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Inde : les pogromistes au pouvoir

5 mai 2022 Article Monde

(Photo : Narendra Modi, Wikipedia commons)

Au pouvoir depuis 2014, Narendra Modi, leader du BJP, le principal parti de l’extrême droite hindouiste, mène une politique néo-libérale et autoritaire dont les conséquences sont de plus en plus dramatiques pour la population indienne : tensions militaires croissantes avec la Chine et le Pakistan, révoltes sociales d’ampleur comme le blocus de New Delhi par les paysans du Pendjab et de l’Haryana pendant l’automne et l’hiver 2020, indifférence totale face aux problèmes de pollution et d’un dérèglement climatique de plus en plus incontrôlable, etc. Face à ces menaces, le régime poursuit pourtant sa fuite en avant en cherchant à canaliser l’exaspération des masses hindoues contre les minorités religieuses, au premier chef les communautés chrétienne (28 millions de personnes) et musulmane (170 millions).

L’extrême droite bulldozer

Lié aux plus puissants des capitalistes indiens, comme Gautam Adani, depuis le début de son ascension vers le pouvoir, Narendra Modi dispose grâce à eux d’un pouvoir financier et médiatique sans commune mesure avec ses rivaux. C’est grâce à cet appui indispensable que Modi, chargé de pouvoir de la grande bourgeoisie indienne, mène depuis 2014 une politique de démantèlement systématique de l’État-providence indien, tout en s’attaquant de front aux acquis du mouvement ouvrier comme à ceux de la petite et moyenne bourgeoisie paysanne… soit une écrasante majorité de la population.

Pour mener à bien une telle politique sans créer une révolte généralisée, le BJP peut certes compter sur le soutien affiché de la quasi-totalité des médias, contrôlés en majeure partie par ses associés. Mais la seule propagande n’y suffirait pas. Depuis son accession au pouvoir central et déjà avant en tant que gouverneur du Gujarat (de 2001 à 2014), Modi use du pogrom comme d’une méthode de gouvernement. Orientées principalement contre la minorité musulmane, ces émeutes terroristes sont le plus souvent coorganisées par les milices du BJP et les forces de police, à l’instar de la dernière en date, le 16 avril dernier à Jahangirpuri, quartier pauvre majoritairement musulman de New Delhi où des affrontements ont éclaté entre manifestants hindouistes armés et les habitants qui les ont repoussés à coup de pierres. Quelques jours plus tard, la municipalité de Delhi-Nord – dirigée par le BJP – envoyait des bulldozers raser échoppes et magasins en représailles des jets de pierres. Cette pratique de démolition systématique des habitations des quartiers musulmans soupçonnés de vouloir résister à l’ordre s’est généralisée dans de nombreuses régions dirigées par l’extrême droite. À tel point que Yogi Adityanath, le gouverneur de l’Uttar Pradesh, la région la plus peuplée et la plus pauvre du pays, est désormais surnommé par ses partisans « Guru Bulldozer ».

Obsession islamophobe

Au-delà des émeutes orchestrées par les milices hindouistes, c’est un ensemble de rumeurs infâmes et de mesures discriminatoires qui visent les minorités, au premier chef les musulmans, mais également les chrétiens, les Intouchables, les basses castes, etc. Concernant les musulmans, l’extrême droite met systématiquement l’accent sur une croissance démographique sensiblement plus élevée que la moyenne (quoiqu’elle tende à se stabiliser progressivement) en l’imputant au « Love jihad » (les mariages de jeunes femmes hindoues avec des hommes musulmans) et… à la polygamie ! Agitant le spectre du « grand remplacement » (qui, même revendiqué par des musulmans fanatiques est très loin d’être à l’ordre du jour avec 79,9 % d’hindous contre 80,5 % en 2011), des milices patrouillent désormais dans les lieux publics, et spécialement dans les campus universitaires, pour surveiller la moralité des jeunes filles et certains États indiens ont durci leur législation au point de rendre les mariages « mixtes » virtuellement impossibles.

Cette obsession démographique et islamophobe du pouvoir a connu une nette accélération avec l’abolition du statut d’autonomie de l’État du Jammu et Cachemire en 2019, seule région majoritairement musulmane, et désormais ouverte à une « colonisation » hindoue revendiquée. Parallèlement, la loi ouvrant la citoyenneté aux réfugiés hindous des États voisins (Bengladesh, Pakistan) a été l’occasion pour le pouvoir de priver de leur citoyenneté des millions d’Indiens musulmans (1 900 000 dans le seul État d’Assam dans le nord du pays), engendrant d’importantes manifestations. Dans la capitale, ces manifestations ont été jugulées par un pogrom anti-musulman, faisant une cinquantaine de morts.

Si tous les pauvres s’y mettaient

Ces spectaculaires démonstrations de force de l’extrême droite hindouiste sont autant de manières de conditionner la population indienne à accepter les massacres de plus grande ampleur encore en préparation. Mais il s’agit aussi de renforcer l’ordre castéiste et patriarcal venu du fond des âges, alors même que les différents groupes discriminés (minorités religieuses, basses castes, minorités ethniques, etc.), et qui sont aussi les plus pauvres, forment sans doute la majorité de la population indienne !

Une force gigantesque qui s’ignore encore, mais qui sous la pression des évènements pourrait échapper au destin que lui préparent les actuels maîtres de l’Inde.

Étienne Bridel

(Article paru dans l’Anticapitaliste no 614)

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