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Quand la Santé va....

Certains croient que l’ont traite trop bien les détenus en prison. Mais les extraits d’un livre de la médecin chef de la maison d’arrêt de la Santé, à Paris, publiés dans la presse ont levé le voile sur la sordide réalité.

Le docteur Vasseur, dans Le Monde du 14 janvier, rappelle que les détenus sont parqués à trois ou quatre dans des cellules de 10 m2, n’ont droit qu’à deux douches par semaine, que les cellules pullulent de vermine, de cafards et de rats. Des maladies qui n’existent qu’en temps de guerre comme la gale du pain par exemple font leur apparition. Cette promiscuité, aggravée par l’allongement des peines et de la préventive, n’engendre qu’autodestruction et violence. Aux pathologies de l’enfermement (maladies de peau, stress, épilepsie) s’ajoutent les dépressions, automutilations et près de 124 suicides pour la seule année 1999. Il faut ajouter à ce cortège d’horreurs quotidiennes les fréquentes agressions, les viols incessants rarement déclarés et les traditionnels tabassages de la part des gardiens. Ajoutons à cela le SIDA, un personnel médico-social insuffisant, sous-payé (800 F pour 24 heures !) car leur statut est celui de « faisant fonction d’interne » c’est-à-dire assimilé à celui de simples étudiants. Evidemment, aucune politique de réinsertion.

En outre, la mal nommée prison de la Santé reproduit, comme les autres prisons du pays, plus violemment encore l’injustice régnant dans le reste de la société. L’énorme majorité des prisonniers viennent des classes populaires et pauvres. Cela explique la manière dont ils sont traités. Mais tous les détenus de la Santé ne vivent pas mal et la justice de classe n’est pas un mythe. Un secteur spécial est aménagé pour les « personnalités », qui a accueilli Tapie et héberge aujourd’hui Le Floch-Prigent, l’ex-PDG d’ELF, Crozemarie l’ex-président de l’ARC et autres « stars » moins connues, dans des conditions bien différentes du reste des prisonniers. Un certain Bidermann, un grand patron du textile, a même engagé un détenu pour faire le ménage dans sa cellule ! Parce qu’ici, comme dehors, tout se monnaye. Et s’il est parfois possible de travailler, c’est avec des rémunérations misérables défiant toute concurrence. Laver ses vêtements, se procurer le minimum d’hygiène représente une véritable course à l’argent ouvrant la porte à tous les trafics sur le dos des plus pauvres.

La politique de répression est censée stopper la délinquance. Mais plus on emprisonne, plus la délinquance augmente. Et vu les conditions d’enfermement, comment s’étonner qu’on en ressorte pire que lorsqu’on y est entré ? Comment trouver du travail lorsqu’on sort de prison ? La suite on la connaît : rechute et retour à la case départ.

Les assassins et les criminels appartenant au grand banditisme ne constituent qu’une petite minorité de la population carcérale. L’essentiel est constitué de personnes en attente de jugement et de détenus accusés de petits larcins. Mais la petite délinquance, qui certes empoisonne la vie des quartiers populaires, ne vient pas du ciel. Elle pousse sur la pauvreté et le chômage qui transforment les quartiers et les cités populaires en poches de misère.

Les fauteurs de misère, les grands délinquants sociaux du monde patronal et des affaires vivent en toute impunité. Ils peuvent, pour cause de profits, licencier massivement et ruiner des régions entières sans que personne ne les empêche de nuire. On ne touche jamais un cheveu à ces grands racketteurs de la société.

Faisons en sorte que leur liberté ne soit que provisoire.

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