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Des grèves marchantes à la grève générale ?

Dimanche soir, la CGT a claqué la porte des discussions avec la direction de Total. Elle appelle au « durcissement du conflit » qui paralyse les raffineries Total depuis mercredi « avec élargissement aux autres groupes pétroliers ». Le site de la raffinerie de Dunkerque est menacé de fermeture. 370 salariés sont concernés ainsi que 450 ouvriers en sous-traitance. Sans attendre l’annonce de pseudo solutions que la direction doit annoncer le 29 mars, les travailleurs de la Raffinerie se sont mis en grève contre la fermeture dès le 12 janvier. Ils bloquent depuis tous les secteurs de production ainsi que les livraisons de fuel domestique et de carburants. Et surtout, des grévistes et syndicalistes de Dunkerque ont rompu leur isolement, se sont adressés aux travailleurs d’autres raffineries, et 5 autres du groupe ont rejoint la grève, tandis que 2 du groupe Exxon y appellent pour cette semaine.

Le bras de fer est symbolique. D’un côté Total, un des trusts les plus gras et goulus de la planète. De l’autre des travailleurs qui pour les seuls profits du premier, devraient perdre leur emploi. Mais le cas est similaire chez Philips, à Dreux, où un bras de fer aussi est engagé, depuis qu’il y a plusieurs mois déjà, la direction a annoncé la fermeture de son usine d’assemblage de téléviseurs. C’est forts du soutien qu’ils ont su chercher et trouver auprès de travailleurs et militants syndicaux d’autres entreprises menacées de fermetures et licenciements – ceux de Continental, Ford, New Fabris, Freescale et d’autres – que ceux de Philips ont réagi face au dernier sale coup du patron. Il avait cru pouvoir impunément aviser par courrier les 212 salariés de Philips qu’ils ne devaient plus revenir à l’usine. Les salariés se sont mobilisés, ont engagé une action en référé au tribunal et obtenu la réouverture du site ainsi que la suspension du plan de la direction.

Dans l’Education nationale comme dans le reste de la fonction publique, ce ne sont pas des licenciements, mais des dizaines de milliers de suppressions de postes. Là encore, des enseignants du 93 (académie de Créteil), à un relativement petit nombre au départ, ont osé déterrer la hache de guerre contre une politique qui programme encore 16 500 suppressions de postes et le bradage de la formation des jeunes enseignants. Ils sont partis de leurs établissements d’Aubervilliers, ont organisé des équipes mobiles vers des établissements voisins, communes voisines, afin de discuter et adopter le même programme et la même démarche d’extension. Une vraie « grève marchante », qui en 15 jours, s’est étendue à une centaine d’établissements.

De raffineries en raffineries, d’établissements en établissements, d’un secteur à un autre, c’est bien une telle grève qui pourrait faire son chemin. D’autant que d’autres travailleurs, comme ceux des magasins Ikéa entre autres, se sont mis en marche pour une autre revendication vitale et commune : l’augmentation des salaires.

Au-delà du risque de pénurie de carburant, c’est bien le spectre d’une grève contagieuse qui inquiète le patronat et le gouvernement. Le ministre de l’Industrie Estrosi a organisé une rencontre avec le PDG de Total, ainsi qu’une entrevue, fissa et en plein dimanche, avec les directions syndicales. Le gouvernement aurait bien aimé que Total « rassure très rapidement les salariés ». Mais les salariés ne s’en laissent pas si facilement conter ! Et pour cause. C’en est trop de tous ces industriels et leurs sous traitants, de tous ces banquiers et financiers, qui grâce aux larbins qui les défendent à la tête de l’Etat, tirent leur épingle du jeu face à la crise, continuent à dégager d’énormes profits mais ont pourtant le culot de pleurer la bouche pleine.

Contre tous ceux-là, le monde du travail doit se dresser, s’organiser pour la riposte d’ensemble. Rien ne se fera du jour au lendemain, mais tout peut se faire vite, de proche en proche. Sur ce fond d’exaspération, le volontarisme de quelques milliers de travailleurs en lutte, tournés résolument vers les autres, peut donner le coup d’envoi.

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