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Transports en commun

De la grève au droit de retrait, ils ont de quoi trembler !

13 mars 2020 Article Entreprises

(Cet article a été rédigé le 13 mars 2020, avant les dernières annonces d’Emmanuel Macron)

Depuis que l’épidémie est arrivée en France, le virus met en lumière les conditions sanitaires dans lesquelles les agents de la RATP travaillent au quotidien.

Le secrétaire d’État aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, annonçait mi-mars que la gestion des transports en commun se ferait au jour le jour. De concert avec la direction de la RATP et de la SNCF, ils ont déjà prévu un plan de transport adapté face à la propagation du coronavirus. Plan qu’ils communiquent largement dans les médias, comme les autres mesures. Pourtant, si la communication se fait sans modération de ce côté-là, il n’en va pas de même vis-à-vis des salariés de la Régie.

Ces derniers avaient comme seules informations et recommandations en ce début de mois : se laver les mains régulièrement et éviter les contacts physiques. Merci. Encore faudrait-il que la direction mette les moyens pour que le minimum de ses propres recommandations soit applicables. En effet, lorsque ce n’est pas le gel hydroalcoolique qui est périmé, ou en quantité limité, ce sont les cabines des machinistes qui sont à peine nettoyées, quant aux métros qui arrivent dans les ateliers, eux ne sont pas désinfectés, alors même que le virus peut rester plusieurs heures sur le matériel. Par exemple, à l’atelier de Saint-Ouen les salariés ont reçu un carton contenant quelques kits avec un masque et deux lingettes. Un carton avec seulement une dizaine de kits alors qu’il y a quelque 300 salariés sur le site… C’est se moquer des travailleurs qui sont déjà censés porter des masques et les changer toutes les 15 ou 30 minutes selon les conditions. Le minimum n’est déjà pas assuré en temps « normal ». Entre ce que la direction affiche et la réalité, il y a comme un grand écart.

Le virus vient surtout révéler une absence générale de moyens pour la santé, la protection des salariés et l’hygiène des lieux de travail. Certains machinistes soulèvent d’ailleurs ce problème : « corona ou pas, nos cabines, elles sont toujours sales et nettoyées avec une serpillère plus sale que ce qu’elle est censée nettoyer.  »

Les salariés de Transdev et Keolis

Face à ces conditions, les salariés auraient bien raison d’utiliser leur droit de retrait. C’est ce qu’ont fait des salariés de Transdev et Keolis, et d’autres, au début de l’épidémie ; ils ont ainsi pu avoir accès à du gel désinfectant. Mais si le gel suffisait peut-être à rassurer les agents en début de mois, ce n’est plus le cas.

En se mettant en droit de retrait, les salariés signifient que ce sont eux qui décident des conditions dans lesquelles ils travaillent. Et cela, la direction n’en veut absolument pas. Surtout que la potentielle épidémie de droit de retrait interviendrait après les deux mois de grève. Pas question pour la direction que cela se reproduise via le droit de retrait. Même le droit de pouvoir juger quand ils sont en danger ou non, les bourgeois voudraient l’enlever aux salariés.

L’esprit du 5 décembre est toujours là

Ces derniers ont mené cet hiver une grève historique. Même si la grande majorité a repris le chemin du travail, c’est la tête haute d’avoir participé à un mouvement qui a bousculé le gouvernement et le patronat. Certains peuvent avoir un goût amer de ne pas avoir fait flancher le gouvernement (pour l’instant) mais c’est ce bras de fer qui a fait relever la tête à des centaines de milliers de travailleurs partout dans le pays. Comme le disait un ancien gréviste « On est passé d’inconnus, de travailleurs invisibles, à ennemis numéro un du gouvernement et de la direction. »

D’ailleurs le secteur des transports n’en a pas fini avec la lutte, car dans le privé comme dans le public, la mise en concurrence avec la loi LOM (loi d’orientation des mobilités) fait réagir. Cette loi, à la RATP comme dans le réseau Optile (ensemble des transports d’Ile de France), c’est l’ouverture à la concurrence des lignes de bus pour commencer, avec comme objectif d’étendre cette logique à tous les secteurs de l’entreprise, la suppression de postes sans garantie d’être reclassé, l’individualisation des contrats, etc. Les salariés du réseau Optile ont largement répondu à l’appel à la grève du 13 mars.

Nombreux sont les noyaux durs qui continuent de discuter de la suite à travers les différentes coordinations qui réunissent toujours des dizaines d’anciens grévistes. L’esprit du 5 décembre persiste, dépassant les habituelles tendances corporatives. Les coordinations en sont l’expression. On y discute des perspectives, car s’il n’y a plus de grévistes dans les transports publics, l’envie de continuer à construire le bras de fer contre le gouvernement et le patronat est toujours là !

Tous ces regroupements montrent à quel point la grève a marqué les esprits. Ce n’est pas fini.

13 mars 2010, Alba Kuné


Leur répression, notre solidarité !

La direction de la Régie ne lésine pas sur les moyens pour tenter de décourager les futurs grévistes. Après les 120 enquêtes internes qu’elle a lancées, plusieurs conseils disciplinaires ont eu lieu. À commencer par Hani en janvier qui s’est vu mettre à pied pour plusieurs semaines. En début de mois c’étaient François, Yassine, Patrick qui y passaient. Résultats : mise à pied pour les uns et mutation pour François. Ce dernier a fait une tentative de suicide devant la direction le jour de la reprise du travail. Cela en dit long sur le régime ordinaire de la RATP. La direction s’est également permis de porter plainte contre Ahmed, du dépôt de Flandres, mais la justice l’a classée sans suite. Ce dernier passe également en conseil disciplinaire fin mars avec Alex. La direction a du travail, car ces intimidations n’ont pas l’air de fonctionner, les appels à soutenir les collègues rassemblent à chaque fois les noyaux durs qui se mettent parfois en grève pour montrer leur détermination à ne pas laisser faire la direction.

Photo : Rassemblement place Lachambaudie à Paris début mars pour le conseil de discipline de François, Yassine et Patrick

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