Faire entendre la voix du monde du travail
8 décembre 2003 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Le congrès de Lutte Ouvrière vient donc de le confirmer : nous ferons des listes communes avec la Ligue Communiste Révolutionnaire aux prochaines élections régionales et européennes. C’est une bonne nouvelle. Il suffit d’ailleurs d’entendre les grincements de dents que cet accord suscite dans les milieux politiques bien pensants pour s’en persuader ! Oui, une campagne commune des révolutionnaires est plus que jamais nécessaire aujourd’hui.
Car patronat et gouvernement s’en prennent toujours plus violemment au monde du travail. La dégradation des conditions de vie de la population se voit jusque dans les préoccupations météos des médias… Ces derniers jours en effet, annonces alarmistes : le froid arrive. A la mi-décembre, ça ne devrait rien avoir d’effrayant. Sauf qu’entre la canicule de l’été et l’épidémie actuelle de bronchiolite, on a pu voir comment les restrictions budgétaires pouvaient transformer des phénomènes climatiques relativement banals en véritables problèmes de santé publique. Les hôpitaux manquent dramatiquement de moyens. La France est peut-être la quatrième puissance économique mondiale, mais il devient de plus en plus dangereux d’y tomber malade. Sur les 15 000 morts de la canicule, les deux tiers étaient pris en charge, à l’hôpital ou en maison de retraite… Qu’après cela le gouvernement ait eu le culot d’accuser le prétendu individualisme de la société ne change rien à l’affaire. Les morts de cet été sont une conséquence de ses économies sur les dépenses de santé, une politique irresponsable et finalement criminelle.
La santé est l’un des domaines où les méfaits du gouvernement sont les plus choquants, mais sa politique est partout la même : rogner sur les budgets sociaux afin de remplir toujours plus la hotte des possédants. Réforme des retraites : alors qu’il y a plus de 2,5 millions de chômeurs, patrons et Etat pourront user les travailleurs pendant 40, et bientôt 42 annuités. Gel du salaire des fonctionnaires : 0 % d’augmentation cette année, 0,5 % en 2004, soit quatre fois moins que l’inflation. Déréglementation des services publics, avec les projets de privatisation d’EDF ou de France Télécom. Création du RMA, l’Etat bradant les RMIste à 20 heures par semaine aux patrons, pour le prix imbattable de 183 euros mensuels. Limitation à deux ans de l’Allocation spécifique de solidarité, pour les chômeurs en fin de droit…
Grosses économies, petites économies, sa rapacité atteint presque tous. Car avec les sommes volées aux travailleurs, aux chômeurs, et jusqu’aux malades et aux collégiens, le gouvernement a tellement de cadeaux à faire aux riches et aux patrons ! Allègements de charges, subventions, projet d’amnistie pour les spéculateurs réfugiés dans les paradis fiscaux, diminution de l’impôt sur la fortune…
Face au gang Raffarin, il n’y a personne. Les partis de l’ex-gauche plurielle, PS en tête, dont le casting prévoit pourtant le rôle d’opposants, n’ont rien à dire. Et pour cause : cette politique, sur le fond, c’est la leur. Les retraites ? Quelques jours avant de quitter la scène, Jospin faisait sur le sujet des déclarations communes avec Chirac. Les cadeaux au patronat ? Avec les lois Aubry, dites des 35 heures, c’était déjà Noël tous les jours. Les privatisations ? Fabius et Strauss-Kahn en parlaient tout haut quand ils étaient aux affaires.
Le seul projet de la gauche ex-gouvernementale, c’est d’attendre que l’opinion soit suffisamment écoeurée par les méfaits du gouvernement actuel avec l’espoir qu’elle se résignera, faute de mieux, à la remettre aux affaires… où elle referait la même politique. Ils ne comptent que sur notre manque de mémoire. Et c’est pour cette raison qu’une campagne commune LO-LCR leur fait pousser tant de cris.
Et puis au-delà des élections, cette campagne commune pourrait donner bien d’autres perspectives pour la défense des intérêts du monde du travail. Car ce n’est pas avec le seul bulletin de vote qu’on pourra faire reculer l’offensive anti-ouvrière. Il faudra bien en revenir aux luttes. Le programme d’urgence sociale de l’extrême-gauche est un pas vers leur préparation.

