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Accueil > Éditos L’Étincelle > 2020 > janvier > 28

Plus de 50 jours de grève à la RATP et à la SNCF : fiers et déters !

« On n’en a pas fini avec Macron et sa clique de patrons ! »

(Editorial des bulletins L’Etincelle à la SNCF et à la RATP, le mardi 28 janvier 2020)

Qui aurait pensé le 5 décembre que deux mois après nous y serions encore ? Dans la plus longue grève de l’histoire de la SNCF et de la RATP, dans un mouvement d’ensemble contre Macron et son monde, un mouvement qui entraîne les enseignants, les travailleurs de la culture, des raffineries, de l’énergie, les dockers, les avocats, les égoutiers, les lycéens, les étudiants et bien d’autres.

« Un exploit qu’on a réalisé tous ensemble »

A l’heure où d’autres secteurs prennent le relais, la grève reconductible s’étiole à la SNCF et à la RATP. « C’est notre portefeuille qui est épuisé, pas nous ! » Moral et détermination sont au beau fixe car la grève a donné confiance à des centaines de milliers de travailleurs qui relèvent la tête. Les actions continuent tous les jours : coupures de courant ciblées par les camarades d’EdF, blocage des épreuves du bac Blanquer dans les lycées et comités d’accueil pour les ministres ou les députés – ces gens-là ne peuvent plus sortir de chez eux sans s’exposer à la colère populaire, Macron lui-même a fui le théâtre des Bouffes du Nord pour ne pas croiser ceux qui étaient « venus le chercher ».

Les manifestations toujours imposantes rassemblent de nombreux salariés du privé. Vendredi 24 janvier, les taux de grévistes ont largement remonté à la RATP et à la SNCF - plus de 40 % des conducteurs de train par exemple. Ces démonstrations de force scandent le mouvement face à un gouvernement de plus en plus borné et un président de plus en plus détesté.

50 jours de grève massive à la RATP et à la SNCF, avec plus de 80 % de grévistes à la conduite des métros ou des trains pendant des semaines, n’ont pas permis d’obtenir le retrait de la réforme. Mais Macron non plus n’a pas gagné malgré toutes les tentatives d’intimidations et de répression. D’autant que cette lutte exceptionnelle a emporté une victoire qui permettra toutes les autres : elle a propagé le virus de la grève et de la contestation. Fini le temps où les cheminots menaient leurs reconductibles seuls, certes soutenus par leurs camarades des autres secteurs, mais seuls en grève comme en 2014, en 2018 ou dans une moindre mesure en 2016.

La « convergence des luttes » n’est plus un slogan, elle a commencé avec les profs venus aux AG de cheminots, avec les gilets jaunes qui ont tenu les piquets de grève des dépôts de bus face aux flics, avec le privé au coude à coude du public dans les manifestations, dans les « AG interpro » et autres coordinations qui ont réuni les grévistes de différents secteurs.

« Ce n’est plus seulement la réforme qu’on veut dégager, mais Macron et son monde »

Le camp d’en face aussi a serré les rangs. Macron est resté aux avant-postes, provocateur et méprisant comme à son habitude, dans son rôle de paratonnerre de la colère sociale qui lui vaut la haine bien méritée de l’immense majorité des travailleurs. Dernière sortie en date de ce président des riches qui a ordonné à la police de fracasser le crâne des manifestants, de lever brutalement les piquets de grève de la RATP et de tabasser des lycéens : « Essayez la dictature et vous verrez ! »

Il faudrait se réjouir de cette démocratie où les députés s’apprêtent à voter une réforme dont ils sont pourtant incapables de simuler l’impact ? Une démocratie où le gouvernement s’invente un interlocuteur qui n’a en rien contribué à la grève, le patron de la CFDT, pour mettre en scène un faux compromis autour de « l’âge-pipeau » ?

Cette démocratie pour les riches a le goût et l’odeur de la dictature. Pas celle de Macron qui n’est qu’un exécutant. La dictature du capital, des Black Rock, BNP, Société Générale, des actionnaires comme Bernard Arnault dont la fortune a dépassé les 100 milliards cette année ou encore de la famille Mulliez, propriétaire d’Auchan, qui a vu son ancien DRH, Laurent Pietraszewski, promu secrétaire d’Etat en remplacement de Delevoye pris la main dans le pot de confiture d’Axa.

Ce petit monde de riches autour de Macron a fait bloc dans cette lutte, approuvant les exactions des flics, annonçant tous les jours la fin du mouvement dans ses nombreux médias de grande écoute, défendant cette réforme coûte que coûte, alléché par les perspectives de baisse des cotisations, de développement des fonds de pension et d’arrivée d’une main d’œuvre âgée et désespérée sur le marché du travail précaire. Les directions de la SNCF et de la RATP ont ajouté leur pierre à cet édifice avec leur com’ interne mielleuse en défense du système par points, les sanctions qui commencent à pleuvoir et les retenues sur salaire en bloc pour tenter d’asphyxier.

« Pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur »

En face, les grévistes de la RATP et de la SNCF ont incarné le camp des travailleurs. Dès le premier jour, alors que la propagande faisait rage contre les régimes spéciaux, ils ont fermement décidé en AG de se battre pour le retrait « sans amendement ni négociation. » A la poubelle, les arrangements sectoriels : ce combat a été mené au nom de tous les salariés, du public ou du privé. Rejetée aussi la clause du grand père, car, comme l’ont affirmé les salariés de l’opéra, « nous ne serons pas la génération qui aura sacrifié les suivantes ».

C’est la fermeté des grévistes à la base qui a imposé le mot d’ordre du retrait du projet, y compris aux directions syndicales pourtant très enclines aux compromis avec le pouvoir – et qui se présenteront presque toutes cette semaine à la « conférence de financement », ce piège tendu par les compères Laurent Berger et Edouard Philippe où les « partenaires sociaux » discuteront du partage de la misère sur le dos des salariés.

Dans les AG et sur les piquets, chacun sait pourtant qu’il n’y a rien à négocier. Mais à faire fructifier le rapport de forces créé par cette grève qui a remis la lutte des classes sur le devant de la scène. C’est une nouvelle offensive de l’ensemble du monde du travail qu’il faut préparer dès maintenant, encore plus large et plus forte. Tout indique que les prochaines secousses arriveront rapidement. Le projet de réforme des retraites est loin d’être passé. Et tous les sujets qu’il concentre ont déjà commencé à être mis sur la table, encore un peu timidement, dans cette première phase du mouvement.

Les Renault Trucks de Lyon ont débrayé trois jours et participé aux manifestations pour le retrait du projet en portant la revendication d’augmentation des salaires. Les salariés de Cargill, une usine d’agroalimentaire près de Lille, ont tenu AG et cortèges communs avec les cheminots en grève pour appuyer leur lutte contre un plan de licenciements. Tous ces problèmes sont liés, ils forment un tout dans l’offensive patronale et gouvernementale en cours que seul un mouvement unifié des travailleurs de tous les secteurs pourra repousser.

« La grève aux grévistes ! »

La comédie du dialogue social continue, mais elle est comme suspendue en l’air. Les concertations sur la réforme des retraites ont commencé dès l’élection de Macron et devraient se prolonger encore après l’adoption de la loi, si elle a lieu. Elles n’impliquent pas seulement la CFDT, mais toutes les confédérations syndicales, UNSA, FSU, CGT, et même Solidaires à l’occasion. Mais après des années passées à entériner des reculs et face à la brutalité de l’offensive patronale, ce dialogue social tourne à vide.

Les Gilets Jaunes n’avaient attendu aucune consigne pour se mobiliser, et ils n’ont laissé aucune organisation ou représentant auto-proclamé négocier des compromis pourris en leur nom. Les grévistes du 5 décembre s’en sont inspirés. Ils étaient certes couverts par les préavis légaux posés par les syndicats. Mais ceux-là même avaient été imposés par la démonstration de force et de détermination des salariés de la RATP le 13 septembre puis par les débrayages ou droit de retrait des cheminots mi-octobre.

Piquets, AG, comités de grèves et même coordinations et AG interpros : c’est la base qui a fait vivre la grève à la SNCF et à la RATP, notamment pendant la trêve que l’intersyndicale s’apprêtait de fait à accorder au gouvernement en ne fixant aucune date entre le 17 décembre et le 9 janvier. Et c’est la base qui pourra lui permettre de trouver un second souffle. A condition de se donner les moyens de contrôler son mouvement de A à Z, pour les petites comme les grandes décisions jusqu’au niveau national. Dans ce sens, toutes les tentatives de coordination des grévistes, où des délégués des AG locales pouvaient débattre puis décider ensemble des suites à donner au mouvement sont un gage pour l’avenir. Une expérience précieuse à développer et renforcer d’ici la prochaine étape.

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