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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 144, mars 2022

Notre camarade Alain Krivine est mort, ses combats continuent

Communiqué du NPA – Montreuil, 12 mars 2022

Notre camarade Alain Krivine nous a quittés aujourd’hui, à l’âge de 80 ans. Nous, camarades du NPA, nous associons à la douleur de sa famille, de ses proches, et de toutes celles et tous ceux qui se sont reconnus dans les combats qu’il a menés.

Durant plus de 65 ans, Alain a été un infatigable militant, présent dans toutes les luttes contre les ravages du système capitaliste, contre les injustices, pour l’émancipation. Militant exclu du PCF, fondateur et dirigeant de la JCR, de la LCR puis du NPA, dirigeant de la IVe Internationale, Alain n’a jamais renié ses engagements de jeunesse. Il a été, pour des générations entières de militant·e·s, un modèle de constance, une intarissable ressource, un camarade exemplaire.

Nous nous souviendrons de son abnégation, de sa chaleur, de son humour. Jusqu’à la fin de sa vie, Alain n’aura rien lâché et n’aura pas cédé à la pression du « Ça te passera avec l’âge ».

Dans les jours qui viennent, nous communiquerons à propos des hommages qui seront organisés, et nous reviendrons plus longuement sur la vie et les combats d’Alain. Salut, vieux, et merci pour tout. On continue le combat !


Un exemple de longue vie militante

Témoignage des camarades de la Fraction l’Étincelle du NPA, 12 mars 2022

(Photo : 7 septembre 1983, contre l’intervention militaire française au Tchad)

Comme toutes et tous dans le NPA, les camarades de la Fraction l’Étincelle sont profondément attristés par l’annonce de la mort de notre camarade Alain Krivine. Oui, un exemple de longue vie militante, à ne rien lâcher de ses convictions et combats. Quelques anciens et anciennes, parfois déjà à ses côtés à l’UEC avant 1968, comptent soixante ans de relations fraternelles au sein du mouvement trotskyste. Entre la Ligue communiste révolutionnaire et Lutte ouvrière à laquelle nous appartenions avant de rejoindre le NPA à sa fondation, nous avons parcouru un long chemin d’expériences souvent séparées mais parfois communes aussi : campagne présidentielle de 1969, campagnes pour l’augmentation des salaires ou des transports en commun gratuits, mobilisations contre les guerres de l’impérialisme français, pour n’en citer que quelques-unes. Dans les années 1970 et 1980, des rapprochements organisationnels ont souvent été tentés et testés entre les deux courants qui de fait étaient des fractions d’un même futur parti révolutionnaire à construire. En 1999 encore, Alain Krivine et Arlette Laguiller ont été élus députés européens, avec trois autres camarades, à la suite d’une campagne électorale commune, LO-LCR. Une longue histoire donc, de trajectoires parallèles ou convergentes, du fait de divergences politiques, mais dont les militants et militantes se sont mutuellement nourris et enrichis.

(Photo : en 2018, réunion-débat organisée par Sud Technocentre Guyancourt sur Mai 1968)

Alain Krivine a fait tout ce chemin… et nous nous sommes retrouvés dans le NPA pour la nouvelle histoire que nous connaissons. Un camarade dont nous n’insisterons pas sur les qualités humaines, sa disponibilité aux autres, sans oublier son sens politique et ses talents d’orateur. Nous partageons la douleur de tous ses camarades et ses proches. Bien sûr, même si ce n’est pas un début, le combat continue.

Fraction l’Étincelle du NPA

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Quelques souvenirs personnels sur Alain Krivine

par Gérard, le 13 mars 2022

J’ai fait la connaissance d’Alain Krivine dans les années 60 à l’époque où il dirigeait l’opposition de gauche au sein de l’Union des étudiants communistes (l’opposition de droite était ceux qu’on appelait les « Italiens » euro-communistes) puis je l’ai vu plus tard à plusieurs reprises lors des nombreuses rencontres entre Voix ouvrière et la Ligue communiste.

De plus nous avions des amis communs à Paris qui militaient à « La Voie communiste », un journal lancé en 1958 autour duquel se regroupaient des oppositionnels au sein du Parti communiste. C’est dans ce cadre que j’ai passé plusieurs soirées à discuter avec lui et d’autres, et que nous avons entretenu au cours des années des liens amicaux malgré nos évidentes divergences politiques. Je l’ai revu pour la dernière fois il y a une dizaine d’années lors d’une réunion publique du NPA à Bayonne.

J’ai eu l’occasion de passer une semaine entière enfermé avec lui à l’école de police au fort de Vincennes après notre arrestation début juillet 1968. Il explique assez bien ce qui s’est passé à l’époque dans un passage de son livre, Ça te passera avec l’âge, (page 136) reproduit ci-dessous.

Quelques mots d’explication pour comprendre ce passage. « Spart », diminutif de Spartacus, n’était pas vraiment un pseudonyme mais un surnom dont m’avait affublé à l’époque Gérald Supervielle, un vieux militant de la Voie communiste, qui se passionnait pour les révoltes d’esclaves dans l’Antiquité et pour lequel j’avais traduit quelques textes du latin en français. Le surnom m’était resté, y compris parmi des camarades de la Ligue communiste.

Un fait qui m’a marqué au cours de cette semaine d’emprisonnement plutôt bon enfant est qu’un jeune policier avait sympathisé avec nous. Il nous avait expliqué qu’il avait rejoint la police sur injonction de son futur beau-père, flic lui-même, qui avait mis cela comme condition pour qu’il puisse épouser sa fille. Mais c’était un travail qui ne lui plaisait pas. Il avait alors demandé à Krivine s’il pouvait l’aider à rédiger un CV et une lettre de motivation pour un autre emploi. Ce que Krivine avait accepté bien volontiers et qu’il fit très gentiment.

La police manquant de moyens, j’étais interrogé tous les jours par un commissaire spécialisé… dans les faux tableaux. Il ne me posa jamais de questions gênantes, car il pataugeait entre les différents groupes d’extrême gauche qui, à l’évidence, n’étaient pas sa tasse de thé. Krivine, considéré comme une plus grosse prise que moi, eut droit au commissaire Jacques Delarue connu pour avoir écrit plusieurs livres sur l’Occupation, et notamment la police.

J’ai été libéré de l’école de police au bout d’une semaine. Krivine, lui, a pris ensuite la direction de la prison de la Santé où il est resté un mois.

Enfin une dernière anecdote : à ma sortie de prison certains de mes propres camarades étaient persuadés que j’avais eu, sans les prévenir, un rendez-vous clandestin avec Krivine et voulaient en savoir la raison. La vérité était tout autre, même si j’ai eu un peu de mal à les convaincre. Je venais de participer à une réunion de travail avec des camarades, à Rouen, et au retour, je suis tombé tout à fait par hasard, en sortant de la gare Saint-Lazare, sur Michèle Krivine puis Alain. À l’évidence, lui revenant de Belgique et moi de province, c’est sans doute Michèle qui était « filochée » par la police.

Plus tard j’ai eu l’occasion de le revoir assez souvent et à chaque fois il se montrait chaleureux. C’était un type bien, une belle personne. Ein Mensch, comme on dit en allemand.

Extrait de Ça te passera avec l’âge :

« N’ayant pu voir ma femme, Michèle, depuis plusieurs semaines, je lui fis parvenir, grâce à des amis, une date et un lieu de rendez-vous : devant le lycée Condorcet, près de la gare Saint-Lazare. Un camarade belge m’y déposa en voiture. Ma femme se trouvait déjà sur place en train de discuter avec “Spart”, un dirigeant de Voix ouvrière (devenue depuis Lutte ouvrière) qui passait par là par hasard. Dissolution oblige, il était clandestin lui aussi et m’attendait pour me saluer. Nous n’en eûmes guère le temps, car nous fûmes immédiatement ceinturés par des flics en planque déguisés en “mendiants”, en “marchand de journaux” et en “employé de la SNCF”. En quelques secondes, ils nous poussèrent dans des voitures banalisées. Direction le fort de l’Est, près de Saint-Denis. Le fort était un vieux bâtiment réquisitionné en urgence pour héberger les “délinquants de 68”. Mais, ce jour-là, il n’y avait que nous deux, Michèle ayant été libérée rapidement. J’étais installé à un bout du dortoir, mon copain de VO à l’autre bout avec, au milieu, une dizaine de policiers, affalés sur des lits inoccupés. Nous n’avions pas le droit de parler entre nous. Seulement, après chaque interrogatoire, Spart me renseignait sur ce qu’il avait dit en chantant les questions et les réponses, en anglais, sur un air des Beatles ! À un moment, toujours en chantant, il m’invita à aller aux toilettes où il avait déposé un compte rendu écrit plus précis. Les policiers n’y comprenaient rien : “Il est fou, votre copain. Il va aller en taule et il chante tout le temps.” La clandestinité de VO avait du bon…

Mon “ténor” fut libéré à son tour, au bout de quelques jours. Les flics ne surent jamais qu’ils avaient arrêté un dirigeant de VO. »

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