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Jeu vidéo et lutte des classes

25 janvier 2022 Article Économie

Microsoft a récemment fait une offre de 70 milliards de dollars pour racheter Activision Blizzard, développeur et éditeur, entre autres, des franchises Warcraft, Call of Duty, ou encore Hearthstone. Ce rachat s’inscrit dans la tendance du capitalisme à la concentration. Microsoft avait décidé dès 2001, pour différencier et faire fructifier son capital, d’investir ses profits faramineux dans l’industrie du jeu vidéo pourtant déjà très concurrentielle, en sortant la Xbox pour tailler des croupières à la Playstation de Sony. Si la Xbox a d’abord été commercialisée à perte, Microsoft est aujourd’hui un acteur incontournable du jeu vidéo. Son chiffre d’affaires deux fois supérieur à celui de Sony lui a permis de concentrer entre ses mains nombre de franchises appréciées par les joueurs.

C’est pas du jeu…

Si le rachat d’Activision se fait à coup de dizaines de milliards, c’est bien sûr en partie à cause de l’engouement actuel autour des jeux vidéos, mais surtout grâce au travail des dizaines de milliers de salariés qui les produisent. Dans l’industrie du jeu vidéo, les conditions de travail n’ont rien d’un jeu : après les périodes de « crunch », c’est-à-dire de surexploitation, quand la deadline de sortie d’un jeu arrive et que les patrons poussent à ne plus compter les heures, les travailleurs sont souvent récompensés par des licenciements brutaux.

Les travailleurs d’Activision avaient déjà fait parler d’eux mi-2021, en raison du suicide d’une de leurs collègues, harcelée sexuellement par sa direction. Une pétition signée par plus de deux mille employés (sur dix mille) dénonçait cette « culture d’entreprise ».

Game Workers Alliance

En ce début 2022, dans un studio appartenant à Activision, Raven Software (éditeur de Call of Duty : Warzone), un syndicat d’une trentaine de personnes est en train de se monter, dans le contexte d’une grève contre le licenciement de collègues qui avaient des contrats courts. Appelé Game Workers Alliance, il affiche sa volonté de ne pas être qu’un syndicat d’entreprise, mais de pouvoir rassembler les travailleurs de toute l’industrie du jeu vidéo, dans laquelle le syndicalisme n’existe quasiment pas.

Développement du syndicalisme ne veut pas automatiquement dire lutte des classes ou perspectives révolutionnaires. Une représentante de la plus large CWA (Communication Workers of America), au sein duquel va s’intégrer le nouveau syndicat, affirme que le rôle de ces syndicats est de « rendre l’entreprise plus forte ». Bien des illusions sur la collaboration de classe devront être dissipées, si les travailleurs veulent vraiment améliorer leurs conditions de travail. Mais qui sait, il se pourrait aussi que ce nouveau syndicat soit un premier pas dans l’organisation collective des travailleurs, contre la pression patronale.

Simon Vries

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