Luttes intermittentes et intermittents en lutte : agrégeons nos colères !
30 juin 2014 Éditorial des bulletins L’Étincelle
A en croire le Canard Enchaîné de la semaine dernière, Hollande s’attend à « de nouvelles grèves ». « Quand on réduit la dépense publique, il y a évidemment des protestations, il faut donc s’attendre à affronter d’autres conflits sociaux » a-t-il dit à l’issue du Conseil des ministres. Au moins, il est lucide. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de rester sourd aux différentes colères qui se succèdent dans le monde salarié. En revanche, quelle écoute auprès des nantis et des culs bénis. Quelle docilité au monde patronal.
Hollande aux ordres des réacs... et des patrons
En attendant « d’autres conflits sociaux », comme il dit, son gouvernement s’empresse d’afficher sa lâcheté face aux réacs de tous poils, puisqu’il vient d’annoncer dans les écoles l’abandon de l’ABCD de l’égalité pour la rentrée prochaine. Tous ceux que l’idée même d’égalité filles-garçons révulse peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Il est vrai que faire plaisir à ces gens-là ne coûte pas un centime.
Car l’argent, il faut le garder intégralement pour ceux qui en ont déjà trop, les grands patrons. Lesquels en demandent toujours plus, puisque huit organisations patronales ont signé dimanche un texte commun appelant le président et le premier ministre à accélérer la baisse de la fiscalité et des dépenses publiques.
Voilà pourquoi le gouvernement a maintenu sa réforme scélérate face à la détermination des salariés de la SNCF. Derrière l’emballage obscur de cette réforme, se cache en fait un énième plan de compétitivité, à l’image de ceux qui ont déjà été imposés à nombre de travailleurs : la perte d’une dizaine de jours de repos, l’augmentation des amplitudes horaires jusqu’à 14 heures travaillées, sans compter de nouvelles suppressions de postes, voire à terme une privatisation par morceaux. Rappelons-nous le sort qui a été celui de France Telecom devenue Orange, EDF, La Poste et bien d’autres entreprises dites de « service public ».
A peine la grève de la SNCF se terminait-elle que les salariés de la RATP étaient à leur tour appelés à une grève le 26 juin pour... les mêmes motifs : un découpage entre un opérateur « mobilité » et un secteur « infrastructure » visant à préparer la mise en concurrence et l’introduction du privé ! Les directions syndicales ont clairement voulu éviter que les travailleurs se retrouvent au coude à coude dans un même mouvement qui aurait pu les déborder, vu l’ampleur de la colère ici et là.
Vivent les interluttants... et tous les autres salariés en bagarre !
Mais comme il le dit lui-même, le gouvernement n’en a pas fini avec les grèves. Voilà maintenant le mouvement des intermittents, avec la possible annulation de certains festivals. Le mouvement des travailleurs précaires du spectacle n’a pas manqué, à juste titre, de s’adresser aux autres salariés, pour faire comprendre qu’à travers leur statut spécifique, c’est le régime d’indemnisation de tous les chômeurs qui est visé.
Dans le Pacte (si mal nommé !) de responsabilité, sur les 50 milliards d’euros à ponctionner sur les prestations sociales et les services publics, 2 milliards d’économies concernent l’Unedic. En effet, la nouvelle convention assurance-chômage prévoit d’augmenter le délai de perception des allocations chômage (jusqu’à 180 jours dans certains cas), de diminuer leur montant minimum (de 57,4 % du salaire à 57%) et de mettre en place un système de droits rechargeables, en réalité défavorable aux salariés précaires puisqu’il peut entretenir une situation de sous-rémunération.
D’autres salariés sont en lutte ici et là : des postiers contre les suppressions d’emplois, des hospitaliers surmenés, et bien d’autres. C’est un mouvement d’ensemble qu’il s’agit de construire pour agréger toutes ces luttes, sans trop compter, on l’aura compris, sur les confédérations syndicales, mais en établissant partout où c’est possible des liens les uns avec les autres.

