commun et passionnante.

Igor Tahm-Kench

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