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Cap sur 2022 : De Gaulle à toutes les sauces

19 mai 2020 Article Politique

À la sauce bleue

Ce dimanche 17 mai, Emmanuel Macron s’est rendu dans l’Aisne, dans la Ville-aux-Bois-lès-Dizy (à plus de 100 kilomètres de l’Élysée, privilège présidentiel !) pour saluer la mémoire du général de Gaulle. Quelle idée d’aller raviver la flamme patriotique sur la place d’un village inconnu ? Avec pour seul prétexte une bataille oubliée des tout débuts de la guerre de 40 où le colonel de Gaulle (il n’était pas encore général deux étoiles) aurait commandé des troupes avant la débâcle générale de l’armée française. Mais par ces temps de guerre contre le coronavirus et de débâcle de la cote de popularité du président, mieux valait ne pas attendre le 18 juin pour évoquer, à son profit, les mânes de général de Gaulle, dont tout le monde politicien français veut s’approprier l’héritage.

Car la concurrence est sévère sur ce terrain. En premier lieu celle des Républicains, les héritiers en ligne directe du parti de droite fondé lors du retour de De Gaulle au pouvoir en 1958. Il faut bien que Macron trouve quelques moyens de draguer, en vue de la présidentielle de 2022, parmi l’électorat de ces Républicains, alors que son propre parti, celui des Républicains en Marche, est aujourd’hui en marche arrière avec la défection d’un certain nombre de ses députés ?

À la sauce rose

Mais la gauche française elle-même est sur les rangs, et sur le même thème de l’union nationale, avec les mythes qu’elle cultive sur le programme du Conseil national de la résistance (CNR) et sur les miracles sociaux du gouvernement d’union nationale qui l’a suivi (de juin 1944 à octobre 1946) réunissant, sous la houlette du général de Gaulle, tous les partis, de la droite jusqu’au PCF dont le dirigeant de l’époque, Maurice Thorez, clamait « la grève est l’arme des trusts ». Car il fallait se sacrifier, disaient-ils, pour reconstruire l’économie française ravagée par la guerre.

Vite oublié, donc, le massacre de Sétif et les bombardements de villages algériens à la suite des manifestations pour l’indépendance du 8 mai 1945, ou l’union sacrée contre les grèves de 1946-47. Vite oublié également, le souvenir du premier parti gaulliste, le RPF ( Rassemblement du peuple français), créé en 1947, dont les hommes de mains occupaient en force, un dimanche matin, le centre d’Ivry pour y faire la chasse aux vendeurs de l’Humanité. L’Humanité ne se souvient que du bon temps de l’union nationale et vient de publier, le 13 mai dernier (en même temps que Politis ou Mediapart) l’appel à la constitution d’un Conseil national de la nouvelle résistance (CNNR) pour redresser la France des méfaits conjugués du Covid et de l’ultra-libéralisme, appel lancé par diverses personnalités réputées de gauche : un cinéaste connu, Gérard Mordillat, un économiste atterré, Jean-Marie Harribey, et quelques autres qui ont embarqué avec eux une infirmière du collectif inter-urgences, Anne-Claire Rafflegeau.

Plat réchauffé

Même avec un N de plus, du CNR au CNNR, la recette est éculée. Il suffit de lire la présentation que donne de cette initiative le président d’honneur du dit CNNR, un dénommé Claude Alphandéry, ancien résistant qui fut au PCF avant de rejoindre le PS. Sous le titre « Pour résister à la pandémie comme au temps des maquis », il donne en modèles les grands héros du relèvement de la France qui « s’est poursuivi pendant les Trente glorieuses ; de grands artisans d’un New Deal économique tels que François Bloch-Lainé, Paul Delouvrier, Pierre Laroque, Simon Nora ont fait leurs armes dans les maquis ».

François Bloch-Lainé, ancien directeur de la Caisse des dépôts et consignation, puis de la Banque européenne d’investissement, avant d’être de 1967 à 1974 président du Crédit lyonnais. Paul Delouvrier, délégué général du gouvernement en Algérie de fin 1958 à fin 1960, pendant la guerre coloniale. Pierre Laroque, un temps ministre du maréchal Pétain avant de rejoindre de Gaulle, puis d’être, il est vrai, l’un des hauts fonctionnaires chargés de la mise en place de la Sécurité sociale. Simon Nora, le seul « homme de gauche », si on ose dire, puisque jadis proche du Radical Pierre Mendès-France, avant de devenir chef de cabinet du premier ministre gaulliste Jacques Chaban-Delmas et devenir directeur général du groupe Hachette.

Que d’illustres références !

Olivier Belin

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