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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 112, mars-avril 2017 > Présidentielle 2017 : Philippe Poutou, candidat ouvrier

« Clauses Molière » : le franc-parler des hypocrites

La région Île-de-France a adopté, jeudi 9 mars, un « Small Business Act » (sic !) destiné à « favoriser l’accès des TPE-PME à la commande publique », qu’elle a conditionné à une clause dite « Molière » imposant l’usage du français sur les chantiers… Une telle clause a déjà été adoptée par plusieurs conseils régionaux depuis 2016 (dont le Centre-Val de Loire, présidé par le PS !), rendant obligatoire, à défaut d’ouvriers parlant français, la présence d’un interprète aux frais de l’employeur.

« Molière est de retour pour défendre l’emploi local »…

… Peut-on lire sur la page Facebook du collectif d’élus locaux (républicains et socialistes), dont certains avaient proposé, en vain, d’intégrer cette clause à la loi Travail. Malgré leur échec, ils ne désarment pas. Le bien-fondé de cette mesure très bleu marine, proposée d’ailleurs par Marion Maréchal-Le Pen en PACA ? « Bien loin des caricatures dans lesquelles certains voudraient nous enfermer, c’est une condition sine qua non pour la sécurité des travailleurs sur les chantiers », assure la présidente de la région, Valérie Pécresse (LR), soutien de François Fillon. Comme si la cause des accidents sur les chantiers, qui provoquent un décès tous les deux jours en France, était le niveau de français des ouvriers et non le fait que les patrons n’appliquent pas, bien souvent, les mesures de sécurité. D’autant que la clause francilienne concerne, outre les chantiers publics, les transports, la formation professionnelle et même les activités de conseil.

Un dispositif qui pave la route de la préférence nationale ? Non ! « C’est de la préférence locale » se défend Eric Straumann, président LR du Haut-Rhin, qui a adopté une clause semblable en juin dernier pour les chantiers publics de son département. Il ajoute : « Ce serait anormal que nos impôts ne permettent pas de payer des salaires à des gens au chômage qui parlent le français ». Une façon de désigner le travailleur étranger comme le responsable de tous les maux. Et pourquoi pas aussi ceux du Bas Rhin ou de la Moselle, lui qui va jusqu’à la « préférence locale ».

Comme lorsque droite et gauche font mine de dénoncer le dumping social de la directive Bolkestein sur le « détachement » (cf. Convergences révolutionnaires n°110 de janvier 2017), ces élus ne défendent subitement « l’emploi local » que pour brosser dans le sens du poil les petits patrons qui se plaignent de la concurrence que leur font les entreprises de travailleurs détachés. Et surtout pour propager l’idée que ce sont ces travailleurs qui sont responsables du chômage.

« Brigade de contrôle » de la bonne pratique du français

Et pour en rajouter dans le même sens, malgré un recours du préfet de région, le président d’Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez (LR) est allé jusqu’à introduire le 13 mars une « brigade de contrôle » chargée de veiller au respect de la « clause Molière », composée de cinq agents à temps plein et chargée de vérifier les cartes professionnelles des travailleurs du BTP et la bonne pratique du français. Une « police de la langue », gadget de plus pour se donner des airs de combat contre le chômage… alors qu’il combat les chômeurs et les travailleurs !

Des brigades de contrôle, il en faudrait plutôt contre les majors du BTP qui surexploitent librement, à mesure qu’on réduit les moyens de l’inspection du travail et le montant des condamnations, sous les gouvernements de droite comme de gauche. Exemple : Bouygues, pour le chantier de l’EPR de Flamanville, n’a été condamné qu’à 29 950 euros d’amende pour avoir exploité – en dessous du SMIC et sans droit à congés, ni chômage – 500 Polonais et Roumains, entre 2008 et 2011. À 50 euros de la barre de pénalité, fixée à 30 000, qui interdirait à ce poids lourd du BTP de concourir aux marchés publics ! Et EDF, le maître d’œuvre du chantier, n’a même pas été poursuivi…

Les postures indignées de Hamon, El Khomri et compagnie dans l’affaire des « clauses Molière » ne trompent donc personne, eux qui ont largement contribué encore dernièrement avec la loi Travail à la démolition des droits de tous les salariés, détachés ou pas.

26 mars 2017, Joan ARNAUD

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