La nouvelle démagogie électorale :« Demain, on rase français »
19 décembre 2011 Éditorial des bulletins L’Étincelle
« Achetez français » dit François Bayrou, « produire en France » suggère Nicolas Sarkozy, « patriotisme industriel » poursuit François Hollande. À l’approche de Noël, les principaux politiciens de droite et de gauche y sont tous allés de leur petite visite d’usine pour y servir la même bouillie.
De leurs discours aux relents chauvins, ils ne croient pas un mot eux-mêmes et il serait absurde d’y croire. Dans le monde d’aujourd’hui, pas une marchandise n’est « française ». Que ce soit par ses composants ou ses matières premières, par les machines utilisées, par le camion qui la transporte ou encore par la technologie avec laquelle elle est produite, chaque marchandise a demandé la collaboration de travailleurs du monde entier. S’enfermer dans des frontières ne serait pas une protection, cela signifierait seulement un retour au Moyen-âge. D’autant que les délocalisations ne sont qu’une part infime des suppressions d’emplois.
L’ « Origine France » qui ne garantit rien du tout !
Le 24 novembre dernier, le député UMP Yves Jégo a d’ailleurs témoigné, bien malgré lui, tout le ridicule de ces mots d’ordre en allant remettre son label « Origine France Garantie » à l’usine d’électroménager Brandt à Orléans. Que l’usine ait appartenu à un groupe italien, puis israélien et maintenant espagnol, peu importe si ce qui compte serait que l’emploi soit en France !
Sauf que... De rachat en rachat, les suppressions d’emplois se sont succédé et l’usine est passée de plus de mille salariés à moins de 600 aujourd’hui.
Entre temps, les cadences se sont accélérées, les heures supplémentaires se multiplient et la précarité se développe avec l’emploi d’intérimaires. Quant aux salaires, ils restent collés au Smic pour beaucoup. Pour tout dire, si Brandt produit en France, ce n’est pas par patriotisme, mais parce que cela rapporte. Et cela ne protège en rien des suppressions d’emplois, bien au contraire...
Sarkozy, Hollande ou Bayrou auraient été tout aussi ridicules s’ils avaient servi leurs discours de charlatans à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois, promise à la fermeture pour délocalisation de la production... à Poissy, dans les Yvelines !
Hé oui ! Le plus souvent, lorsque les patrons suppriment des emplois ou ferment des usines, ce n’est pas pour aller bien loin, mais pour reporter la charge de travail sur ceux qui restent, que ce soit dans la même usine ou dans une autre usine du groupe toute proche.
Contre le chômage et les licenciements, ce ne sont pas des cocoricos qui changeront la donne.
Car ce n’est pas un problème de frontières. Le problème, c’est que le sort des travailleurs reste entre les mains d’une couche de privilégiés, dont la seule perspective est de faire toujours plus de profits. N’en déplaise à Hollande ou Sarkozy, ce sont ceux-là qui décident où, combien, comment et avec qui produire.
En permanence, la productivité du travail augmente de par des machines et une
organisation du travail plus performantes, mais aussi et surtout par
l’augmentation des cadences et de l’exploitation. Cela sert aujourd’hui à
augmenter les profits en créant du chômage.
Mais les bénéfices des entreprises peuvent et doivent servir à
maintenir les emplois, pas à enrichir toujours plus les actionnaires !
De ce côté, il n’y a rien à attendre des promesses électorales. Ce qui
comptera, ce seront les luttes que les travailleurs sauront mener par eux-mêmes,
tous ensemble, pour imposer l’interdiction des licenciements et alléger la
charge de travail en répartissant le travail entre tous.

