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Grève avortée à l’aiguillage des trains le 25 mai : quand les directions syndicales enterrent un mouvement... avant qu’il ait commencé !

Dans la région du nord, l’aiguillage ne se mobilise pas souvent. Bien que le métier soit dur, les travailleurs, isolés sur leurs lieux de travail, se regroupent rarement ou seulement à l’occasion de réunions portées par des militants. Pourtant mercredi 25 mai, la grève dans ce secteur s’annonçait majoritaire. On relevait plus d’intentions exprimées par les déclarations réglementaires de se mettre en grève dans ce secteur qu’au long de la mobilisation de 2019 contre la réforme des retraites. C’est dire le ras-le-bol. Trop c’est trop, quant aux salaires, bien sûr, qui comme partout sont rognés par l’inflation ; mais trop quant au sous-effectif aussi, qui empêche les collègues de prendre leurs jours de congé (accumulés dans de très opaques comptes épargne temps où les journées reportées sine die devront finalement être transformées en fric). Le sous-effectif qui traverse tous les secteurs de la boite, est accentué ici par les anticipations de mise en place de la Commande centralisée du réseau (la CCR) qui permettra de tailler encore dans les effectifs.

Les aiguilleurs avaient pour certains entendu parler des grèves à Bordeaux, dans l’Est et ailleurs… Des grèves locales qui devaient fusionner dans un mouvement national. Quelles que soient les « cogites » de la direction du syndicat Sud-Rail, l’appel à la grève nationale le 25 mai tombait donc à pic. C’était une perspective pour ces grèves locales et pour tous les salariés du service. Une perspective de grève nationale que la CGT a pourtant tenu... à combattre de bout en bout, lui préférant des mobilisations locales qui auraient soi-disant plus d’impact. Ces raisonnements tacticiens, de telle ou telle direction syndicale, n’étaient certainement pas au cœur des discussions des cheminots concernés, la semaine précédant la grève. Tous les collègues, syndiqués ou non, CGT comme Sud, se préparaient à se mettre en grève tous ensemble. Et si les aiguilleurs s’y mettaient, c’était la journée noire assurée, la veille du week-end de l’Ascension. On entendait déjà le retentissement.

La boite elle-même commençait à trembler, ses cadres à circuler dans les postes d’aiguillage, interrogeant de manière plus ou moins fébrile les agents : « tu en seras toi le 25 ? » Et face à la multiplication des « oui », il fallait se préparer à réapprendre un peu le boulot, à « se rafraichir » comme on dit dans le jargon. Histoire que quelques lignes puissent quand même fonctionner en mettant tous les cadres et chefs en remplacement d’un gréviste le jour J.

En tout cas la direction avait compris que la grève serait massive. Alors elle a appelé les directions syndicales au secours. Deux fois même. Lors de deux tables rondes, d’abord avec la CGT, Sud, la CFDT et l’Unsa. Puis avec seulement les trois derniers ayant initié le préavis du 25 mai. Et l’entreprise a fait des concessions : des primes, une grosse, « one shot » de 600 euros pour l’été, une plus petite (dérisoire en fait) et étalée, 20 % en plus de la prime de travail qui fait de 30 à 50 balles en plus sur les huit prochains mois. Par ces temps difficiles, ces 1 000 euros (quand on fait la somme), on les prend évidemment sans hésiter. Mais sans être dupe, aucun collègue ne l’était : ça ne résout rien ! Et certainement pas les trous dans le budget chaque mois, qui existent depuis trop longtemps. De pire en pire avec l’inflation. D’autres promesses ont été faites, sur de futures tables rondes, négociations et autres réunions au sommet en tout genre. Mais ces promesses n’engagent en fait à rien. Quant aux annonces sur les embauches, pour sortir de la galère des conditions de travail, les 720 promises avec une rallonge de 200 supplémentaires, ça reste fort peu. D’autant plus quand on sait les taux d’échec aux formations qui réduiront sans doute encore ces recrutements.

Tout ça ne faisait donc pas le compte. Réaction très largement partagée chez les cheminots concernés s’apprêtant à marquer le coup par la grève. Mais cela a manifestement contenté… les directions syndicales qui ont retiré le préavis et annulé de fait la grève prévue ce jour-là. Mais ça n’a suffi qu’à ces directions syndicales. Parmi les collègues qui se préparaient à la mobilisation, les réactions sont tout autres : colère contre l’insuffisance des propositions de la direction... mais aussi contre les directions syndicales qui se sont couchées pour des clopinettes. D’autant plus que la grève s’annonçait, plus d’une semaine avant son début, comme un succès considérable.

C’est la peur d’un tel mouvement et de sa contagion possible à d’autres services qui a effrayé la direction. La leçon pour la suite : ne compter que sur nos propres forces, par la base, pour obtenir satisfaction ! Un avertissement a été donné par les collègues des EIC, qui doit nous donner confiance pour la suite. Le bras de fer avec la direction nécessitera de passer à l’action pour faire réellement changer les choses.

Correspondant

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