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Emmanuel Macron, nouvelle victime de l’hydroxychloroquine

8 juin 2021 Article Politique

BuzzFeedNew, un média américain en ligne [1] vient de dévoiler – comme l’autorise le « Freedom of Information Act », loi qui permet à tout citoyen américain d’avoir accès aux documents administratifs – plusieurs milliers de courriels envoyés et reçus par l’immunologue Anthony Fauci. Ce dernier était le conseiller de Donald Trump sur la gestion du Covid-19… avant d’être renvoyé pour avoir osé contredire ce dernier.

Parmi cette correspondance un e-mail est particulièrement intéressant. C’est celui que lui a adressé de France le 25 mars 2020 Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique. Dans ce courrier électronique il se plaint du « buzz médiatique depuis l’annonce faite par le docteur Didier Raoult à propos de l’efficacité de l’hydroxychloroquine ». Il met en doute les découvertes de l’immunologue marseillais, basées selon lui « sur des données qui ne sont pas particulièrement convaincantes ». Un doute qui sera largement confirmé et conforté par la suite par nombre de scientifiques. Et il poursuit qu’il fait face « à d’énormes pressions politiques pour autoriser l’hydroxychloroquine et en donner à tout le monde » avant d’ajouter « mais je résiste pour le moment ».

Des pressions venues d’en haut

De qui émanaient ces « énormes pressions politiques » ? Il ne le précise pas. Mais, quinze jours plus tard, le 9 avril, Emmanuel Macron se rendait à l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille pour rencontrer Didier Raoult au cours d’un entretien qui dura pas moins de trois heures. La concomitance entre le courriel de Delfraissy et cette rencontre est-elle une simple coïncidence ? On peut en douter. Sans grands risques de se tromper il est plus que probable que les pressions dont parle le professeur Delfraissy émanaient de l’Élysée.

Car cet entretien, qui se voulait confidentiel, fut largement repris dans la presse d’autant plus facilement que les journalistes avaient été prévenus « off » de la venue de Macron dans la cité phocéenne. Quant à l’ancien ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, il avait profité de l’occasion pour dire tout le bien qu’il pensait tout à la fois de Macron, de Raoult et de l’hydroxychloroquine. Il déclarait à Franceinfo : « Une étape importante a été franchie. Le président de la République s’est déplacé lui-même pour rencontrer des chercheurs qui font des essais cliniques, qui essaient de trouver des médicaments qui peuvent marcher pour arrêter cette hécatombe. Il s’est extrait des sociétés savantes pour se fonder sur son avis personnel. Certaines des équipes ont été très impressionnées de la connaissance qu’il avait lui-même de la maladie. » Et d’en profiter pour inciter les auditeurs à signer une pétition nationale en faveur du médicament miracle.

La fin d’une illusion

Quatorze mois et 100 000 morts plus tard, la baudruche s’est dégonflée. L’hydroxychloroquine n’a jamais guéri personne du Covid-19 et la gloire de Didier Raoult en a pris un sacré coup. Sauf chez un public relativement large de complotistes, de militants d’extrême droite et de spécialistes des fake news convaincus que le microbiologiste marseillais est un génie méconnu, au QI exceptionnel (c’est lui qui le dit), victime de l’establishment médical et de la pensée unique. Bref un nouveau Galilée menacé par les bûchers médiatiques.

Quant à Macron il a fini par prendre ses distances d’avec ce sulfureux personnage et préférerait sans doute que l’on oublie cette embarrassante rencontre. Pour une fois, c’est loupé.

Jean Liévin


[1Né à New York en 2006, BuzzFeed est un site d’information surtout présent sur les réseaux sociaux. Publié à l’origine uniquement en anglais, le site utilise désormais le français, l’espagnol, l’allemand, etc.

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