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Le boomerang de la terreur

Les attentats qui ont détruit les symboles de la puissance financière et militaire des Etats-Unis en faisant des milliers de morts et de blessés, ont frappé de stupeur et d’horreur non seulement la population américaine mais aussi celle du monde entier. Cette tuerie, comme tout terrorisme aveugle, ne peut en aucune manière servir les intérêts d’aucun peuple. Lorsque sous prétexte de s’en prendre à un système et à ses dirigeants, des individus ou des appareils d’Etats s’en prennent à tout un peuple et l’identifient à ceux qui les dirigent, les exploitent et les oppriment, oui ils commettent un crime contre l’humanité.

Mais voilà que le président américain George Bush, reprenant à son tour les pires accents du fanatisme religieux, en appelle à faire front dans « la lutte du bien contre le mal ». Ses intentions consistent sans doute à préparer une riposte terroriste elle aussi, qui pourrait frapper des populations dans un pays ou un autre comme ce fut le cas suite à de précédents attentats hors du territoire des USA, eux aussi attribués à ce même Ben Laden. Ils avaient été suivis par des bombardements sur une région d’Afghanistan.

Ce Ben Laden aujourd’hui soupçonné – mais d’autres pourraient aussi être les auteurs de ce massacre, y compris avec l’implication de groupes d’extrême-droite américains, comme on l’a vu dans un passé encore récent – a d’ailleurs commencé sa carrière, nous rappelle la presse, au service de la CIA américaine, qui avait organisé en Afghanistan des réseaux islamistes armés contre l’URSS. La politique des dirigeants américains se retournerait ainsi contre le peuple américain.

Les massacres de New York et de Washington ne sont malheureusement pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Un terrorisme de masse, soit directement le fait des dirigeants américains, soit appuyé par lui, se manifeste déjà d’une façon tout aussi intolérable dans d’autres régions du monde. Les enfants, les vieillards, les femmes et les hommes qui en Palestine meurent sous leurs maisons, pris sous le feu des avions F16, atteints par des missiles envoyés d’hélicoptères ou mitraillés et écrasés par des chars israéliens, sont tout autant des victimes d’un terrorisme aveugle et révoltant. Comme la population serbe bombardée, à qui on a prétendu faire payer les crimes d’un Milosevic. Ou encore la population irakienne qui, après avoir été victime des prétendues « frappes chirurgicales », est maintenue affamée par le blocus et doit expier pour un Saddam Hussein, son premier ennemi.

Si un terrorisme anti-américain peut aujourd’hui trouver des kamikazes en nombre suffisant et réussir des coups jusque-là inimaginables, c’est aussi parce que la politique des dirigeants du plus puissant Etat du monde impose terreur, misère et désespoir à un tel niveau qu’il fabrique lui-même ceux qui le frappent aujourd’hui en retour.

« Rien ne sera plus comme avant » après le massacre du 11 septembre nous affirment les médias. Peut-être. Mais si les peuples marchent derrière George Bush dans sa prétendue « lutte du bien contre le mal », ce ne pourra être que pire.

Outre le développement d’une hystérie sécuritaire s’en prenant à tous ceux qui ne feraient pas front derrière les dirigeants – les USA ont déjà connu ça avec le Maccarthysme lorsque dans les années 50, la population a cru à la menace d’une URSS capable de fabriquer et lancer des bombes atomiques – c’est un nouveau développement de la course aux armements, via le fameux bouclier antimissile entre autres, qui va connaître un élan sans frein et peser sur les économies de tous les pays. Un développement qui pourrait par ailleurs arranger les affaires des capitalistes à un moment où les bourses se cassent la figure, et où les gouvernements des pays riches pourront utiliser une fois encore le prétexte des dépenses d’armement pour soutenir les taux de profits.

Aujourd’hui, nous sommes évidemment solidaires du peuple américain qui vient de subir, en quelque sorte, les premiers bombardements de civils de son histoire, sur son territoire. Mais nous ne sommes pas solidaires de ses dirigeants, les George Bush et ses pareils (y compris en Europe) qui, depuis une demi-siècle, sont, directement ou indirectement, derrière la plupart des guerres, coups d’Etats et massacres de civils dans le monde.

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