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Accueil > Éditos de bulletins > 1999 > avril > 19

Ni la peste ni le choléra, Ni Milosevic ni l’OTAN !

Face à l’exode et à la détresse des Albanais du Kosovo, les organisations humanitaires, relayées par les médias, font maintenant appel à notre solidarité. C’est devenu un scénario habituel. Dès que la France s’engage dans une sale guerre, les rôles sont partagés : le gouvernement fait larguer les bombes, puis les ministres et les médias appellent la population à cautionner l’opération en participant à l’aide humanitaire.

Car l’aide humanitaire est avant tout une opération de propagande. Pas une réponse véritable aux souffrances des peuples opprimés. Trois semaines de bombardements ont permis à Milosevic de chasser 700 000 Albanais du Kosovo ; aujourd’hui Kouchner ose se faire photographier aux côtés des quelque 300 réfugiés que Jospin a fini par accepter d’accueillir par crainte d’être trop impopulaire ! Jospin et Chirac débloquent des milliards pour une guerre qui permet à Milosevic d’accélérer la purification ethnique ; Chevènement filtre sévèrement les frontières aux réfugiés ; puis tous, la main sur le cœur, font appel aux collectes dans les supermarchés pour les victimes, sans même prévoir la logistique suffisante pour acheminer les vivres à bon port !

Evidemment, l’élan de générosité dont font preuve de nombreux travailleurs en participant à l’aide humanitaire montre qu’ils sont bien plus « responsables » que les Jospin ou Chevènement.

Mais pourquoi sommes-nous uniquement sollicités dans le cadre de l’action humanitaire, alors que les négociations qui se déroulent en ce moment entre l’ONU, les dirigeants des pays de l’OTAN, de la Russie et de la Serbie se font par-dessus les peuples, en attendant de se faire contre eux ? On se garde bien de nous consulter sur la nature et les objectifs réels de cette guerre.

Décidément, l’intervention militaire des grandes puissances coûte terriblement cher au peuple kosovar. Comme elle coûte cher au peuple serbe en ayant d’abord permis à Milosevic de museler toute opposition intérieure.

Et puis, les Albanais du Kosovo ont-ils uniquement besoin d’une aide humanitaire ? N’ont-ils pas besoin surtout de se défendre face aux exactions des troupes serbes et de résister pour ne pas être obligés de fuir le Kosovo ? Hélas, les seuls qui le leur proposent, ce sont les dirigeants de l’UCK qui, mis à part qu’ils soient en ce moment du côté des victimes, se placent sur le même terrain nationaliste que leurs agresseurs serbes.

Quant à la population serbe, non seulement l’OTAN ne s’adresse pas à elle pour qu’elle renverse Milosevic qui l’enrôle dans une croisade raciste contre les Albanais, mais elle lui lance des bombes, comme celles qui sont tombées sur un train de civils serbes. Pire, le gouvernement français vient de refuser la demande d’asile politique d’un déserteur serbe, sommé de prouver que son acte d’insoumission est dicté par « un motif de conscience » et qu’il « risque vraiment sa vie en restant en Yougoslavie » ! Comme si les assassinats d’opposants à Milosevic n’étaient pas déjà une preuve suffisante.

De la même façon que Milosevic exige des Serbes qu’ils choisissent entre lui ou l’OTAN, le gouvernement français nous demande de choisir entre l’OTAN ou Milosevic, même au prix de ce que l’OTAN appelle cyniquement des « dommages collatéraux  », comme celui qui a coûté la vie à des dizaines de réfugiés albanais.

On nous prépare à une guerre longue. Le temps que le Kosovo soit totalement vidé de tous les Albanais ? Le temps de trouver un compromis avec le dictateur Milosevic, avec lequel l’OTAN a déjà négocié en 1995 à Dayton le partage ethnique de la Bosnie ?

Pour en finir avec l’oppression et la guerre, les Albanais du Kosovo, comme la population serbe, ne peuvent pas s’en remettre à de faux sauveurs, que ce soit l’OTAN qui ne reconnaît pas le droit à l’indépendance des Kosovars ou les nationalistes.

Notre premier geste de solidarité doit commencer par dire non à la sale guerre de l’OTAN comme à celle des dirigeants nationaliste serbes, et à encourager la classe ouvrière des Balkans, comme celle d’ici, à prendre son sort en main.

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