Municipales : infliger un camouflet à la politique de Sarkozy, sans donner notre approbation à la gauche
3 mars 2008 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Les listes des grands partis pour les élections municipales de dimanche prochain, tentent de nous persuader que leur accession ou leur maintien au gouvernement municipal permettra de « Bien vivre ici » ou « Vivre mieux là » … Et de nous assurer, la main sur le cœur, que leur élection changera notre quotidien. Sans blague ? A coup sûr, la conservation ou la conquête de mairies a de l’importance pour les notables des grands partis. Les municipalités de villes qui comptent des dizaines de milliers d’habitants sont des tremplins pour les carrières et des positions importantes pour fournir des marchés et des subventions à de grosses entreprises. Mais notre sort de travailleurs ne sera pas préservé ou changé par une « bonne » gestion locale. Ne nous y trompons pas, les grands partis ne nous demandent pas seulement de leur ouvrir les portes des mairies. Ils veulent faire avaliser la politique qu’ils mènent, au gouvernement pour la droite, dans l’opposition pour préparer son retour pour la gauche.
Et tous mentent. Car comment « bien vivre » dans telle ou telle ville avec les taux de chômage qui y sévissent ? Avec ces suppressions d’emplois et fermetures d’usines qui se multiplient ces dernières semaines, d’Arcelor-Mittal à Michelin en passant par Unilever ? Comment « vivre mieux » avec ces prix qui s’envolent alors que les salaires stagnent, ce qui frappe de plein fouet les plus modestes ?
De cela, il n’est pas question dans la campagne des grands partis.
Si des candidats de l’UMP hésitent à s’afficher avec Sarkozy depuis que sa cote diminue, ils restent solidaires de sa politique brutale contre le monde du travail. Depuis près d’un an, le gouvernement distribue sans compter aux plus riches et enchaîne les mesures contre les intérêts des travailleurs et de la population, contre les retraites ou le droit de grève, contre la sécurité sociale avec les franchises médicales, contre les services publics avec la suppression de dizaines de milliers de postes en particulier dans l’éducation nationale. Sans oublier la chasse indigne aux travailleurs sans papiers, les déploiements de biceps contre les jeunes de banlieue ou sa loi sur la rétention de sûreté, pour tenter de rafler des voix à l’extrême droite. Sarkozy est un ennemi déclaré du monde du travail et on ne peut que souhaiter que le résultat de ces élections condamne sa politique.
Mais la gauche dirigée par le PS ne conteste pas franchement cette politique. Ni ses leaders nationaux ni ses têtes de listes municipales ne nous fixent comme objectif d’interdire les licenciements, surtout dans ces entreprises qui suent les profits, d’augmenter tous les salaires et pensions d’au moins 300 euros mensuels pour tous, de réquisitionner les logements vides pour les sans logis, de donner des papiers et le droit de vote à tous les travailleurs qui créent des richesses dans ce pays. C’est pourtant ce que nous, travailleurs, devons mettre au programme de notre mobilisation, tous ensemble, pour arracher les moyens de notre survie, en bousculant au passage les chefs des grandes confédérations syndicales qui entérinent la politique patronale dans les salons où ils discutent. Quand bien même les élections municipales ne seraient que « locales », donner notre voix aux équipes de gauche serait approuver la politique anti-ouvrière de la gauche dans le passé au gouvernement, et celle qu’elle mènera contre nous demain si elle y revient. Comme l’indique le programme mis en avant aux dernières présidentielles par Ségolène Royal et les positions récentes de ses dirigeants contre les retraites des cheminots.
Face à l’offensive du gouvernement et du patronat, nous pouvons et devons nous servir de ces élections municipales dans notre intérêt, en apportant nos suffrages à l’extrême gauche là où elle s’affirme, là où des listes de Lutte Ouvrière ou de la Ligue Communiste Révolutionnaire se présentent sur leur programme et sous leurs couleurs. Ce sera la seule façon de condamner la politique de la droite au pouvoir, tout en montrant notre défiance d’une gauche qui piétine tout autant les intérêts du monde du travail. Et les voix pour l’extrême gauche seront un gage pour la lutte indispensable à engager.

