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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 82, juillet-août 2012

Lectures d’été : un roman israélien, un roman américain

3 juillet 2012 Convergences Culture



David Grossman

Une femme fuyant l’annonce

Editions du Seuil – 22,50 €


Un ouvrage volumineux (plus de 600 pages) mais sans nul doute un très grand roman se déroulant en Israël, qui se dévore. Très éclairant sur les angoisses, et, pour certains, les horreurs, que vivent et ont vécu une partie de la population de ce pays suite à l’état de guerre qui perdure depuis plus de quarante ans et conditionne ou formate ses réflexes et sa psychologie. Le récit se dévide à pas comptés au fil d’une vaste randonnée de deux hommes et une femme en Galilée, dans ses paysages enchanteurs, dans laquelle la mère de deux garçons, au moment où l’un vient d’être à nouveau engagé dans une opération militaire, a entraîné le géniteur de celui-ci, pour tenter de fuir l’angoisse d’une possible annonce de sa mort.

Mais, au-delà de la trame et des rapports complexes entre les cinq principaux protagonistes de ce roman, c’est la façon de raconter de David Grossman qui nous saisit. C’est aussi son détachement de tout discours moral ou moraliste, son souci de mettre au jour les sentiments plus ou moins cachés, son profond humanisme, balayant toute l’hypocrisie dans laquelle baigne la société israélienne. C’est aussi la vaste culture, la richesse intellectuelle de ses personnages (et la sienne) qui contraste avec le gâchis qui en est fait dans cet état de guerre permanent. Et, si c’est surtout des israéliens dont il décrit la vie, il fait aussi ressentir toute l’iniquité à l’égard des Palestiniens et de tous ceux qui ne sont pas juifs, et nous fait partager le malaise du quotidien de l’occupation, sans compter les horreurs de la guerre.

Louis GUILBERT



Kathryn Stockett

La couleur des sentiments

Traduit en 2010 aux éditions Actes Sud

526 pages, 23,80 €


Constantine, la bonne noire qui a élevé Skeeter Phelan et à laquelle celle-ci s’était attachée, a subitement disparu. Les Phelan, une famille blanche, entourent la disparition d’un silence infranchissable. On est en 1962 dans le Mississipi. La jeune Miss Skeeter, hantée par ce mystère et opposée à la ségrégation, décide d’enquêter parmi les domestiques noires qui l’ont peut-être connue. Peu à peu, dans des conditions très difficiles, quasi clandestines, elle gagne la confiance de deux bonnes noires devenues ses confidentes : Aibileen, 53 ans, qui a élevé 17 petits Blancs et Minny, sa jeune et meilleure amie à la langue bien pendue qui vient de se faire renvoyer par sa patronne. Miss Skeeter leur propose alors d’écrire en commun un livre racontant ce qu’elles ont vécu. Ce livre sur la ségrégation, d’une vérité saisissante, écrit avec un art consommé du suspense, brosse un tableau stupéfiant du quotidien de ces femmes noires confrontées à un racisme oppressant. Roman fascinant, à la fois bouleversant et plein d’humour, le livre ne vous lâche plus jusqu’à la dernière page.

Charles BOSCO

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