Vive la lutte des hospitaliers !
13 décembre 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La politique d’économies draconiennes menée par le gouvernement n’épargne aucun service public, si vital soit-il : le mouvement de ras-le-bol qui gagne les hôpitaux depuis quelques jours en est bien l’illustration.
N’importe quel usager des urgences s’en aperçoit : face à l’afflux de patients souvent en situation matérielle précaire, l’hôpital public est totalement débordé, faute de moyens, de structures et de personnel. Rien d’étonnant à cela : ces dernières années, les budgets n’ont pas suivi l’évolution des besoins. Les autorités ont fermé 14 000 lits, parfois des services entiers. La gauche plurielle ne fait qu’accentuer cette orientation : 25 000 lits doivent encore être supprimés dont 11 000 rien qu’en région parisienne. Le gouvernement envisage d’économiser 32 milliards dans les années à venir, ce qui correspondrait à 160 000 emplois hospitaliers en moins !
Pour parvenir à ce résultat, des restructurations sont menées « à la hache », dans un mépris complet des intérêts des personnels comme de ceux des malades. A Paris, après la fermeture des urgences de l’hôpital Rotschild, en octobre dernier, c’est l’hôpital Saint-Antoine, un des foyers de la grève actuelle, qui a dû accueillir 50% de malades en plus. 130 patients s’entassent quotidiennement dans des locaux prévus pour 80.
Il faut une bonne dose d’hypocrisie à la ministre Martine Aubry pour reconnaître la situation « insupportable » des urgences de l’hôpital Saint-Antoine. Qui, sinon elle et le gouvernement dont elle fait partie, a donc programmé pour l’an prochain des budgets qui ne permettront même pas de reconduire les moyens existants dans les hôpitaux d’Ile-de-France ? Ignore-t-elle qu’à travers toute la France, quantité d’hôpitaux sont déjà au bord de l’asphyxie, qu’une infirmière doit souvent prendre en charge deux fois plus de malades que prévu ? En tout cas, ce n’est pas la misérable rallonge de 5 millions qu’elle vient d’annoncer qui résoudra quoi que ce soit. 5 millions, soit l’équivalent de 25 postes à l’échelle nationale ! Car ce sont bien des dizaines de milliers de médecins, infirmièr(e)s et aides-soignant(e)s supplémentaires qu’il faut embaucher, ainsi que des personnels ouvriers et administratifs.
D’un côté, le personnel hospitalier est débordé, de l’autre des millions de chômeurs battent le pavé… comme nous l’ont rappelé les manifestations de samedi dernier. Il est temps de mettre un terme à cet absurde fonctionnement social.
On nous parle d’économies. La santé coûterait soi-disant trop cher, les français seraient d’horribles dépensiers, creusant par plaisir le trou de la sécu… Ce ne sont que des fables. La recherche médicale aidant, bien des maladies deviennent guérissables. Il est donc normal d’y consacrer des moyens financiers croissants : c’est ce qu’on appelle le progrès. Le gouvernement nous parle-t-il d’économies, lorsqu’il distribue chaque année au patronat, sans aucun contrôle, plus de 200 milliards de francs de subventions ? Est-il normal de faire construire une flotte d’avions de combat Rafale à près d’un milliard de francs l’appareil, permettant ainsi à la famille Dassault et à bien d’autres de se remplir les poches ?
Un hôpital à deux vitesses, où seuls les plus riches auront accès à des soins de qualité, un personnel exploité, précarisé, manquant de tout, voilà vers quoi tend la politique du gouvernement.
Les hospitaliers grévistes ont bien raison de se révolter. Il est temps de mettre un coup d’arrêt à la logique du fric dans les hôpitaux. Jeudi dernier, des hospitaliers de nombreux établissements de Paris et de sa banlieue manifestaient sous les fenêtres de Martine Aubry. En province également, le personnel entre en lutte. L’unité de toutes les catégories, médecins, infirmières, aides-soignantes, agents de service, administratifs et ouvriers, fait la force de ce mouvement.
Dans les autres services publics comme à la poste, à la SNCF, mais aussi dans les bureaux et les usines, partout nous pouvons imposer au patronat et au gouvernement la création de nombreux emplois supplémentaires. La lutte des hospitaliers est aussi celle de tous les travailleurs.

