Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Éditos L’Étincelle > 2018 > octobre > 22

Le bal des mafieux

Depuis la disparition du journaliste Jamal Khashoggi lors d’une visite au consulat saoudien d’Istanbul, le 2 octobre dernier, les chancelleries occidentales ont mis peu à peu en scène leur indignation mensongère. Au fur et à mesure des informations distillées par le gouvernement turc, les tergiversations des parrains occidentaux du royaume saoudien se sont révélées pour ce qu’elles sont : une mise en scène hypocrite et répugnante.

Acte 1, scène 1

Dès le 5 octobre, le Washington Post, journal pour lequel travaillait Khashoggi, a beau sonner l’alerte sur la disparition du journaliste, les différentes capitales observent tout d’abord un silence prudent.

Autour de la table, toute la clique des dirigeants impérialistes occidentaux attend la réaction du chef. Dans quel sens le vent soufflera-t-il ? Le silence de Trump, les premiers jours, s’impose à tous.

Il faut dire que Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie saoudite, était jusque-là présenté par tous comme le partenaire idéal. Prince « réformateur », arrivé au pouvoir en juin 2017 après une courte lutte d’influence, il avait soi-disant réduit les pouvoirs de la police religieuse, donné son accord à l’ouverture de cinémas, autorisé les femmes à conduire ou à se rendre dans des stades. Mais dans le même temps, il faisait arrêter militantes et militants des droits des femmes. Israa al-Ghomgham, une opposante au régime ayant participé à des manifestations en 2011 et arrêtée en 2015, passe en procès la semaine prochaine et risque une exécution publique tout comme cinq autres personnes.

Un si bon client

Les coupures de presse élogieuses vantant ce bon client des marchands d’armes occidentaux n’ont pourtant pas cessé. Ces quinze dernières années, les entreprises européennes ont vendu pour 57 milliards d’euros de matériel militaire ou de répression à l’Arabie saoudite. C’est le deuxième meilleur client de la France sur la décennie 2007-2016 avec près de 12 milliards d’euros de dépenses militaires. Les chars Leclerc, les canons longue portée Caesar, les Mirage 2000, voici un catalogue non exhaustif des joujoux français employés contre la population yéménite depuis 2015. Une clique d’États dirigée par l’Arabie saoudite y mène une guerre qui a fait au moins 10 000 morts et 3 millions de déplacés d’après l’ONU.

Deux semaines de tartufferies

Trump a donc d’abord appelé à la prudence. Il s’agissait d’attendre que la nouvelle soit enterrée aussi vite qu’elle avait éclaté. Le ton étant donné, les porte-flingues, Macron au premier chef, ont joué la même partition. Ce dernier, qui faisait savoir au printemps « ne pas considérer l’Arabie saoudite comme un client mais comme un allié », se contentait de condamner l’atteinte à la « liberté d’expression ». Mais le scandale n’a pas faibli. Les autorités turques, pourtant pas avares de répression contre les journalistes et de massacres contre les Kurdes, continuent à lâcher au compte-gouttes les détails les plus sordides sur l’assassinat du journaliste.

Acculées, les autorités saoudiennes ont fini par admettre le décès du journaliste vendredi dernier. Et Trump de promettre de « très graves » conséquences tout en laissant un délai supplémentaire à Riyad pour « s’expliquer ». Conséquences ? Les dirigeants internationaux ont donc – quel courage ! – décidé de bouder le forum économique organisé par Riyad fin octobre. Pas de petits fours cette année.

Trump, en mettant en avant avec cynisme le rôle de gendarme régional de l’Arabie saoudite mais aussi les contrats d’armement et leurs retombées économiques (450 milliards de dollars), dit tout haut ce que bien des dirigeants et industriels européens pensent. S’ils payent bien et que le pétrole coule à flot, les dirigeants saoudiens ont un bel avenir malgré leurs exactions.

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Mots-clés