Avec la jeunesse, contre le CPE et la précarité !
13 février 2006 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Ils n’étaient même pas 40 députés dans l’hémicycle, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, pour voter le Contrat première embauche de Villepin. Le débat parlementaire était, parait-il, épuisé. Les débatteurs surtout ! Et le gouvernement peut continuer à presser le pas pour faire adopter l’ensemble de sa loi dite de « l’égalité des chances », dont ce CPE ou précarisation générale jusqu’à 26 ans est un volet, mais qui comprend aussi l’apprentissage à 14 ans et l’autorisation du travail de nuit pour les apprentis de 15 ans. Quitte à court-circuiter le parlement en recourant à l’article 49-3.
La veille mardi, lycéens et étudiants, au coude à coude avec des travailleurs, avaient manifesté dans de nombreuses villes contre l’instauration de ce nouveau contrat précaire. Des centaines de milliers de manifestants pour l’ensemble du pays, à l’appel des organisations syndicales et de jeunesse.
Le gouvernement avait tablé sur la période des vacances scolaires pour atténuer les réactions ? C’est raté !
Partout, même dans les régions où lycéens et étudiants étaient déjà en vacances comme en région parisienne, les cortèges ont été dynamiques, et particulièrement massifs ailleurs, à Toulouse, Lyon, Nantes, Rennes... jeunesse en tête. Et dès le jeudi, à l’initiative de leurs propres structures ou assemblées générales, lycéens et étudiants ont manifesté à nouveau dans diverses villes, tout particulièrement à plus de 5 000 à Rennes...
Ce n’est qu’un début. D’autres manifestations sont prévues cette semaine, mardi 14 et jeudi 16 février. D’autres encore devraient prendre le relais la semaine suivante.
A l’échelle nationale, les directions syndicales ont annoncé une nouvelle manifestation pour le retrait du CPE le mardi 7 mars, semaine où les vacances scolaires seront terminées partout et où la mobilisation pourra battre son plein. A nous tous, travailleurs, de poursuivre la protestation, d’organiser des discussions et rassemblements, pour que la protestation éclate au plus fort, dans trois semaines ou pourquoi pas avant, jeunesse scolarisée et travailleurs ensemble dans la rue.
Car imposer le retrait du CPE, ainsi que du CNE, ce précédent contrat précaire de Villepin, nous concerne tous. Ce n’est pas du seul emploi des jeunes qu’il s’agit. C’est de la précarisation générale, de la liberté totale pour les patrons de licencier comme bon leur semble.
Le CNE, première scélératesse de l’été dernier, concernait les travailleurs de tous âges mais dans les seules entreprises de moins de 20 salariés : licenciables sans la moindre justification pendant une durée de 2 ans ! Maintenant, avec le CPE, sont visés les moins de 26 ans, mais dans toutes les entreprises, même les plus grandes. Et le gouvernement annonce qu’il a dans ses cartons la prochaine étape : le Contrat unique qui, sous prétexte de fusionner CDD et CDI, ne garderait que les contrats précaires. Quant à la patronne des patrons, Laurence Parisot, elle somme effectivement Villepin d’en venir là au plus vite, sous prétexte qu’il ne faudrait pas « traiter les jeunes comme une catégorie à part ». Tous précaires donc, au nom d’une loi de « l’égalité des malchances », en quelque sorte !
Patrons et gouvernement ont leur plan d’attaque contre les droits des travailleurs. Mais nous, pouvons et devons avoir le nôtre contre eux, et le dernier mot !
Balladur, en 1994, avait dû annuler, tout juste après l’avoir instauré, son CIP, un contrat précaire et sous-payé surnommé « smic-jeune » par les manifestants. Chirac vient de faire passer à la trappe l’article de loi sur les prétendus bienfaits de la colonisation, qui soulevait trop de protestations. Bien des lois sont passées à la poubelle, et leurs auteurs à celle de l’histoire, quand la mobilisation populaire l’a voulu !
La mobilisation de la jeunesse et des travailleurs, dans les semaines qui viennent, peut et doit faire ravaler à Villepin son projet, l’obliger à défaire sa loi, plus vite encore qu’il ne l’a faite adopter !
Tous ensemble, c’est dans nos cordes, ouais !

