Grève Domidom, jours 2 et 3 : comme une faim de victoire…
24 octobre 2022 Article Entreprises
Les auxiliaires de vie de l’agence Domidom de Caen ne sont qu’une dizaine des 840 salariés que cette filiale d’Orpea compte dans toute la France. Mais elles ont conscience d’ouvrir une brèche dans laquelle tous les autres pourraient s’engouffrer. Et il est probable que la direction craigne précisément cette éventualité. Alors, même s’il n’est pas évident de laisser les personnes âgées au domicile desquelles elles travaillent aux « bons soins » d’une direction aussi pingre envers ses clients que ses salariés, la grève tient bon.
Commencée mardi 18 octobre dans les manifestations de la journée (voir article précédent), elle se poursuit par un piquet tenu devant l’agence, dans un quartier du centre-ville de Caen fait d’immeubles de standing et de bureaux chics. On pourrait imaginer que cet environnement quelque peu bourgeois réprouve les banderoles et cartons bariolés de slogans, les tables et chaises de camping et les discussions animées que mènent entre elles des grévistes qui ont d’autant plus besoin de discuter qu’elles ne se connaissent que depuis quelques jours – d’ordinaire, chacune travaille seule, n’ayant pour tout contact que la cheffe de l’agence et une ou deux secrétaires. Mais il n’en est rien. La proportion de passants qui s’arrêtent pour discuter une minute, ou glisser un mot d’encouragement est impressionnante. Certains déposent des viennoiseries, une dame âgée repasse exprès devant le piquet pour offrir des chocolats achetés au pâtissier d’à côté.
Tous ces gestes font du bien. Car en face, le patron ne montre pas la même affection, loin de là. Mercredi, au deuxième jour de grève, il annonce ses propositions : une prime de panier de 10 euros, l’augmentation des frais kilométriques – ils passeraient de 31 à 50 centimes du kilomètre – et une augmentation de salaire misérable et bien floue : de 1 % à 3 %, à discuter la semaine prochaine… mais à condition de reprendre le travail tout de suite ! Autant dire la garantie de rien. Seule l’augmentation de l’indemnité de trajet représente vraiment quelque chose. Mais la direction ne s’engage à la maintenir que pour deux mois. Quant à la prime de panier, la direction revenait dès hier jeudi sur son montant : elle serait finalement de sept euros. Les grévistes prennent la chose comme une insulte :
« – Rien qu’hier, on est allé à la boulangerie prendre une formule sandwich + boisson, ça coûtait 8,50 euros !
– Avec 7 euros, tu ne peux pas faire un repas chaud à l’extérieur.
– Ils nous prennent pour quoi ? Eux, ils trouvent normal de manger un vrai repas, mais nous on est bonnes pour manger des miettes ! »
Le repas de midi, c’est un vrai problème :
« – Moi, je ne mange pas le midi. J’ai pas le temps, la pause entre deux missions est trop courte »
– Moi, je n’arrive pas à manger le matin, mais j’aime pas manger le midi à toute vitesse, alors mon seul repas, c’est le soir.
– Je sais pas comment vous faites, les filles ! Moi, si je ne mangeais pas, je ferais un malaise direct !
– Ben moi, il me faut du salé le midi, sinon je ne tiens pas. Mais des fois, c’est pas possible. Ça dépend des bénéficiaires. Y en a qui sont sympas et qui acceptent qu’on réchauffe notre gamelle dans leur micro-ondes. Mais ils ne sont pas obligés… »
Ce jeudi, au piquet, un militant syndical passe répondre aux questions et aider les grévistes à voir comment poursuivre leur mouvement. En discutant avec lui, on finit par comprendre que la prime de panier n’en est pas vraiment une. La direction parle de rembourser les dépenses de la pause repas du midi, de faire des notes de frais en somme. Pourquoi ça ? Parce que les notes de frais, elle espère s’en tirer en ne les payant qu’aux grévistes de Caen. Alors qu’une prime de panier, c’est à l’ensemble des auxiliaires dans toute la France qu’il lui faudrait la payer… De quoi donner une idée du potentiel de l’autre revendication, celle à laquelle les grévistes tiennent le plus : les 500 euros d’augmentation mensuelle.
Elles invitent toutes celles et ceux qui le peuvent à passer les soutenir sur leur piquet, 5 promenade du Fort à Caen, entre 8 heures 30 et 18 heures !
Correspondant
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