Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 99, mai-juin 2015

Non à la révocation de Yann : Austérité d’un côté, répression de l’autre, les deux faces d’une même politique

De nombreux médias pourfendent le gouvernement pour ses « changements de cap ». Il affiche pourtant une belle constance dans son soutien aux intérêts patronaux. Manuel Valls ne cesse de clamer son amour des entreprises... qu’il prouve par les somptueux cadeaux au monde patronal. Tandis qu’en revanche contre les travailleurs, ce sont les attaques, brutales, qui se multiplient. Loi Macron, loi Touraine, en passant par l’ANI, le gouvernement Hollande rogne les droits des travailleurs et attaque les rares institutions qui peuvent les défendre. Du côté syndical, on se prête plus que jamais au dialogue social et autres partenariats avec les organisations patronales, les confédérations s’y vautrent sans rien en retour pour les salariés. La fin brutale de la grève de Radio France, contre l’avis de l’assemblée générale, a révélé cette tendance lourde.

Dans ce contexte, les grèves et les mouvements de contestation sont souvent isolés, y compris face à une répression qui s’intensifie. Le vaste secteur de la fonction publique n’y échappe pas. On peut y révoquer un militant syndical, sans trop d’émotion dans les hautes sphères syndicales !

La Poste, une situation emblématique

La Poste est une société anonyme depuis 2010 dont les capitaux sont entièrement détenus par l’État et dont le ministre de tutelle est Macron. L’entreprise était bénéficiaire de plus de 500 millions en 2014 et allocataire de 330 confortables millions au titre du CICE (le fameux soutien à l’embauche !). Et pourtant, La Poste supprime des milliers d’emplois tous les ans (80 000 en 10 ans) et envisage d’en élaguer encore 50 000 à « l’horizon 2020 ». Les restructurations et « ajustements des organisations » (terme désormais consacré) sont devenus quasiment annuels dans bien des régions. Cela ne se fait pas sans réaction des postiers. De nombreuses grèves se déroulent en quasi permanence. Les facteurs de Basse Normandie ont récemment fait grève à plus de 75 % pour protester contre de nouveaux horaires. D’autres mouvements ont été moins massifs. Mais tous à ce jour sont restés isolés et n’ont tenu que par la détermination des grévistes. Et en 2014, la quasi totalité des grèves longues ont été réprimées brutalement par la direction : Ajaccio, Aubigny-sur-Nère, Épinay-sur-Orge et la grève dans les Hauts-de-Seine. Dans ce dernier secteur du « 92 », où 5 bureaux de facteurs ont été en grève pendant 173 jours pour l’embauche des précaires et contre les suppressions de postes, la direction a initié pas moins de 12 procédures disciplinaires, prononcé 4 licenciements (tous rejetés, soit par l’Inspection du Travail, soit par les prud’hommes) et, à titre de première depuis 1951, a révoqué un fonctionnaire pour son activité dans la grève.

Les griefs fait à Yann, militant de Sud PTT, sont sans équivoque : prises de parole non autorisées, intrusion dans les établissements postaux, défaut de prévenance des chefs d’établissements, refus d’obéissance. Ces motifs sont clairs, la direction de La Poste ne veut pas laisser des militants défendre les luttes ni surtout leur convergence.

Cette décision de révocation est un signal que La Poste envoie à tout le milieu militant et qui, n’en doutons pas, a reçu le feu vert du ministère de l’économie et des finances, autrement dit du gouvernement, qui par ailleurs a clairement durci le ton face à toute contestation.

Ont-ils à ce point peur de la contestation ?

Après avoir refusé une loi d’amnistie pour les militants syndicaux et grévistes, le gouvernement Hollande s’est engagé dans une offensive contre toute contestation sociale. Il pourrait sembler outrancier de faire le lien entre d’un côté la répression dans les entreprises, à PSA, à la SNCF ou à La Poste, et de l’autre la mort de Rémi Fraisse (en octobre 2014, lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens), le procès de Alain Pojolat (responsable du NPA, pour avoir appelé à une manifestation interdite de soutien à la Palestine à l’été 2014) ou la peine de prison que risque Gaëtan, un étudiant du NPA de Toulouse (voir notre article). Ces divers épisodes sont pourtant à replacer dans un contexte où le durcissement des attaques contre les travailleurs va de pair avec un contrôle politique et policier plus brutal sur la contestation. Une « loi renseignement » est au programme des discussions parlementaires, en procédure d’urgence ! Il est patent que les tendances va-t-en guerre du gouvernement et l’ambiance sécuritaire sous prétexte de « danger terroriste » malmènent des droits démocratiques déjà bien limités pour les exploités.

La nécessaire convergence des luttes

La répression à l’œuvre actuellement complique le travail militant, en premier lieu dans les entreprises où l’arbitraire patronal peut s’exprimer de plus en plus violemment, mais elle n’empêche pas les travailleurs de réagir et de se battre. La situation sociale et le rapport de force peuvent basculer d’un coup en leur faveur s’ils montrent leurs forces dans la grève. Cela peut surgir spontanément mais nous pouvons aussi y œuvrer partout où il est possible de créer des liens entre les secteurs et les travailleurs en lutte, pour donner corps au « tous ensemble » qui s’impose plus que jamais.

27 avril 2015, Erwan PIAM


À noter un rassemblement le mardi 5 mai à 18h à Bercy à proximité du Ministère de l’Économie, tutelle de la Poste et donc responsable de la révocation. Rendez-vous doit être demandé à Macron. Sont signataires de cet appel SUD Poste, l’US Solidaires, l’UGFF CGT, la CGT Services Publics, la CGT CSE (Services et bureaux d’études) le SNPTE CGT (Inspection du Travail). Appel aussi d’organisations politiques (gauche de la gauche et extrême gauche) – et de milliers de signatures individuelles. D’autres structures syndicales de l’Éducation et de la Justice pourraient s’y joindre. Des prises de paroles des organisations présentes ainsi qu’un apéro pique-nique sont prévus.

À l’heure où nous écrivons, le rassemblement n’a pas encore eu lieu.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article