Qui sème la misère récolte la colère !
24 juillet 2000 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Les ouvriers de l’usine Cellatex à Givet (Ardennes), qui étaient en lutte depuis quinze jours contre la fermeture de leur entreprise, ne l’ont donc pas fait sauter comme ils menaçaient de le faire. Mais ils ont néanmoins réussi à faire trembler leur direction et à ébranler les pouvoirs publics, jusqu’à embarrasser le gouvernement : Martine Aubry a dépêché un de ses conseillers personnels pour participer aux négociations finales. Et jeudi 20 juillet, les travailleurs ont voté la fin de la lutte, après avoir obtenu une prime de licenciement de 80 000 F, une prime de reclassement tendant à assurer le maintien du salaire sur 24 mois, une période de « congé conversion » portée à 12 mois au lieu de 10 à ceux qui le demandent avec maintien de 80 % du salaire. Certes c’est moins que ce que revendiquaient les travailleurs de l’usine et cela ne leur redonnera pas un emploi. Mais la lutte se termine tout de même sur un certain sentiment de victoire.
Malgré les déclarations de Chevènement et autres sur la prétendue « prise en otage » de la population par les Cellatex, le voisinage a été solidaire jusqu’au bout des ouvriers. Une commerçante de Givet déclarait : « Avec des moyens pacifiques, on ne les écoutait pas. Alors… ». Les habitants de cette ville, qui comptait déjà 22 % de chômeurs avant la fermeture du site, ont vu passer l’entreprise de 800 salariés dans les années 60 à 153 aujourd’hui, avec les conséquences dramatiques qu’une telle augmentation du chômage implique pour toute la population. Et ils savent que s’il y a des « terroristes », ce ne sont pas ceux qui, après avoir passé leur vie à travailler avec des produits dangereux pour 6000 F par mois, ont été acculés à menacer d’utiliser ces produits pour sauver leur peau.
Non, les terroristes, ce sont les patrons qui ont trimballé leurs ouvriers de plans sociaux en plans de licenciement, leur imposant toujours plus de « sacrifices » (suppression du treizième mois, de diverses primes…), pour se retirer quand ce n’était plus assez juteux, quitte à ruiner encore un peu plus toute la région. Parmi ces patrons, on trouve par exemple, jusqu’en 1991, le très riche trust Rhône-Poulenc, dont les bénéfices ont connu une progression bien supérieure à celle du chômage à Givet… Mais bien sûr, lorsqu’il s’est agi de satisfaire les revendications des Cellatex, il n’a pas été envisagé d’autre contributeur que l’Etat !
La lutte des ouvriers de Cellatex a trouvé rapidement un écho dans celle des travailleurs de la brasserie d’Adelshoffen en Alsace, en grève illimitée depuis mercredi 19 juillet, qui menacent aussi de faire sauter le site si le propriétaire Heineken le ferme ; ou encore dans la grève des travailleurs du Continental d’Equipements Electriques à Meaux, qui ont appris leur licenciement par fax…
Ces luttes contre les licenciements montrent que, malgré les cocoricos du gouvernement, la « reprise » économique profite d’abord aux bénéfices des entreprises, et que la baisse du chômage tant vantée signifie surtout le développement des petits boulots précaires, pendant que des emplois stables sont supprimés avec la fermeture d’usines entières. Et l’ensemble des mesures que prennent le patronat comme ses larbins gouvernementaux visent à donner toujours plus de moyens à la bourgeoisie pour empocher tous les bénéfices de la croissance : aussi bien les lois Aubry qui introduisent la flexibilité du travail que le projet du PARE du Medef, qui a pour but de contraindre les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, faisant ainsi pression sur les salaires et les conditions de travail de l’ensemble des travailleurs.
Les travailleurs de Cellatex, Adelshoffen ou d’ailleurs ont alors mille fois raison de se défendre avec les armes dont ils disposent. Mais pour faire vraiment diminuer le chômage et la précarité, pour contester au patronat les fruits « de la croissance » – en fait ceux d’une exploitation accrue – tous les travailleurs auraient les moyens de faire peser une menace à une toute autre échelle : celle d’une explosion sociale, d’une lutte d’ensemble de la classe ouvrière, qui serait porteuse d’espoirs de vrais changements pour tous.

