Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 94, juin-juillet-août 2014 > DOSSIER : Élections européennes, pas de surprise pour ceux qui ont fait le (...)

Combattre le Front national, mais comment ?

À peine deux ou trois jours après les élections européennes, sous l’impulsion des organisations du Front de gauche et même du Parti socialiste, des manifestations de jeunes lycéens ou étudiants ont pris place dans un certain nombre de grandes villes. D’autres se préparent au moment où nous écrivons. La CGT et la FSU envisageraient même une journée de grèves et de manifestations pour le 25 juin.

Certes, que des jeunes ou moins jeunes d’ailleurs, choqués ou ulcérés devant les succès de l’extrême droite aient envie d’affirmer et de manifester leur opposition ne peut que réjouir. Pourtant nous ne pourrons pas combattre le FN n’importe comment et sans distinguer clairement les pièges qui sont tendus par d’autres, tout autant ennemis des jeunes et des travailleurs.

Quand le PS tente de se faire bien voir chez les jeunes

La précipitation du PS et du FdG à pousser quelques jeunes dans la rue avait peut-être différentes causes, comme la volonté réelle de réagir de la part de certains dans leurs propres organisations de jeunesse, lycéennes ou étudiantes. Mais fondamentalement, il s’agissait d’une manœuvre pour tenter de masquer, et d’abord aux yeux de leurs propres jeunesses, les énormes responsabilités de la gauche et de sa politique anti-ouvrière et antipopulaire dans le succès de Marine Le Pen.

Certes, personne (et sans doute pas les dirigeants du PS eux-mêmes, qui connaissent leur profond discrédit) ne semble avoir l’illusion que 2014 va répéter le scénario de 2002, quand, à la suite de la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle aux dépens du candidat du PS, Lionel Jospin, l’indignation avait été sincère dans la jeunesse comme parmi le « peuple de gauche », et avait précipité dans la rue des centaines de milliers de manifestants. Mais alors déjà la gauche, et malheureusement une partie de l’extrême gauche à sa suite, avait détourné cette indignation en faveur du candidat de la droite, Jacques Chirac.

Pourtant deux précautions valent mieux qu’une. Et même si dans la jeunesse le milieu dit « anti-fa » reste restreint, la gauche préfère l’attacher à son char plutôt que de laisser ces mêmes jeunes découvrir que cette gauche est tout autant à combattre que le FN. Alors, allons-y ! Puisque le FN c’est le « fascisme », on agite l’épouvantail. Puisque la lutte contre le fascisme c’est traditionnellement (ah, comme la gauche sait se souvenir des grandes traditions quand cela l’arrange) dans la rue, on organise des manifestations.

Qu’importe qu’aujourd’hui le problème de la lutte contre l’extrême droite ne soit pas de s’opposer à des bandes faisant régner la terreur dans la rue, les entreprises ou les universités (ça pourrait venir, mais alors nous attendons ce que fera la gauche avec intérêt !). Mais plutôt que la gauche, après la droite, a tellement désespéré les couches populaires que certains regardent vers le FN, et que la plupart haussent les épaules quand on leur parle politique.

Aujourd’hui, c’est quoi, lutter contre l’extrême droite ?

Aujourd’hui, lutter contre l’extrême droite c’est être, y compris quand ils manifestent, avec ceux qui sont sincèrement indignés par tout le fatras politique que le FN trimballe et tente de mettre dans la tête des gens ; mais c’est aussi et avant tout combattre les préjugés et illusions, y compris envers la gauche, tout autant démagogique et anti-ouvrière que la droite et l’extrême droite. Aujourd’hui, lutter contre l’extrême droite ce n’est pas tenter de s’opposer à la tenue des réunions du FN (ce qui, dans la situation actuelle, a déjà largement prouvé son caractère dérisoire et son inefficacité) mais réimplanter les idées lutte de classe, défendre la nécessité de lutter contre tous ceux qui veulent étouffer cette lutte de classe et les dénoncer, FN compris évidemment, et surtout aider à cette lutte de classe quand elle éclate. Par ses conséquences politiques, au lendemain même des élections, le coup de colère des ouvriers nantais de la Seita a plus d’importance que les manifs anti-FN organisées par la gauche... qui a envoyé ses flics pour déloger les salariés d’Imperial Tobacco.

Voilà ce dont il nous faut convaincre les antifascistes sincères, y compris sans doute une partie des camarades du NPA, un peu trop prompts à se précipiter derrière la gauche, sous un prétexte ou un autre, comme aujourd’hui la prétendue lutte antifasciste.

J. M.

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article