Patrons licencieurs, gouvernement complice !
18 octobre 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Des dizaines de milliers de manifestants se sont retrouvés dans la rue à Paris samedi dernier pour affirmer ensemble leur volonté de s’opposer aux licenciements et faire reculer le chômage. La réussite de cette manifestation est un encouragement pour tous les travailleurs, avec ou sans emploi.
Nous sommes cependant encore bien loin de faire interdire les licenciements. D’autant que ce n’était pas le but de tous ceux qui avaient appelé à cette manifestation. A sa tête se trouvaient des dirigeants de formations politiques, partie prenante d’un gouvernement qui lui, n’a aucunement l’intention d’interdire les licenciements et pas non plus celle de s’attaquer au patronat. Il mène au contraire une offensive contre les travailleurs, que ce soit en matière d’aménagement du temps de travail, de retraites, de restrictions sur la santé…
Le vote en première lecture de la deuxième loi Aubry cette semaine à l’Assemblée, en est un exemple flagrant. Présentée comme devant créer des emplois ou éviter des licenciements, cette loi donne en fait des nouveaux droits aux patrons pour aménager les horaires à leur guise, pour baisser les salaires, leur permettant ainsi de produire davantage avec des effectifs réduits, tout en les arrosant de nouvelles subventions.
Les députés PCF, Verts et Chevènementistes se sont engagés à voter cette 2° loi Aubry avant même la manifestation de samedi. Robert Hue a vu dans le débat qui l’a précédée un “ tournant nouveau ” et l’écologiste Yves Cochet a estimé avoir “ atteint un objectif essentiel ”. Tandis que Maxime Gremetz, qui veut se faire passer pour un radical du PCF, a lancé à Aubry à l’issue de la discussion parlementaires un “ merci Martine ” !
Et pourtant ! Le gouvernement aurait-il décidé d’augmenter le taux horaire du SMIC de 11,4 % pour compenser la baisse due au passage aux 35 heures ? Non, il maintient le principe d’un complément différentiel, financé par un allégement des charges sociales, et entérine donc une diminution du salaire horaire du SMIC. Le seul changement concernera les salariés embauchés après l’application de la loi. Pour eux, il était prévu dans le projet 21 500 francs d’aide par an et par salarié payé au SMIC, ce sera 25 500 francs. Pas vraiment une mesure de gauche ! Et aucun engagement ne figure dans la loi pour permettre le maintien sous une forme ou une autre des salaires pour tous les non-smicards.
Le gouvernement a bien décidé que chaque accord sur les 35 heures devra désormais déterminer le nombre d’emplois préservés ou créés du fait de la réduction du temps de travail. Mais la loi ne fixe aucun chiffre, il suffira alors à l’employeur de dire qu’il a créé ou sauvé un seul emploi pour bénéficier des aides de l’Etat.
Concession tout de même : les temps de pause et d’habillage continueront à être compris dans le temps de travail… Sale temps s’ils avaient été supprimés !
Enfin, les cadres qui ne sont pas soumis aux horaires collectifs seront payés au forfait journalier, avec comme seul garde-fou un délai de 11 heures entre deux périodes de travail, soit la possibilité de travailler 13 heures par jour…
En fait, le seul point sur lequel le gouvernement s’engage vraiment, c’est sur les subventions au patronat : 110 milliards de francs rien que pour l’application de cette loi, un montant jamais atteint, même sous la droite. Pas gêné, le gouvernement tapera dans les caisses de la Sécu et de l’Unedic.
Les concessions obtenues par les députés du PCF ou les Verts sont en fait de la même eau que cet “ amendement Michelin ” présenté par le Parti Socialiste – qui se targue lui aussi d’avoir “ gauchi ” la loi Aubry – censé obliger l’entreprise à négocier un accord sur la réduction du temps de travail avant de licencier. Dispositif qui ne vise surtout pas à “ empêcher tous les licenciements ”, Martine Aubry s’en est bien défendue.
Le député du PCF Maxime Gremetz n’a obtenu en fin de compte que des « grémiettes ». Et même si la droite et le patronat crient au loup, ils ont la part du lion.
Reste encore à voir si nous, travailleurs, allons les laisser appliquer cette loi anti-ouvrière, ou si tous ensemble, avec nos moyens, dans les usines et dans la rue, nous saurons faire vraiment reculer le patronat et le gouvernement à son service.

