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Accueil > Éditos de bulletins > 2008 > avril > 21

La colère des pauvres du monde entier

Les hausses de prix des produits alimentaires frappent de plein fouet les pays pauvres de la planète. Sur les marchés de Côte-d’Ivoire ou d’Haïti, le prix du riz a été multiplié par deux ou par trois en un an. Blé, maïs, huile, haricots, tous les produits sont touchés par ces hausses vertigineuses. Une envolée des prix, qui s’ajoutant à celle des prix du pétrole, est en train d’affamer des centaines de millions de personnes sur la planète. L’ONU a établi une liste de 37 pays confrontés à une « crise alimentaire », et estime que « 1,2 milliard d’êtres humains pourraient avoir chroniquement faim d’ici à 2025 ».

Acculés à la faim, des pauvres de ces pays se sont révoltés ces dernières semaines. Grèves et manifestations en Egypte, émeutes en Haïti et en Côte-d’Ivoire, manifestations au Sénégal, au Burkina Faso, au Cameroun... Ce sont partout les mêmes images d’habitants de bidonvilles tiraillés par la faim, de femmes qui réclament de quoi nourrir leurs enfants. C’est la révolte de ceux qui savent bien que les produits ne manquent pas puisque les habitants des quartiers riches les ont… La seule réponse a été la répression des manifestations. Le 23 février, des émeutes au Cameroun faisaient plus de 40 morts. A Haïti le 9 avril, 6 morts : le premier ministre a été remplacé, mais les protestations continuent.

Ils font leur blé… avec le blé

Inquiets face aux révoltes, les dirigeants des pays riches et leurs relais dans les médias ont inventé des prétextes : accuser les mauvaises récoltes ici ou là, ou bien les populations chinoises ou indiennes, qui feraient exploser les marchés en prenant désormais 3 repas par jour ! Mais comment expliquer qu’on ait vu le prix du riz augmenter de 50 % en une seule journée ?

Une inflation aussi brutale trouve sa première cause dans la spéculation boursière. Car si le riz ou le maïs représentent la survie pour des centaines de millions d’êtres humains, il est devenu un moyen de s’enrichir, parmi d’autres, pour ceux qui jouent leur fric sur les bourses de Londres ou de Chicago. Face à la crise financière, des spéculateurs ont délaissé les marchés financiers pour se tourner vers ceux des matières premières, faisant d’autant monter les prix.

A la veille de la révolution de 1789, on appelait « accapareurs » ceux qui provoquaient ce type de famine en spéculant. Cette fois, les accapareurs sévissent à l’échelle de la planète. L’inflation qu’ils déclenchent est mondiale. Et pendant qu’ils « font du blé avec le blé » , les flics tirent sur ceux qui crèvent de faim à l’autre bout de la chaîne ! Voilà comment le capitalisme veut faire payer les à-coups de sa finance, voilà les conséquences de ce système pourri qui croule sous les richesses mais produit artificiellement des famines. Pour l’heure, les responsables du FMI et des grands Etats capitalistes n’envisagent que de misérables aumônes pour calmer les « révoltes ». Et Sarkozy d’annoncer qu’il porterait l’aide au Programme alimentaire mondial à 60 millions d’euros (le prix d’un seul avion de chasse Rafale), soit 0,39 % du PIB français, moins que les 0,47 % versés il y a un an !

Travailleurs de tous les pays…

La révolte des pauvres des pays les plus pauvres est la nôtre. Ici nous ne sommes pas encore menacés de famine, mais sommes toujours davantage pressurés, exploités et paupérisés. Les patrons eux-mêmes s’inquiètent de voir les grèves pour les salaires se multiplier. Renault espérait bénéficier d’une main-d’œuvre pas chère chez Dacia en Roumanie, mais s’est retrouvé face à une grève de trois semaines, et obligé de concéder 28 % d’augmentation. Au Vietnam, c’est Nike qui a fait face, début avril, à une grève dans une usine de plus de 14 000 ouvriers, là aussi pour des hausses de salaires.

Le capitalisme est mondial, plus que jamais. Du côté des travailleurs, des réactions aux mêmes causes et mêmes effets abominables et désespérants, ont lieu sur toute la planète. Cette colère est aussi inévitable que la barbarie du capitalisme qui la provoque. Et c’est bien elle, si elle trouvait la voie de l’explosion politique, qui pourrait renverser ce système qui ne développe les richesses qu’en maintenant l’humanité dans l’ornière.

Réactions à cet article

  • Cet édito dénonce la spéculation boursière comme la cause principale de la hausse brutales des prix des produits alimentaires. Or, les causes fondamentales sont structurelles :

    • Le remplacement des cultures vivrières par des cultures de produits destinés à être vendus sur le marché mondial, sous la pression de l’impérialisme, depuis déjà très longtemps.
    • L’augmentation de la demande mondiale de céréales en raison de la modification de l’alimentation d’une partie de la population dans de grands pays comme la Chine et l’Inde. Notamment l’augmentation de la consommation de viande. Et il faut 7 kilos de céréales pour produire 1 kilo de viande...

    La spéculation n’est que la conséquence de cette situation de relative pénurie qu’elle vient aggraver.

    Certes, il s’agit d’un édito et non d’une analyse de fond. On ne peut pas tout expliquer dans un édito. Mais il me semble qu’on peut tout de meme évoquer le caractère néfaste des structures du système impérialiste et que les travailleurs lecteurs de nos bulletins sont parfaitement capables de le comprendre.

    Gérard

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    • Le remplacement des cultures vivrières par des cultures de produits destinés à être vendus sur le marché mondial est un vrai problème dans la mesure où il prive de larges couches pauvres de leur moyen de subsistance sans même leur ouvrir la possibilité de travailler pour obtenir un salaire.
      Cependant, ce n’est pas tout à fait nouveau...

      Quant à l’augmentation de la demande mondiale de céréales, c’est bien la cause avancée par nombre de journaux, car cela leur permet de dénoncer les pauvres comme responsables de la crise, puisqu’ils se mettent à vouloir consommer comme nous. Sauf que, et c’est idem pour les agro-carburants, la production mondiale est déjà nettement supérieure à la consommation. Les cours se maintiennent grâce à des politiques de restriction et de quotas, les pays riches subventionnant la destruction d’une partie de la production. Ces limitations/destructions sont une forme de spéculation. A celle là s’ajoute un accroissement conjoncturel de la spéculation sur les matières premières, suite à la crise immobilière et bancaire.

      L’appareil productif et les modes de consommation ne sont en rien responsables d’une pénurie. Il s’agit du fonctionnement même du système capitaliste.

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      • Tu ne réponds pas exactement à ma critique. Nous sommes bien évidemment tous d’accord que c’est « le fonctionnement du système capitaliste » qui est la cause des crises. Quand on a dit celà, on n’a pas dit grand chose - du moins de notre point de vue de marxistes déjà convaincus...
        Comme tu le dis, un certain nombre de phénomènes ne sont pas nouveaux. Notamment la spéculation. C’est donc une erreur de confondre le symptome avec la maladie : la spéculation, c’est le symptome, la cause de la spéculation sur un produit, c’est la pénurie conjoncturelle ou structurelle de ce produit.
        Constater que l’évolution de la consommation dans certains pays peut faire partie des éléments qui modifient la demande, ce n’est pas accuser les consommateurs - pauvres ou non - de ces pays ! C’est constater une réalité, peu importe que cette réalité soit aussi constatée par la presse ou une partie de la presse, qui ne raconte pas que des âneries, même si elle ne peut évidemment pas admettre qu’il faut changer de système social.
        L’augmentation de la demande de la Chine en pétrole est par exemple un élément important de la situation mondiale et des rivalités inter-impérialistes. Dire cela, ce n’est pas accuser le prolo chinois qui va au boulot en mobylette au lieu d’y aller à vélo.
        Il faut éviter de répondre par des considérations morales à des critiques sur le terrain économique.
        Idem, dire que « l’appareil productif » n’est pas responsable de la pénurie est tout à fait absurde : d’une part on ne peut pas séparer l’appareil productif de l’ensembke du système économique et financier, d’autre part il est évident, au contraire, que l’évolution de l’appareil productif, le développement économique de certains pays par exemple peut modifier la demande dans divers secteurs et susciter, ou contribuer à susciter, des pénuries...
        Gérard

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