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Accueil > Éditos de bulletins > 1998 > décembre > 28

A quand le changement ?

Au bout d’un an et demi, le bilan du gouvernement Jospin n’a même pas le charme des demi-teintes.

Ce n’est d’ailleurs pas une surprise. Il avait pris soin dès le début de donner le ton en acceptant sans rechigner les licenciements de Vilvoorde et en refusant d’augmenter le SMIC davantage que ne l’avait fait avant lui Chirac. En septembre, il reprenait à son compte le plan de réforme de la sécurité sociale concocté par Juppé, sans rien y changer.

On savait donc à quoi s’en tenir. L’année 1998 n’a été que la confirmation de la véritable nature de ce gouvernement : anti-ouvrier et fidèle défenseur des intérêts du patronat, tout autant que ses prédécesseurs.

Les partis de la gauche plurielle, ainsi que les différentes confédérations syndicales, n’ont pourtant pas ménagé leur peine pour faire croire que le temps du changement était venu. Pensez donc : ce gouvernement était le seul en Europe à oser diminuer le temps de travail pour créer des emplois. Depuis on a vu ce qu’il en était : selon le dernier bilan officiel, près d’un millier d’accords ont été signés au niveau des entreprises. Grâce à quoi, il a été possible de créer, ou de « sauver », pas loin de… 8000 emplois ! A ce rythme là, il faudra plus de trois siècles et demi pour donner un emploi aux 3 millions de chômeurs officiellement recensés.

Bien des travailleurs, et parmi eux des militants syndicaux et politiques, et notamment à la CGT et au Parti Communiste, se demandent s’il ne vaudrait pas mieux que Jospin passe la vitesse supérieure. Mais pour prendre quelle direction au juste ? Car la même loi a aussi donné un formidable coup d’accélérateur à tout ce qui pouvait permettre au patronat de flexibiliser et d’annualiser le temps de travail ! Non pas parce que les patrons l’auraient « détournée » comme certains voudraient encore nous le faire croire, mais parce qu’ils l’ont bien lue, tout simplement.

Jospin n’a pas fait du sur-place, bien au contraire. Pour fermer les lits d’hôpitaux, augmenter les subventions au patronat tout en mettant à la portion congrue les services publics, ou encore privatiser (davantage que n’importe quel gouvernement de droite depuis Chirac en 1986), il a mis le turbo dans le sens d’une politique clairement de droite.

Pas étonnant donc si le chômage ne diminue pas, si la précarité augmente. Ce n’est pas une « accélération » qu’il faudrait, mais un changement complet de politique. Il y en a assez de ces subventions au patronat, de ces dégrèvements fiscaux pour les riches, de toutes ces mesures destinées à baisser encore le coût du travail et qui ne créent aucun emploi ! C’est tout le contraire qu’il faudrait faire : prendre l’agent là où il est, dans la poche des riches, et contraindre les patrons à embaucher. Interdire les licenciements, et donner l’exemple dans les services publics où les manques d’effectifs sont criants.

Cette politique là, aucun des partis liés au gouvernement ne veut la défendre. Ni les Verts qui par la voix de Cohn-Bendit trouvent le moyen d’en rajouter sur la flexibilité. Ni même le Parti Communiste qui propose certes de taxer les revenus financiers, mais pour mieux « réduire les charges patronales, sous un seuil porté à 3 ou 4 fois le SMIC », déclaration faite par Jean-Claude Gayssot dans l’Humanité du 22 décembre.

Du coup, l’indépendance proclamée des organisations syndicales en a pris un rude coup. Même la CGT est invitée à se « recentrer ». En clair à s’aligner davantage sur le gouvernement et à faire des propositions susceptibles d’intéresser les patrons !

Et pourtant rien ne se passe tout à fait comme le souhaiteraient le gouvernement et les patrons. Dans le secteur privé, comme à la SNCF, dans les lycées ou les ANPE, les réactions n’ont pas manqué. Avec la même revendication : l’emploi. Bien des travailleurs, des militants, n’ont pas envie de se laissé « recentrer », « aligner » ou « encadrer ».

Ensemble, cela représenterait une force non négligeable. En faisant converger nos efforts, c’est bien un rapport de force que nous pourrions commencer à construire avec l’espoir de faire enfin bouger les choses !

Alors vive 1999, année des luttes ?

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