Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Articles

Aux frontières de l’Europe, le virus a bon dos :

« Nous sommes en guerre » a dit Macron… mais contre les migrants

20 mars 2020 Article Monde

Dès son premier discours sur le coronavirus, vendredi 13 mars, Macron a annoncé qu’il proposerait un contrôle renforcé aux frontières de Schengen (disons pour simplifier aux frontières de l’Europe riche). Il en rajoutait une couche le lundi suivant, jour de sa déclaration de guerre au virus. Marine Le Pen était prise de vitesse. Et la décision européenne tombait le lendemain.

Pour procéder à des contrôles sanitaires ?

Pour prodiguer des soins ?

Pour mener la guerre au virus ?

Non. Pour faire la chasse aux victimes de celle qui ensanglante la Syrie et où nos gouvernants ont tous, d’une façon ou d’une autre, leur part de responsabilité.

Le même jour, mardi 17 mars, Human Rights Watch publiait un rapport sur la sauvagerie avec laquelle les forces de sécurité grecques avec l’aide d’obscurs hommes de main (peut-être des nervis de l’extrême droite grecque) attaquaient les réfugiés qui arrivaient à la frontière. « Les forces de sécurité grecques et des hommes armés non identifiés ont arrêté à la frontière gréco-turque des demandeurs d’asile et des migrants, les ont agressés, agressés sexuellement, volés et dépouillés, puis les ont renvoyés vers la Turquie. Les hauts responsables de l’UE ont loué les mesures de contrôle des frontières de la Grèce, et apporté le soutien par l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) », écrit le rapport de Human Rights Watch.

Photos extraites de la vidéo du rapport de Human Rights Watch, à voir sur : https://youtu.be/su8uboFQfWs

Dans les semaines précédentes toutes les bonnes âmes de la presse et de la radio en France rivalisaient à qui dénoncerait le plus fort « l’odieux chantage » d’Erdoğan qui menaçait d’ouvrir les portes vers l’Europe occidentale aux réfugiés syriens qui s’accumulent dans son pays et qui avait commencé, à petite dose, à le faire. La palme est revenue à l’euro-députée belge socialiste qui s’était écriée au parlement le 10 mars dernier : « Quel cynisme de proposer plus d’argent encore à monsieur Erdogan qui n’est pas la solution, mais qui est le problème ».

Car sur ce sujet, les gouvernants européens eux-mêmes étaient un peu plus modérés que les commentateurs, et que madame la députée socialiste. Ils sont effectivement prêts à négocier avec leur homologue turc une petite aide financière. Pas tant pour la guerre que celui-ci mène en Syrie, mais pour la guerre qu’ils mènent, eux, contre les migrants. Après tout, le « chantage » d’Erdoğan n’est-il pas celui du geôlier, qui menace de se mettre en grève si on n’allonge pas sa paye ? En l’occurrence un soutien diplomatique et financier.

Car ce sont les grandes puissances européennes qui avaient imposé à Erdoğan de bloquer les migrants chez lui, en les entassant dans des camps, dont l’Europe riche voulait bien payer en partie les frais d’installation. Et puis les grands trusts européens, les Renault, les Bosch ne font-ils pas de bonnes affaires en exploitant une main d’œuvre bon marché dans leurs usines de Turquie, grâce à la main de fer d’Erdoğan dans la répression des grèves et des militants syndicaux ? De quoi en avoir de la reconnaissance, et presque une dette envers le dictateur turc.

Mais pas une ombre d’humanité envers ceux qui fuient la misère et la guerre. Dès les premiers afflux de migrants venant de Turquie vers la Grèce, accueillis à coup de gaz lacrymogène, de barbelés et de matraque sur la frontière terrestre, par des tirs d’obus dans l’eau juste devant les embarcations de fortune pour les obliger à faire demi-tour, Macron a annoncé qu’il était prêt à porter main forte aux gardes frontières grecs.

Les évènements de ces derniers jours à la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce montrent le visage de cette guerre aux pauvres que Macron a décidé de soutenir.

Olivier Belin

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Mots-clés