Les têtes changent, pas les couleuvres !
27 mars 2000 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Lang à la place d’Allègre, Fabius à la place de Sautter, un nouveau ministre communiste pour féliciter Hue du nouveau plumage de son parti, un autre Vert pour remercier Voynet de ne pas avoir vu de désastre dans la marée noire…
Suite à la révolte des enseignants et des employés des impôts, Jospin a donc « remanié », en fait élargi son équipe ministérielle à droite, à gauche et au centre. Toutes les couleurs de la gauche dite plurielle – mais avant tout gouvernementale – sont servies. Mais certes pas pour changer de politique !
Lang fera plus de sourires aux profs qu’Allègre, mais va-t-il créer les postes que réclament les enseignants dans la rue ? Fabius succède à Sautter qui avait déjà remballé sa réforme, mais va-t-il adopter une politique économique et financière en faveur de la population ?
Bien sûr que non. D’autant que la semaine dernière, Jospin a déjà annoncé la couleur et les prochaines couleuvres. Les têtes de quelques ministres, il veut bien les sacrifier sous la pression de la rue. Des fusibles, ça se change. Mais l’offensive gouvernementale contre les salariés, pas question qu’il y renonce. Il a expliqué ses projets concernant les retraites : allonger la durée de cotisation des salariés du public de 37,5 à 40 annuités pour avoir droit à une retraite à taux plein.
Il faudra de l’argent pour payer les retraites ? On en trouverait sans problème en prélevant ne serait-ce qu’un peu sur les énormes bénéfices des grandes entreprises qui contrairement à leurs salariés ont largement profité des gains de productivité. Jospin a invoqué “ l’équité ” : il ne s’agirait que d’aligner la durée de cotisation dans le secteur public sur ce qu’elle est dans le privé. C’est la vieille technique de division des travailleurs, consistant à en dépouiller une partie en tentant de la faire passer aux yeux de l’autre pour “ privilégiée ”. En réalité, ce sont tous les travailleurs qui seraient perdants à un tel nivellement par le bas : cette attaque contre les salariés du secteur public ne serait que le prélude à une nouvelle offensive contre ceux du privé. C’est d’ailleurs l’allongement par Balladur en 1993 de 37,5 à 40 années de cotisation dans le privé qui sert aujourd’hui de prétexte pour tenter d’imposer la même chose dans le public, comme Juppé s’y était risqué à ses dépens en 1995 ! La seule réforme acceptable serait de commencer par ramener la durée de cotisation à 37,5 années au plus pour tous !
Evidemment, pour annoncer tout cela, dans le contexte des luttes actuelles, Jospin a dû prendre des gants. Il a demandé que son “ pacte des retraites ” soit discuté “ en concertation ” par tous les “ acteurs sociaux ”. En clair, il veut que les syndicats viennent négocier le projet gouvernemental, pour se charger ensuite eux-mêmes de le faire avaler aux travailleurs.
Pour l’heure, les confédérations syndicales ne se sont pas précipitées, prudentes vis-à-vis de leur base. Elles ont même protesté (tout en se disant « ouvertes » aux négociations !) en appelant à une journée de manifestation contre le projet de réforme sur les retraites le jeudi 30 mars. Fort bien. Il faut dire qu’aux dernières élections syndicales à la SNCF, la CGT qui a signé l’accord sur les 35 heures, a subi un sérieux désaveu.
Mais les attaques contre l’Education nationale, les hôpitaux publics, les salariés des impôts, les retraites sans oublier l’application des lois Aubry dans le privé comme dans le public… font partie du même plan concerté entre gouvernement et patronat contre la population travailleuse. Jusqu’à quand lutterons-nous, riposterons-nous séparément, à tour de rôle ?
En 1995, c’est le “ tous ensemble ” et la menace de la généralisation des grèves qui avaient fait reculer Juppé. Au printemps 2000, dans la foulée de la valse des ministres, cette généralisation des luttes est plus que jamais à l’ordre du jour.

