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Contre l’oppression des personnes LGBTI+, s’émanciper de cette société !

11 juin 2022 Article Politique

(Photo : marche des fiertés à São Paulo en 2014, Ben Tavener, wikipedia)

Début juin a officiellement commencé le mois des fiertés (Pride Month), durant lequel marches et événements sont organisés avec, pour point culminant en France, la Pride (marche des fiertés) parisienne du 25 juin. Marche qui rassemble encore aujourd’hui des centaines de milliers de manifestants et manifestantes, pas seulement pour l’ambiance festive, mais pour revendiquer des droits pour les personnes LGBT+.

Les marches des fiertés, initiées en 1970 pour commémorer les émeutes de Stonewall et la lutte des personnes LGBT+ pour leurs droits, sont aujourd’hui devenues un enjeu pour de nombreuses entreprises, qui cherchent à se constituer un marché arc-en-ciel très juteux tout en se parant d’une aura de « tolérance ». Il en va de même pour les institutions ou partis politiques qui, en s’affichant avec l’étiquette LGBTI-friendly, tentent de faire oublier leur inaction face à toutes les discriminations, particulièrement lorsqu’ils sont au pouvoir. Sous ses allures prétendument « modernes », l’hypocrisie est restée la règle du gouvernement Macron, dans lequel on retrouve, outre des pro-manif pour tous, des Darmanin et autres ministres accusés de violences envers les femmes.

Les discours politiques ne s’adaptent que lorsque ça les arrange. Le plus souvent les combats des LGBT+ sont uniquement discutés sous le prisme de la représentation ou de la visibilité, et sont donc systématiquement déconnectés des conditions matérielles des personnes LGBT+.

L’élan des idées d’extrême droite

Car si les drapeaux LGBT+ sont partout de sortie, tout n’est pas rose au pays des arcs-en-ciel : précarité, insultes, discriminations, violences, agressions à l’école, au travail, dans les espaces publics sont toujours d’actualité en France. En 2021, les crimes et délits à l’encontre des personnes LGBT+ ont augmenté de 28 % par rapport à 2020, année qui avait elle-même touché très durement les personnes LGBT+ en raison de la pandémie et des confinements.

D’ailleurs, dans de nombreux pays, les Prides sont interdites et durement réprimées. Les droits des personnes LGBT+ reculent en même temps que les discours de haine de tout bord – sur les femmes, les migrants, les minorités, etc. – eux, s’intensifient. Là où les consciences et les droits avaient progressé, la situation stagne voire régresse, en particulier pour les personnes trans. En 2021 les meurtres de personnes trans dans le monde ont augmenté de 7 %. Au moins 375 ont été tuées – en grande majorité des femmes. L’homosexualité reste criminalisée dans 68 pays, dans 9 d’entre eux, comme au Yémen ou en Arabie saoudite, les relations homosexuelles sont passibles de la peine de mort. La montée de l’extrême droite en France comme ailleurs dans le monde et l’arrivée au pouvoir de gouvernements réactionnaires ont de quoi inquiéter.

L’Union européenne, se prétendant espace de libertés, n’est pas en reste quand il s’agit de discriminations. Ainsi on a pu voir la Hongrie promulguer une loi homophobe amalgamant homosexualité et pédocriminalité. Toujours sur le continent européen, la Tchétchénie a déclaré une chasse mortelle aux homosexuels au motif de purger le sang des Tchétchènes.

En Angleterre, la banque Barclays, sponsor de longue date de la marche des fiertés, détient 4 % de BAE Systems, une entreprise d’armement et d’aéronautique qui, à partir de 2016, a vendu des armes à pas moins de treize pays tels que l’Algérie, le Maroc, le Pakistan, le Qatar ou le Koweit, connus pour leurs violations des droits humains, et qui sont des régimes notoirement homophobes et transphobes… pas de quoi être fier.

En 2014, c’est la BNP Paribas qui est sacrée entreprise la plus « gay-friendly » du monde. La même année, elle fait face à une plainte pour « complicité de crimes contre l’humanité » au Soudan. En 2021, elle s’engage à nouveau auprès des personnes LGBT en proposant une « carte LGBT+ friendly » permettant aux personnes trans d’y inscrire leur nom. De quoi se réjouir quand on sait les difficultés pour les personnes trans à pouvoir inscrire leur nom sur leurs papiers administratifs ou leur état civil. Sauf que la BNP ne fait que surfer sur cette revendication des personnes trans pour élargir ses bénéfices et se racheter une image. En réalité, question tolérance et inclusivité, la banque est loin du compte : une note interne de l’entreprise dévoilée en décembre 2021 dans Le Monde, expliquait que la banque allait répartir, pour l’année 2022 à Aubervilliers ses clients entre deux agences : l’une pour les clients « peu autonomes », soit les pauvres et l’autre pour ceux « à potentiel », soit les plus riches… La ségrégation, ça les connait !

Aux États-Unis, l’arrivée d’une Barbie transgenre, à l’image de l’actrice américaine Laverne Cox, fleure bon le «  pinkwashing », mais ne saurait faire oublier les nombreuses discriminations légales et persécutions dont sont victimes les personnes LGBT. En 2017, après l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, les agressions et meurtres contre la communauté LGBT ont augmenté de 86 % – un meurtre par semaine. Depuis le 1er janvier 2022, sous le passage à l’administration de Joe Biden, pas moins de 238 projets de loi anti-LGBT ont été déposés aux États-Unis, ciblant principalement les personnes trans, un chiffre qui lui aussi ne cesse d’augmenter. Le 1er juin 2022, la Chambre des représentants de l’Ohio a adopté un texte de loi transphobe permettant d’imposer un contrôle des organes génitaux par un médecin aux petites filles voulant participer à des compétitions sportives féminines. Exposant donc des jeunes filles au risque de subir des violences, des viols institutionnels, parce que dénoncées comme pas assez « féminines ».

Se battre pour nos droits et pour s’émanciper de cette société !

Sous couvert de protection des mineurs, en mars 2022 la Floride vote une loi conservatrice interdisant aux instituteurs d’« encourager une conversation dans une classe à propos de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre ». Le projet, renommé « Don’t Say Gay » par les associations militantes, est devenu le slogan de plusieurs protestations contre cette loi dans les établissements scolaires.

L’arrivée du réactionnaire Trump au pouvoir avait été accueillie par des manifestations massives de femmes. En Amérique du Sud, les femmes étaient aussi massivement sorties contre les violences et crimes de genre. Encore aujourd’hui en Pologne, mais aussi aux États-Unis, elles doivent se battre pour protéger elles aussi leurs droits : comme dans l’Oklahoma où des milliers de personnes ont manifesté spontanément pour protester contre la promulgation d’une loi interdisant tout avortement dès la fécondation.

Les idées réactionnaires de tous bords sont une menace pour tous et toutes. Au-delà des manifestations, c’est par la lutte que nous protègerons nos droits et pourrons obtenir une véritable égalité – dans la loi et dans les faits. C’est parce que le système capitaliste est précisément basé sur l’exploitation d’une minorité sur la majorité qu’il a besoin de perpétuer toutes les formes d’oppression et de discrimination – comme celles contre les « minorités ». La vraie minorité ce sont les capitalistes ! Tous les opprimés, quels que soient leur genre ou leur orientation sexuelle, ont le même intérêt à la fin de ce système mortifère, l’urgence n’est pas à le rafistoler. L’urgence c’est la révolution, pour un monde sans exploitation ni oppression !

Nora Debs

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