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Noirs en France et Le Village de Bamboula : le racisme ordinaire au quotidien

21 janvier 2022 Article Culture

Mardi 18 janvier, France 2 a consacré une partie de la soirée au racisme avec d’abord un documentaire, Noirs en France, suivi d’un débat, puis d’un second documentaire, produit par France 3 Pays de la Loire, intitulé Le Village de Bamboula. Ils sont tous deux disponibles en replay respectivement jusqu’aux 19 et 20 mars 2022.

Noirs en France , documentaire réalisé par la journaliste Aurélia Perreau et raconté par l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, 2 h 01 mn

Hormis la couleur de leur peau et le racisme dont ils sont victimes, il n’y a pas grand-chose de commun entre les Noirs qui vivent dans ce pays. Ils appartiennent à des couches et des classes sociales différentes, à des familles qui viennent de pays divers, adhèrent à telle ou telle religion ou sont résolument athés.

Certains sont connus du grand public, comme Yannick Noah, et d’autres sont largement anonymes. À tous et à toutes, ce documentaire donne la parole pour essayer de comprendre comment ils sont confrontés au racisme depuis leur plus jeune âge et comment beaucoup l’intériorisent plus ou moins consciemment depuis le jour où un gamin leur lance à l’école « T’as mangé trop de chocolat ? », voire « T’as mangé du caca ? »

Une des scènes les plus instructives, et les plus émouvantes, est celle où l’on présente à des enfants noirs deux poupées, une noire et une blanche, et on leur demande celle qu’ils préfèrent. Et, immanquablement, ils choisissent la blanche. Une petite fille explique son choix en insistant sur le fait que toutes ses copines sont blanches et que, plus tard, elle se mettra de la crème sur la peau pour la blanchir. Ces hommes et ces femmes décrivent les humiliations qu’ils subissent régulièrement sous forme de remarques, de plaisanteries ou de vexations. Bienvenu aussi est le rappel des chansons que l’on pouvait voir interpréter à la télévision à la fin des années 1980, qui avaient pour noms Cannibale et Y’a des papous ou encore l’animatrice des émissions enfantines Dorothée apparaissant dans une marmite entourée de Noirs anthropophages, riant à l’idée du bon repas qu’ils s’apprêtaient à faire.

Certains se tourneront alors vers les États-Unis à la recherche de figures emblématiques qui leur donneront, ou leur redonneront, la fierté d’être noir – Arthur Ashe, Mohamed Ali, Angela Davis, Martin Luther King, Charlie Parker, Nina Simone… – mais aussi plus récemment, le mouvement Black Lives Matter.

Un regret cependant : que cet intéressant documentaire ne fasse qu’effleurer les racines profondes et historiques de ce racisme systémique qui imprègne l’ensemble de la société, notamment l’exploitation coloniale, la traite des Noirs et la réduction de toute une partie de l’humanité en citoyens de seconde zone.

Le Village de Bamboula, un film de Yoann de Montgrand et François Tchernia, raconté par Jean-Pascal Zadi, une coproduction France 3 Pays de la Loire et Hauteville Production, 52 mn

En 1992, un parc animalier, Le Safari Africain, voit le jour à Port-Saint-Père, dans la banlieue de Nantes. Il s’agit d’un vaste zoo que les visiteurs parcourent en voiture, et en famille, pour y admirer la faune sauvage africaine qui y a été installée et y vit la journée en plein air. L’entreprise est soutenue par le département de Loire-Atlantique et la région des Pays de la Loire.

Il se trouve que ce Safari Africain correspondait exactement au positionnement marketing d’une entreprise locale, la biscuiterie Saint-Michel, dont le produit phare est un sablé chocolaté appelé Bamboula. Elle devient sponsor du zoo et décide de reconstituer à l’intérieur un village ivoirien dénommé, bien sûr, Bamboula. Et, avec le feu vert des pouvoirs publics, on fait alors venir de Côte d’Ivoire 25 hommes, femmes et enfants (musiciens, artisans et danseurs) dont on confisque les passeports, qui ont interdiction de sortir du parc, qui vivent dans des conditions lamentables et qui sont payés la moitié du smic. Une partie de cet argent atterrit d’ailleurs directement dans la poche du dirigeant du groupe ou sert à payer les frais de nourriture et d’hébergement. Les artisans africains sont supposés montrer leur savoir-faire aux visiteurs mais, plusieurs fois par jour, les jeunes filles sont contraintes d’exécuter des danses, certaines seins nus, pour le plus grand plaisir des voyeurs de tout poil. Il n’y a aucun médecin pour s’occuper d’eux et on confie cette tâche…à un vétérinaire. Il faudra six mois de luttes à un collectif regroupant des associations anti-racistes, la Ligue des droits de l’homme, la Cimade et la CGT Spectacle pour fermer ce zoo humain. Le 1er juillet 1997, la justice reconnaitra officiellement l’atteinte à la dignité humaine et condamnera les responsables du Safari Africain à verser un franc symbolique de dommages et intérêts aux associations du collectif. Des salopards qui s’en tiraient plutôt bien.

Jean Liévin

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