Valls dégaine son 49.3…
Mais la balle est toujours dans notre camp
10 mai 2016 Éditorial des bulletins L’Étincelle Politique
À peine ouvert, le débat à sur la loi Travail et ses 5 000 amendements est clos. Peu avant 16 heures, ce mardi, le premier ministre annonçait qu’il allait appliquer ce 49.3 qui lui permet de décréter la loi sans aucun débat ni vote. Fumée de gaz lacrymogènes devant le Palais Bourbon contre les manifestants, débats fumeux à l’intérieur ont suivi son annonce. Les députés de droite annoncent une motion de censure, eux qui sont en fait de vrais partisans de cette loi anti-ouvrière que les grandes entreprises et le Medef de Gattaz ont dictée au gouvernement. Les .« frondeurs » du PS, qui ont tenté de ménager leur avenir politique (et électoral) en ne se mouillant pas trop derrière un gouvernement, ne vont probablement pas plus se mouiller à voter contre lui. C’est le théâtre parlementaire.
Mais pour faire capoter cette loi anti-ouvrière, pour défendre nos droits et en obtenir de nouveau, pour en finir aussi avec l’austérité, le blocage des salaires, les licenciements, c’est à nous de jouer.
Car le fait que la loi puisse être promulgué grâce au 49.3 ne veut pas dire que Valls et le Medef en seront quitte pour autant. Au contraire cela ne peut qu’amplifier la colère. Et rappelons qu’en 2006, Chirac avait bien dû remballer son « Contrat première embauche » devant la mobilisation de la jeunesse et des salariés, après avoir utilisé le 49-3 pour l’imposer et après même avoir promulgué la loi.
« La vraie démocratie, elle est ici » ont souvent scandé les jeunes dans les manifestations contre la loi Travail qui se tiennent depuis plus de deux mois.
Oui, quand le monde du travail, quand la jeunesse se mêlent des affaires qui les concernent en descendant dans la rue, en faisant grève, en s’organisant, en étudiant les mauvais coups que les gouvernements et patrons nous préparent et en réfléchissant à comment y répondre, c’est infiniment plus démocratique.
Bien mieux que de laisser notre sort à nos prétendus représentants que nous aurions élus il y a quatre ans parmi les différents candidats à gérer les affaires de la bourgeoisie. La « démocratie » des gouvernants a sacrément l’odeur des gaz lacrymogènes et le goût des matraques et de la répression. La violence et les casseurs, il faut les rechercher du côté des puissants : du côté du Medef et de son gouvernement.
Comment gagner ?
Bien sûr, pour en finir avec cette loi anti-travailleurs, la mobilisation devrait monter d’un cran. Au-delà de journées d’action espacées, il faudrait que de larges secteurs du monde du travail entrent en grève, pour menacer les affaires des patrons du Medef et les toucher au portefeuille.
Ce mardi 10 mai, les cheminots étaient à nouveau dans les rues de Paris pour manifester contre les attaques du gouvernement et de leur direction (le ‘Décret socle’, c’est un peu leur loi Travail). Mais après les grèves de 24 heures du 9 mars, du 31 mars, du 26 avril, beaucoup d’entre eux disent qu’il serait vraiment temps de passer à la vitesse supérieure et qu’il ne suffira pas d’accumuler des journées de grève espacées. Sauf que leurs directions syndicales font la sourde oreille.
Les routiers sont appelés, par leurs syndicats CGT et FO, à une grève illimitée à partir du 16 mai. Des manifestations sont prévues ce jeudi 12 mai par les organisations syndicales.
Oui, il faut continuer à se mobiliser contre la loi Travail, saisir toutes les occasions de se faire entendre, et préparer la suite.
L’expérience accumulée en deux mois de mobilisations sera précieuse
C’est en luttant tous ensemble, en joignant les mobilisations de tous les secteurs, du public et du privé, de la jeunesse et des travailleurs, que l’on pourrait construire une force suffisante. C’est en nous organisant à la base et en nous coordonnant que nous pouvons gagner. Les étudiants qui ont cherché le contact avec les salariés ont bien raison.
Les Nuit debout qui se sont développées dans de nombreuses villes du pays, y compris certaines petites, ont le mérite de maintenir vive, soir après soir depuis le 31 mars, la contestation. Mais elles permettent aussi de regrouper ceux qui ont envie de faire remballer la loi Travail au gouvernement, et pourraient servir de cadre pour préparer le combat. L’indispensable convergence des luttes est à notre portée.
Mots-clés : 49-3 | François Hollande | Loi Travail | Manuel Valls

