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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 103, janvier-février 2016

À La Poste : La guerre d’usure du sous-effectif

11 février 2016 Convergences Entreprises

Que La Poste impose des restructurations permanentes dans ses services, guichets, distribution, centres de tri, ce n’est pas un scoop. 100 000 emplois ont été supprimés en quinze ans. Même dans le secteur numérique, concentré dans la filiale Docapost et censé représenter l’avenir, les salariés subissent des fermetures de site et des mutations permanentes. Mais cela ne suffit pas : la précarité sous toutes ses formes (dont La Poste a toujours usé et abusé : déjà la grève générale des postiers en 1974 avait imposé la titularisation de 6 000 auxiliaires) et l’organisation d’un sous-effectif permanent sont le fin du fin du fonctionnement actuel. La nouvelle méthode consiste à vider les services, ni vu ni connu, avant même les restructurations officielles. Une véritable guerre d’usure que la direction inflige aux postiers et qui n’a de limite que lorsque ceux-ci se mobilisent.

À Paris, des guichets sont vidés de leur personnel, notamment dans les quartiers populaires comme le secteur de Belleville. Dans les centres de distribution du courrier, des tournées sont laissées sans facteur, les lettres sortent plus tard, soit en heures supplémentaires, soit le lendemain… ou le surlendemain ! Ce fonctionnement a deux objectifs principaux : éloigner la « clientèle » qui ne rapporte pas assez d’argent et rendre toutes les opérations plus rentables ; mais aussi forcer les postiers à en faire toujours plus, à assurer le service, en plus du leur, sur des postes laissés vacants. Parfois c’est au moyen des heures supplémentaires, qui compensent des salaires de misère. Mais bien souvent, c’est aussi en dépassant les heures de service sans aucun paiement.

Pourtant La Poste n’avait jamais fait un aussi gros chiffre d’affaires qu’en 2014 – 22,163 milliards d’euros – et s’apprête à annoncer un chiffre similaire pour 2015. En trois ans, elle a reçu de l’État 990 millions d’euros au titre du crédit d’impôt CICE, officiellement pour embaucher… mais elle a supprimé plus de 7 000 postes de travail rien qu’en 2014. Avec la bénédiction du gouvernement et du ministre de tutelle de La Poste (précédemment Arnaud Montebourg, aujourd’hui Emmanuel Macron).

Certes, La Poste embauche nombre de jeunes en contrat d’apprentissage, contrat pro, BTS en alternance, contrats « d’Avenir », tous des contrats aidés pour lesquels elle débourse un minimum. Mais la contrepartie de l’embauche en CDI à la fin du contrat – alors que ces collègues ont fait les bouche-trous pendant un an ou deux – se fait de plus en plus rare. La Poste les licencie et leur propose d’aller s’embaucher en intérim… pour revenir travailler à La Poste.

Les mobilisations et grèves qui éclatent régulièrement dans les services sont la seule réponse face à ces attaques, à condition qu’elles fassent tache d’huile, et pas qu’à La Poste !

30 janvier 2016, Anne HANSEN


Le centre de distribution postale de Paris 11e au lendemain des attentats du 13 novembre

La distribution postale du 11e arrondissement était au centre de la tourmente au lendemain des attentats de novembre. Le samedi 14 au matin, les facteurs avaient toutes les raisons de craindre la sortie en tournée et l’ont fait savoir à la direction locale. Mais celle-ci, en conformité avec la direction parisienne au-dessus, a ordonné à tout le monde d’assurer la distribution. « Rien à craindre, vous avez tous un portable », dixit le directeur. Alors même qu’une grande partie des quartiers et des axes étaient bloqués par la police ! Pour se justifier, il a osé servir tout un baratin sur la mission de service public, pourtant bafouée tous les jours en laissant des rues entières sans facteur pour économiser sur les remplacements.

Indignés par cette attitude, les postiers ont tenu tête à la direction qui n’en menait pas large : un droit de retrait a été déposé et plus de la moitié des facteurs ont pris la responsabilité de ne pas sortir. Pour couronner le tout, la direction a fini par retirer un jour de congé à six collègues qui n’étaient pas venus travailler le matin du 14 novembre, certains habitant le 11e, à proximité des lieux des attentats, d’autres ayant suivi tout simplement les directives de la préfecture qui déconseillait de sortir.

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