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Archives > Éditos L’Étincelle > 2019 > septembre > 24

Faisons-les battre en retraite !

À Paris samedi dernier, le gouvernement a sorti l’artillerie lourde : 7 500 policiers et gendarmes mobilisés, contrôles de police au moindre rassemblement de dix personnes, 163 interpellations, etc. Pas de doute, il fallait éviter que la nouvelle journée de mobilisation appelée par les Gilets Jaunes et les marches pour le climat ne fassent le plein. Ce qui n’a pas empêché des milliers de manifestants de défiler, à Paris et partout en France.

C’est que Macron est dans une posture délicate. Après avoir fanfaronné pendant l’été qu’il s’apprêtait à lancer une nouvelle attaque avec la réforme des retraites, il semble se rendre compte que la contestation pourrait facilement reprendre sur les braises encore chaudes des Gilets Jaunes.

Le gouvernement déclare désormais vouloir se « concerter avec les partenaires sociaux ». C’est-à-dire gagner du temps en mettant en scène une discussion bidon alors que les principales mesures ont déjà été annoncées.

Baisser nos pensions

Voilà plus de 25 ans que les gouvernements successifs, de gauche ou de droite, s’en prennent aux retraites avec la même logique : l’obligation de travailler plus pour des pensions moins avantageuses. Pas moins de six réformes se sont ainsi succédé, tantôt contre les salariés du privé, tantôt contre ceux de la Fonction publique, une autre encore contre les « régimes spéciaux ».

Cette fois-ci, Macron se fait fort, sous prétexte d’« équité », d’attaquer tout le monde à la fois. D’abord par une diminution des pensions, en calculant les retraites non plus sur la base des 25 meilleures années dans le régime général ou des six derniers mois pour les fonctionnaires, mais sur l’ensemble de la carrière.

Pour nous faire exploiter plus longtemps ?

Ensuite, en nous faisant travailler plus longtemps, avec un « âge pivot » fixé à 64 ans ou en augmentant encore la durée de cotisation. Une disposition qui ignore le fait que, dans de nombreux métiers, le corps est trop cassé après 60 ou 65 ans pour continuer, et que partout les patrons rechignent à embaucher des seniors. De la sorte, très peu pourront obtenir des pensions à taux plein. Comble du cynisme, le gouvernement anticipe la montée de la pauvreté chez les retraités et prévoit donc qu’il sera possible de cumuler retraite et activité. Et on devrait dire merci de pouvoir trimer jusqu’à 80 ans pour finir nos fins de mois ?

Spéculer sur notre dos !

Pourquoi une telle réforme ? Les caisses de l’assurance vieillesse ne sont pourtant pas déficitaires, comme le reconnait lui-même Delevoye, le Haut-commissaire désigné par Macron. En fait, le véritable but du gouvernement n’est pas de sauver le régime des retraites. Il y aurait des solutions bien plus efficaces pour ça : embaucher massivement les chômeurs, augmenter tous les salaires de 300 euros comme le réclament les urgentistes depuis des mois, prendre sur les profits, augmenter les cotisations patronales, etc.

La réforme ne vise qu’à transformer le régime général des retraites en un système au rabais, pour que se développent à côté des retraites supplémentaires individualisées aux mains des assurances privées, une nouvelle manne de profits pour les spéculateurs.

Soyons à la hauteur de leurs craintes

À Paris, Rennes, Lyon, Marseille, Toulouse et dans bien d’autres villes de province, plusieurs dizaines de milliers de manifestants et grévistes ont répondu présents ce mardi 24 septembre, sans s’attarder sur les querelles de chapelles syndicales.

Ils ont fait de cette journée un nouveau jalon vers le mouvement général de grève et de contestation qui nous permettrait de faire reculer ce gouvernement.

Les salariés de la RATP appellent à se remettre en grève à partir du 5 décembre. Mais avant, des mobilisations de base pourraient porter à incandescence notre climat social, comme le craint Macron. Le gouvernement a rapidement abandonné aujourd’hui l’idée de diminuer les aides aux personnes âgées ayant une aide à domicile. Ils savent marcher en ce moment sur des braises et s’en inquiètent, alors soufflons dessus à pleins poumons.

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