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Archives > Éditos L’Étincelle > 2003 > mai > 5

C’est le moment d’offrir à Raffarin son hiver 95 !

250 000 personnes dans la rue le 1° mai, c’est deux fois plus que d’habitude. Avec des mots d’ordre résumés par cette banderole toulousaine : « Continuer à travailler au pays… mais pas trop longtemps !  » Parce qu’en effet, non seulement l’emploi, mais aussi le droit à la retraite sont en ce moment sous les tirs croisés du patronat et du gouvernement.

Lors de son passage à « 100 minutes pour convaincre », le ministre des attaques sociales Fillon est sorti du bois. Et sa déclaration de guerre sur les retraites vise tous les travailleurs. Jusqu’ici, la principale ficelle sur laquelle a tiré la bande de Raffarin pour sa réforme, c’est la division entre public et privé : l’allongement de la durée de cotisation des fonctionnaires de 37,5 à 40 annuités ne viserait selon eux qu’à « rétablir l’équité ». Mais Fillon vient de préciser que la potion ne serait pas moins amère pour le privé. Le passage aux 40 ans d’ici 2008 dans le public ne serait ainsi qu’un prélude à une augmentation continue, pour tous, jusqu’à 41 ans en 2012, 42 ans en 2020… Pas de date fixée pour la perpétuité, malgré les impatiences du Medef ; en revanche, le gouvernement veut « inciter » à travailler jusqu’à 65 ans.

Il ne se contente pas d’attaquer sur la durée de cotisation. Le niveau des pensions est directement visé. Fillon a dit qu’il garantirait une retraite « en moyenne égale aux deux tiers du revenu de référence ». Cela représenterait déjà une sérieuse baisse par rapport à aujourd’hui, où la moyenne est de 78 % des derniers revenus. Mais la perte risque d’être bien plus importante, parce que de moins en moins de retraités auront le compte légal de cotisations. D’après les calculs de la CGT, entre 1993 et 2020 les pensions risquent de baisser de 20 % en moyenne pour les fonctionnaires, et 30 % pour ceux du privé ! Ainsi, un salarié du privé gagnant 1400 euros net par mois, prenant sa retraite à 60 ans avec 40 annuités, touche 1148 euros aujourd’hui ; mais si Fillon l’emporte, un travailleur partant dans les mêmes conditions en 2020 n’aura que 743 euros, soit 405 euros de moins !

A ceux qui ne voudraient pas finir sous les ponts, Fillon propose bien sûr de souscrire à des compléments par capitalisation. Quant à ceux qui n’auront pas les moyens de rogner encore sur leurs salaires pour enrichir ces fonds privés, ne leur restera-t-il comme solution que de traîner leur retraite de petit boulot en petit boulot ?

Le gouvernement a encore d’autres projets dans ses cartons. Sur la Sécu, par exemple : 617 médicaments courants vont immédiatement voir leur taux de remboursement passer de 65 % à 35 %, et ce n’est qu’un avant-goût du démantèlement du système de soins dans le cadre d’une réforme de la Sécurité sociale annoncée pour l’automne.

Et pendant que les patrons du privé enchaînent les plans de licenciement, l’Etat les imite, entre autres chez Giat, tout en annonçant qu’un fonctionnaire sur deux pourrait ne plus être remplacé dès l’an prochain. Des centaines de milliers de chômeurs en plus ? Raffarin peut faire semblant de s’indigner des « patrons voyous » : lui, il fait plutôt dans le grand banditisme !

En vingt ans, la part des salaires dans les richesses créées est passée de 69 % à 59 %. Maintenant, le gouvernement veut diminuer les retraites d’un quart. Il faut absolument repousser ces agressions tous azimuts. Et pour commencer, ne pas tomber dans le piège des négociations bidons. Ce qu’il nous faut, c’est le retour aux 37,5 annuités maximum pour tous sans baisse des pensions ; le droit aux soins pour tous ; l’interdiction des licenciements.

Pour rassurer son électorat et lui-même, Raffarin répète depuis des mois sa « détermination » à mettre en oeuvre ses réformes, en réalité parce qu’il nous craint. Montrons-lui qu’il a de bonnes raisons. Les personnels en lutte de l’éducation ouvrent la voie : ils sont en grève et manifestent le 6 mai dans tout le pays, une grève qui pourrait devenir reconductible. Puis le 13 mai, toutes les confédérations syndicales appellent à une journée d’action interprofessionnelle, secteur privé et public réunis. Nous devons répondre nombreux à cet appel et au-delà, nous préparer dès maintenant à construire le mouvement d’ensemble en mesure de faire remballer à Raffarin, Fillon et consorts tous leurs sales coups.

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