Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Éditos L’Étincelle > 2019 > octobre > 28

D’une révolte à l’autre : il est temps de changer de système !

Avec un million de manifestants dans les rues de Santiago vendredi dernier, la mobilisation massive commencée le 18 octobre se renforce au Chili. C’est l’annonce d’une augmentation du ticket de métro qui avait provoqué la colère. Les lycéens ont réagi les premiers contre ce nouveau coup porté au niveau de vie des plus pauvres, escaladant les tourniquets du métro et arrêtant le trafic. Ils ont été suivis rapidement par les travailleurs, les retraités et les chômeurs, obligeant les autorités à fermer le réseau. Face à la colère, le gouvernement a mobilisé l’armée : un rappel des sombres heures de la dictature chilienne, qui a provoqué l’indignation, mais a aussi encouragé la population à continuer la lutte.

Des inégalités et un mépris de classe qui battent des records

L’augmentation du ticket de métro de 30 pesos, c’était l’augmentation de trop. Elle aurait comprimé un peu plus le budget, déjà serré, de la majorité de ses trois millions d’usagers. La moitié des travailleurs ne gagne même pas l’équivalent de 500 euros par mois, dans un pays où le coût de la vie est proche de celui de Paris. De leur côté, cinq familles détiennent 25 % des richesses du pays et les inégalités ont explosé en 30 ans, avec une accumulation indécente de grandes fortunes. Le pays est riche en matières premières et est le premier exportateur agricole de l’hémisphère Sud, mais une partie de plus en plus nombreuse de la population ne mange pas à sa faim.

Président détesté, Sebastián Piñera fait partie de cette poignée de milliardaires qui étouffent la population. Au début du mouvement, il affichait son mépris pour les manifestants : « Nous sommes en guerre, contre un ennemi […] qui ne respecte rien ni personne ». Dans un message privé révélé par la presse, sa femme comparait même la mobilisation sociale à « une invasion extraterrestre ». C’est plutôt cette bourgeoisie riche à milliards qui vit sur une autre planète, à des années-lumière des préoccupations des classes populaires.

La bourgeoisie chilienne accentue une guerre de classe contre la population, elle qui a décrété l’état d’urgence dès le 18 octobre et déployé l’armée dans la capitale, où les soldats tirent sur les manifestants. Le bilan des arrestations, des blessés et des morts – 20 à ce jour – ne cesse de s’alourdir.

La peur change de camp

La brutalité du régime n’a pas suffi à stopper la mobilisation, bien au contraire. Le président a donc dû changer d’attitude, faisant mine de devenir conciliant et demandant « pardon ». Le 23 octobre, il a annoncé quelques mesurettes, dont l’annulation de l’augmentation du ticket de métro, mais aussi une petite augmentation des pensions de retraite les plus basses et un gel des tarifs de l’électricité, entre autres. Trop peu, trop tard : les 24 et 25 octobre, des milliers de travailleurs étaient en grève contre l’état d’urgence et, vendredi, les manifestants scandaient « ce ne sont pas 30 pesos, ce sont 30 ans », s’opposant aux 30 années de politiques anti-ouvrière qui ont continué après la fin du régime militaire de Pinochet. Ce ne sont pas plus le remaniement gouvernemental et la fin de l’état d’urgence, annoncés ce week-end, qui suffiront à calmer la colère.

Reste à s’organiser pour « dégager le système »

La révolte qui a éclaté au Chili n’est pas isolée. Après le Soudan, l’Algérie, Hongkong et l’Équateur, des protestations se développent au Liban et en Irak, où des centaines de milliers d’opprimés, las du chômage et des salaires de misère, osent braver la répression.

Pour que cette nouvelle vague de colères débouche sur un changement réel, c’est tout le système qu’il faudra dégager. S’organiser devient déjà une nécessité pour la population, en premier lieu pour réquisitionner les denrées alimentaires dans les supermarchés. L’organisation des travailleurs est seule à même de contester le pouvoir à cette classe dominante toujours plus rapace et violente. Lui retirer la direction de la société pour la rendre à ceux qui travaillent, c’est l’unique solution pour enfin vivre et non survivre.

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article